Dans l'ombre des hommes

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Cyclisme Petit à petit, le cyclisme féminin se développe, mais reste encore trop confidentiel

BRUXELLES Il y a peu, lors d'un article sur le cyclisme féminin, la Fédération Cycliste Wallonie Bruxelles évoquait un probable investissement plus grand pour les femmes, avec ces propos: «L'avenir en rose pour les femmes». Depuis, les cyclistes féminines ne voient toujours rien venir. «On nous promettait plus d'investissement pour les femmes, explique Corine Hierckens, la championne de Belgique pro. On a vu l'apparition du Team Wallonie Espoirs pour les hommes. Mais rien pour les femmes... Bon, notre cyclisme se développe. Mais il reste encore énormément de travail à accomplir.»

«On manque de soutien»

Ludivine Henrion va dans le même sens. Pour elle, la situation du cyclisme féminin s'améliore, notamment en Belgique avec l'apparition d'un plus grand nombre de courses, de nouvelles épreuves comme le Circuit de Wallonie ou tout simplement d'équipes avec de bonnes structures, comme sa formation du Lotto-Belisol. «Il y a par exemple aussi de plus en plus de courses en ligne, alors qu'il n'y en avait aucune il y a peu», explique-t-elle.

N'étant pas véritablement payée par son équipe (seules les meilleures mondiales peuvent vivre du cyclisme), elle espère obtenir un contrat d'un an à la Communauté française en tant que sportive de haut niveau, ce dont dispose Corine Hierckens. «On manque de soutien, poursuit cette dernière. Moi, j'ai de la chance d'avoir ce contrat. Mais comme c'est un contrat d'un an, j'ai chaque année le couteau sous la gorge. Et rendez-vous compte: comment voulez-vous obtenir un prêt pour une voiture ou une maison si vous n'avez qu'un contrat d'un an? Dans le domaine du sport, en plus... C'est impossible de véritablement construire sa vie dans ces conditions. Et puis chez les femmes, c'est toujours le monde de la débrouille. Chez les hommes, dès qu'un junior marche bien, il est directement encadré. Notre sport évolue à un haut niveau, mais vous logez dans des écoles la veille des courses. C'est parfois des camps scouts, quand l'organisateur a oublié de prévoir coussins et couvertures... Et le lendemain, sur le bord de la route, vous entendez les spectateurs dirent: Ca va moins vite que chez les hommes... J'aimerais vraiment que les jeunes qui arrivent, comme Mélissa Flagothier, ne vivent pas les mêmes galères que Ludivine et moi avons connues.»

Et puis, les médias, et donc les sponsors, ne suivent pas. Du coup, Milan-Sanremo a dû être annulé. Même si aux Pays-Bas, la carrière de Leontien Van Moorseel a fait des émules et y a fortement développé le cyclisme féminin. En Belgique, ce n'est pas encore le cas. «Prenez l'exemple du Tour des Flandres, explique Adeline De Vestele, une dame élite de la région de Dinant. Les femmes arrivent une heure avant les hommes, le dispositif télé est donc en place, mais on ne montre pas les images de l'arrivée des femmes.» «C'est la même chose pour la Flèche Wallonne», enchaîne Ludivine Henrion. «Et quand le nom de la fille est cité, le commentateur parvient encore à se tromper...», termine Corine Hierckens.

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