Cyclisme En réalisant son rêve de gosse, Geraint Thomas est devenu le troisième Britannique à gagner le Tour.

Sur le podium final du 105e Tour de France, qu’il venait de remporter, les épaules drapées dans un drapeau gallois, Geraint Thomas s’est adressé à la foule qui ceinturait le circuit des Champs-Élysées, comme le veut désormais la tradition qui offre au vainqueur de la Grande Boucle une tribune.

"J’ai commencé le cyclisme parce que je suivais le Tour de France à la télévision, que j’aimais en regarder les champions", a dit le troisième lauréat britannique de la plus grande course cycliste. "Me voici ici, vingt ans plus tard. Je veux dire aux enfants de rêver, de continuer à rêver. Quand on travaille dur, c’est possible, on peut y arriver, j’en suis la preuve."

Le Gallois a redit son bonheur et son émotion.

"Je n’ai pas encore d’enfant, mais ceci m’apporte des sensations que seul mon mariage m’avait procurées", a-t-il dit. "Normalement, la fin du Tour et cette dernière étape sont toujours difficiles, mais là, je volais. J’ai connu les huit meilleurs tours sur les Champs-Élysées qu’on puisse vivre. J’ai vraiment profité de ces derniers moments, de tous ces supporters, de l’ambiance, des drapeaux gallois et britanniques. C’était incroyable."

Bien loin de ce que Geraint Thomas avait connu, onze ans plus tôt, lors de ses débuts dans la course au maillot jaune.

"En 2007, j’avais souffert tous les jours pour rester en course, pour m’accrocher et finir avant-dernier", se rappelait-il, songeur. "Aujourd’hui, je vis l’autre côté des choses. C’est fou, un autre monde, une autre sensation. J’ai vraiment réalisé, samedi, après le chrono. Le mur s’est brisé quand j’ai vu ma femme à l’arrivée à Espelette. Je savais qu’elle était partie de Cardiff pour rejoindre Paris et, subitement, elle était là à l’arrivée. Tout devenait réel."

Geraint Thomas a rappelé aussi ce que fut son cheminement tellement particulier, lui l’ancien pistier devenu routier et désormais vainqueur du Tour de France.

"Gagner le Tour a toujours été un rêve quand j’étais gamin", dit-il. "Vous connaissez ma carrière. Curieusement, j’ai un parcours très semblable à celui de Bradley Wiggins. Il m’a vraiment inspiré, j’ai pris ses pas et reproduit un peu tout ce qu’il a fait six ans après lui. Comme lui, j’ai grandi sur la piste, j’ai été champion du monde junior, puis champion olympique. Après, mes objectifs ont changé, je me suis tourné vers la route. L’effort était différent, de quatre minutes à vingt minutes. Mais si vous pouvez aller vite un moment court, vous pouvez rouler vite longtemps. L’important, c’est d’aller vite. J’ai d’abord gagné des courses d’un jour, puis Paris-Nice puis le Dauphiné, comme Wiggins encore."

La course à étapes du mois de juin a fait basculer les ambitions de Geraint Thomas.

"J’ai eu un déclic au Dauphiné. J’ai su que je pouvais gagner une telle course sur une semaine, mais tiendrais-je au Tour, après trois semaines ? L’étape de La Rosière, quand j’ai pris le maillot jaune, m’a donné confiance. J’étais meilleur que les autres, mais pour combien de temps ? C’était encore la question."

À ce moment, le Gallois était occupé lentement mais sûrement à prendre le leadership de son équipe.

"Entre Froome et moi, ça a toujours été ouvert", continue-t-il. "Nous sommes honnêtes, on s’est toujours dit que c’est la route qui allait décider. Après l’étape du Portet, il a compris qu’il ne gagnerait pas, je pense. Il a commencé à travailler pour moi. Lui, c’est une légende, je pense que c’est le meilleur de tous les temps. J’ai beaucoup de respect pour lui. Je veux le remercier car cela aurait pu être compliqué entre nous. Mais non, il s’est conduit comme un champion, je veux le remercier du fond du cœur."

Avec quatre excellents rouleurs aux quatre premières places du classement final, ce Tour 2018 a confirmé l’incapacité des grimpeurs à remporter encore la Grande Boucle.

