Ces coureurs qui sont morts en course

Ph. V.H. Publié le - Mis à jour le

Cyclisme Le décès d’Andreï Kivilev, officialisé hier après une chute survenue la veille lors de la 2e étape de la course Paris-Nice, remet en avant tous les dangers qui entourent le dur métier de coureur cycliste

PONT-DU-GARD La mort tragique du champion kazakh, qui avait terminé quatrième du Tour de France 2001, vient donc allonger la liste des coureurs qui ont payé au prix de leur vie leur passion pour le cyclisme. Mais derrière cette tragédie se profile aussi une question d’une brûlante actualité: le port du casque, comme c’est le cas en Belgique, ne devrait-il pas être obligatoire dans tous les pays?

Le médecin de Cofidis a imploré l'UCI de rendre le port du casque obligatoire

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PHILIPPE VAN HOLLE

PONT-DU-GARD Il n'y a pas eu de course, hier, à Paris-Nice. Coureurs, suiveurs, organisateurs avaient le coeur en berne. Le petit Kivilev était décédé le matin-même à l'hôpital de Saint-Etienne, la ville qui l'avait accueilli (lui et Vinokourov) à ses débuts de coureur cycliste et où il résidait toujours. Kivilev est donc mort également sur des routes qu'il connaissait par coeur pour s'y entraîner quasi tous les jours.

Il régnait un silence pesant sur l'aire de départ, mercredi, au Puy-en-Velay. Avec de grands moments de respect, lorsqu'une minute de silence fut observée sur la ligne de départ, les sept coureurs restants de Cofidis étant alignés devant le peloton, mais des moments aussi de désarroi, notamment quand les coureurs de l'équipe Gerolsteiner débarquèrent sur la place du Breuil afin de signer la feuille de départ sans être au courant de la terrible nouvelle. Parmi eux, Volker Ordowski qui, bien malencontreusement, avait provoqué la chute d'Andrei Kivilev. Averti avec toutes les précautions d'usage, Ordowski s'effondra dans un premier temps avant de s'enfuir, terriblement choqué, vers son mobilhome.

Virenque mobilise le peloton

En débarquant au Puy-en-Velay, Richard Virenque et Frank Vandenbroucke furent parmi les premiers à présenter leurs condoléances aux coureurs Cofidis.

Le Français, tellement critiqué, rappelez-vous, lorsqu'il avait manifesté sa joie après avoir remporté l'étape au cours de laquelle Fabio Casartelli avait perdu la vie, en 95, fut à la base d'un énorme mouvement de solidarité du peloton entier, en mémoire du coureur disparu. Il insista pour que l'étape soit neutralisée.

Ils sont morts en course

BRUXELLES Ceci est la liste, non exhaustive hélas! des coureurs qui sont morts en course. A deux exceptions près, où d'autres raisons expliquent le décès, tous ces hommes ont été victimes de chutes mortelles...

1935 L'Espagnol Armando Cepeda tombe dans la descente du Galibier à l'occasion d'une étape du Tour de France.

1937 André Raynaud décède lors d'une épreuve à Anvers.

1950 Camille Danguillaume est percuté par une moto à Monthléry.

1951 Serse Coppi, frère du grand Fausto, chute au Tour du Piémont. Il meurt au cours de la nuit suivante.

1956 Stan Ockers se tue sur la piste d'Anvers.

1967 Frappé par une insolation et, sans doute, victime de produits dopants, Tom Simpson décède sur les pentes du Mont Ventoux.

1969 José Samyn se heurte à un vendeur de programme à Zingem.

1969 Lors de la réunion derrière dernys à Blois, Fernand Wambst tombe avec Eddy Merckx dans son sillage. L'entraîneur est tué sur le coup.

