Cyclisme

Popovych, conscient qu'il est un vainqueur potentiel du Tour de France, débarque chez Silence-Lotto

HASSELT Dans le peloton, tout le monde vous le dira : la mentalité des coureurs provenant du bloc de l'ex-URSS est pour le moins particulière. Certes, à l'heure où les jeunes provenant de pays nantis rechignent quelque peu à la tâche, quand il s'agit de se faire mal pour progresser (et le cyclisme est l'un de ces sports où l'on avance dans la douleur; cela fait un peu rétrograde mais c'est pourtant ainsi), les jeunes issus des pays de l'Est les plus dépourvus font preuve d'un courage et d'une détermination qui nous ramène quelque 30 ou 40 ans en arrière (demandez donc à Eddy Merckx comment il s'entraînait !). Cette médaille comporte toutefois un revers : pour parvenir à leurs fins, les coureurs de l'Est font parfois preuve d'un bel égoïsme, sans toutefois jamais le reconnaître, allant parfois jusqu'à affirmer, sur le papier, une solidarité à toute épreuve avec leurs équipiers.

Pour notre part, nous avons eu, et avons toujours, les meilleures relations avec Andreï Tchmil, mais nous nous souvenons pourtant de situations très tendues avec ses équipiers (dont Jo Planckaert) où la solidarité n'avait joué que dans un sens. Devinez lequel... Mais un coureur qui gagne a toujours raison et obtient automatiquement le soutien de l'équipe ou de ses dirigeants. Des dirigeants qui n'hésitent d'ailleurs pas à jouer sur l'ambiguïté, puisque seule la victoire compte et peu importe l'homme !

"Je veux gagner le Tour de France. Tôt ou tard..."

C'est exactement la remarque que nous faisions à Marc Sergeant en sortant d'une interview un peu poussée avec Popovych que nous avions senti on ne peut plus ambitieux ! "De l'ambition ? C'est tout à fait normal chez un coureur, disait le manager. Et Popovych a le droit d'en avoir. Chacun sait, en outre, qu'avoir un leader de rechange n'est pas un luxe dans le cyclisme moderne."

Certes, mais Lance Armstrong était un leader moderne et unique ! Dans tous les sens du terme ! Chez Discovery Channel, Popovych, à l'époque encore jeune il est vrai, n'aurait pas osé mettre en doute la suprématie de l'Américain. Avec quelques années de plus pour l'Ukrainien et un leader des Lotto, Cadel Evans, qui n'a rien d'un despote, on sent les ailes pousser dans le dos de Popovych, lequel est parfaitement conscient de son potentiel. "Ce transfert chez Lotto me rend ambitieux, c'est vrai, dit-il, même si je suis avant tout ici pour épauler Evans. À ses côtés, je vais apprendre, comme je l'ai si bien fait avec Lance. On ne parlait pas beaucoup lui et moi, mais je l'ai observé sous toutes les coutures : sa manière de s'entraî ner, de reconnaître consciencieusement les étapes, de manger sain et équilibré, de motiver ses équipiers, de réagir dans l'adversité. Ce retour dans une équipe belge (il était au Crédit Agricole de Gérard Bulens de 2002 à 2004) me réjouit, même s'il ne change pas grand-chose à mes habitudes. J'habiterai toujours à Quarrata, à une trentaine de kilomètres de Florence. C'est là que je m'entraîne." Un peu comme Tchmil (naturalisé belge) qui, c'est vrai, a acheté un bout de terrain près de Mouscron (sur lequel il allait construire une maison qu'il intégrerait après sa carrière de coureur) mais qui vit toujours (et c'est bien compréhensible) en Italie, sur les bords du lac de Garde tout en étant ministre du Sport en Moldavie...

Popovych, donc, au service d'Evans ? Écoutons la suite. "Cadel est très fort. À nous deux, on pourra établir une stratégie différente. Moi, je pourrais aller dans les échappées pendant qu'il conservera son énergie, bien calé au coeur du peloton..." Et s'il prend deux ou trois minutes d'avance, il faudra qu'on aille le rechercher ! Car, comme il le dit : "Je sais que j'ai le potentiel pour m'imposer au Tour de France. Tôt ou tard je veux le gagner. Déjà cette année, je peux être le leader de réserve s'il devait lui arriver quelque chose. Or, au Tour, il y a tant de choses qui peuvent se passer, notamment dans la première semaine, toujours très nerveuse. Quoi qu'il en soit, j'estimerai mon Tour réussi si je peux terminer dans les 4 ou 5 premiers. Et qu'Evans l'emporte évidemment."

Évidemment !