"C’est vrai, Dumoulin, Roglic, Froomey et moi étions les plus forts, mais je pense qu’un grimpeur peut encore gagner", poursuit Thomas. "Landa et Bardet nous ont vraiment mis sous pression dans la dernière étape de montagne. J’ai d’ailleurs eu peur sur toutes les étapes de montagne. À l’Alpe d’Huez, avant de gagner, c’est là que j’ai le plus souffert. Je suis resté calme et toute l’équipe autour de moi. Le plus important est que nous n’ayons jamais paniqué, qu’on s’est soutenu, qu’on s’est donné confiance. Après, le plus dangereux a été Tom (Dumoulin). Sa manière de courir est impressionnante. Tout est calculé, il se connaît parfaitement, il ne se laisse jamais déborder par ses émotions, il ne réagit pas aux attaques, mais revient toujours à son rythme."

Arrivé en fin de contrat, le vainqueur du Tour de France doit négocier son avenir.

"Avant cela, je veux apprécier ma victoire, je ne sais pas où je serai l’an prochain", dit-il. "On verra, je ne pense absolument pas à cela. Je veux juste fêter ma victoire avec mes équipiers, ma femme, mes amis…"


Chris Froome: "Fier d’être sur le podium avec Geraint"

Chris Froome s’est montré pleinement satisfait de sa troisième place, arrachée samedi.

Le compteur des victoires de Christopher Froome dans le Tour de France reste donc bloqué à quatre. Égaler le record de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain, les quatre quintuples vainqueurs de la Grande Boucle, est donc reporté d’un an au moins pour le Kenyan Blanc, 33 ans déjà.

On s’en doutait de plus en plus depuis le début de la semaine, on le savait depuis la fin de celle-ci. Dans les Pyrénées, Chris Froome a sans doute payé les efforts consentis dans sa tentative de doubler les Tours d’Italie et de France. Il a même dû batailler jusqu’au bout pour sauver sa place sur le podium, aux côtés de son ancien lieutenant, devenu son successeur.

Une situation avec laquelle Froome a pu composer sans la moindre arrière-pensée. Dès le premier jour, le Tour avait mal débuté pour le Britannique, pris dans une chute et qui concéda près d’une minute à Thomas.

"Non, je n’ai jamais eu le moindre regret", a expliqué le Britannique. "Cela fait dix ans que je suis l’équipier de Geraint. Nous sommes amis, nous vivons l’un à côté de l’autre (NdlR : à Monaco), on s’entraîne ensemble, on court ensemble. Il a participé à tous mes succès au Tour (Thomas était dans l’équipe Sky lors des quatre victoires de Froome). Je me suis vite rendu compte qu’il serait sur le podium et, sauf accident, sur la plus haute marche. Je suis très heureux d’avoir participé à sa victoire et très fier de monter avec lui sur le podium."

Le coureur de Sky se refuse à penser que sa participation victorieuse au Giro est la cause principale de sa défaite.

"Je ne sais pas", dit-il. "Je reste persuadé que le doublé Giro-Tour est possible. J’ai remporté consécutivement les trois derniers grands tours auxquels j’ai pris part avant celui-ci. Le fait qu’il y ait eu cette semaine supplémentaire entre le Giro et le Tour, à cause du Mondial de foot, a été une raison de mon choix. Mais voyez Tom Dumoulin, il a terminé deuxième de ces deux grands tours, cela montre que c’est possible. Je veux aussi dire que je ne rendrai pas ma victoire au Giro contre un succès au Tour. J’ai gagné les trois grands tours, c’est incroyable. Je le garderai jusqu’à la fin de mes jours"

Pour toute son équipe , mais particulièrement pour Cristopher Froome lui-même, ce 105e Tour de France a été disputé dans des conditions très spéciales, parfois dans un climat détestable, avec des huées, des sifflets, des menaces…

"Même si ce Tour a été plus difficile en dehors du vélo, avoue-t-il, t out cela nous a rendus plus fort. Cela nous a rassemblés, soudés. Nous nous sommes battus contre le reste du monde. C’est incroyable comment l’équipe a réussi à s’en sortir."

Et à la question de savoir qui sera l’an prochain le leader de la Sky au Tour, comme Geraint Thomas, Chris Froome a botté en touche.

"C’est une question pour le management de l’équipe, pas pour les coureurs", a-t-il souri.