1970 A Retie, Jean-Pierre Monseré percute une auto.

1972 L'Espagnol Galera est accidenté au Tour d'Andalousie.

1976 Juan-Manuel Santisteban chute dans la 1re étape du Giro.

1984 Joaquim Agostinho tombe à cause d'un chien.

1986 Emilio Ravasio meurt 15 jours après sa chute dans le Tour d'Italie.

1987 Vicente Mata est bousculé par une auto au Trophée Luis Puig.

1987 Le Wallon Michel Goffin tombe au Tour du Haut-Var.

1988 La Hollandaise Meijer est victime d'un malaise lors d'un critérium.

1995 Lors de la 15e étape du Tour de France, Fabio Casartelli chute lourdement dans la descente du Portet d'Aspet.

1999 Chute mortelle pour Manuel Sanroma en Catalogne.

2003 Kivilev décède lors de la 2e étape de Paris-Nice.


Les organisateurs envisagèrent même d'embarquer tout le monde dans les voitures jusqu'au premier ravitaillement, lieu où les coureurs se remettraient en selle, mais Nico Mattan, en personne, intervint auprès de ses collègues pour qu'ils roulent sur la totalité de l'intinéraire prévu, mais à un rythme modéré.


Pas question, bien sûr, d'autoriser la moindre attaque. Du reste, aucun classement ne serait établi à l'issue de la journée.

Un autre moment poignant fut celui qui vit le docteur Jean-Jacques Menuet, médecin de la formation Cofidis, faire un appel émouvant à l'UCI. «Je veux adresser un message à la plus haute instance du cyclisme afin qu'elle impose le port du casque obligatoire aux professionnels, implorait Menuet. Avec un casque, les blessures d'Andrei auraient sans doute été moins graves. Il est temps pour l'UCI de réagir.»

Assis près d'une fontaine, Benoît Poilvet et Benoît Joachim évoquaient la chute du Kazakh. «J'ai dû faire un écart pour éviter Andrei (Kivilev) alors qu'il venait de tomber, disait Poilvet. J'ai compris immédiatement que c'était grave, que sa tête était touchée. J'ai tout de suite enragé en voyant qu'il ne portait pas de casque.»

Parce que, évidemment, un tel accident relance la polémique sur le port d'un tel accessoire.

L'édito. Est-ce vraiment de la fatalité?

Un accident! Un stupide accident, serions-nous même prêts à avancer si derrière la mort d'Andrei Kivilev ne se dissimulait l'ombre de la prévention. Et, pour nous, cette ombre a une forme, celle d'un casque, celui que tout coureur cycliste, en Belgique, se doit de porter lorsqu'il prend part à une compétition officielle. Alors, s'il n'est peut-être pas faux d'affirmer que Kivilev, qui a chuté face à terre, serait toujours vivant s'il n'avait pas porté un casque, il est encore moins faux d'affirmer... l'inverse! En toutes circonstances, et même celles qui ont précipité la chute puis le décès du champion kazakh, le port d'un casque constitue, en effet, une forme de protection dont l'efficacité, grâce aux composants utilisés pour le fabriquer, augmente au fil des ans.

Le porter, c'est anticiper l'arrivée du malheur et c'est, surtout, s'offrir une première garantie contre les effets, forcément néfastes, d'une chute survenue à petite ou grande vitesse. Dans le monde des pelotons, que l'on sait de plus en compacts et exposés à la nervosité ambiante, il paraît effectivement important que l'on se donne tous les moyens pour prévenir la casse, à l'image de ce qu'a réussi à faire le monde de la F 1 où les accidents existent toujours, mais ne comptabilisent quasiment plus de morts.

Le coureur cycliste doit en être conscient: les dangers, pour lui, sont de plus en plus nombreux et pas nécessairement aussi visibles qu'un îlot directionnel au milieu d'un carrefour. Qu'il apprenne, par exemple, à se méfier du public, devenu tellement incontrôlable aux bords des routes, qu'il se trouvera bien un imbécile, un jour, pour faire chuter, volontairement ou pas, un coureur en plein effort. Et si, ce jour-là, il n'a pas son... casque, tout est à craindre, à commencer par le pire, comme ce fut hélas! le cas pour Andrei Kivilev!

Philippe Lacourt

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