Cyclisme

Après un nouveau lifting, le mont le plus célèbre du Tour des Flandres est de retour sur le parcours

MELDEN Quand on voit poindre à l'horizon son dernier hectomètre fait de gros pavés, on se demande par quelle hérésie, l'homme a bien pu vouloir, un jour, dresser une route à même le flanc d'une colline aux pourcentages vertigineux. Le Koppenberg est comme un monstre. Il inquiète quand on devine, au loin, ses contours, et terrorise quand on s'en approche de trop prêt. L'ineffable boyau ne se laisse que difficilement apprivoiser.

Devenu tronçon de légende, le Koppenberg est longtemps resté plongé dans l'oubli. C'est ainsi un habitant du petit village de Melden, Hubert Hoffman, qui signala son existence à l'organisation en 1970. Six ans plus tard, les 682 mètres de mauvais pavés font leur première apparition sur le parcours du Ronde .

Escaladé à dix-sept reprises en 91 éditions, le Koppenberg est autant devenu un haut lieu du sport cycliste qu'un intarissable sujet de controverse. L'accident de Jesper Skibby en 1987 et l'image de la voiture du président du jury qui écrase le vélo du pauvre Danois font le tour du monde. L'événement marque une première rupture dans la relation amour/haine qu'entretiennent le mont et le Ronde .

Boudé pendant quinze ans, le mythe est réintégré lors de l'édition 2002 après de titanesques travaux de rénovation. Drainage et rejointoyage permettent au banni d'être enfin réhabilité.

Du mortier entre les pavés

Jusqu'à cette maudite édition 2006... Cette année-là, seuls sept coureurs parviennent au sommet sans mettre pied à terre. Certains diront alors que plusieurs directeurs sportifs ont enjoint leurs coureurs à bloquer l'arrière du peloton dans la partie la plus raide une fois leur leader passé. Une rumeur.

Conscientes de posséder-là un formidable atout publicitaire pour faire croître la notoriété de la ville, les autorités communales d'Audenarde décident d'investir une fois encore dans une rénovation. "Elle a été moins importante qu'en 2002, avoue Jan De Clippel l'ingénieur de la Ville ayant coordonné les travaux. La facture ce chiffre tout de même à 36.000€. Courant 2007, nous avons décidé d'offrir un nouveau lifting au Koppenberg. Nous avons fait sauter tous les joints de la route et creusé autour des pavés sur une profondeur de cinq centimètres. Pour favoriser l'écoulement de l'eau, qui est le gros problème, nous avons remplacé, en bas de la pente, la terre par des graviers d'un calibre variant de 2 à 7 millimètres. Sur les plus forts pourcentages et au sommet de la rampe, soit une distance approximative de 350 mètres, nous avons par contre utilisé du mortier pour sceller les pavés dans le sol. En cas de pluie, l'eau s'évacue donc plus facilement sans déverser de boue sur des pavés qui ne s'en trouvent donc plus abîmés. L'érosion ne faisant plus son oeuvre, les fissures entre les pavés ont également disparues. Cela a nécessité un mois de travail, mais le confort des cyclistes en est nettement amélioré. Pour préserver définitivement ce qui est un monument classé au patrimoine flamand, nous avons également interdit le passage des véhicules de plus de 3,5 tonnes."

Lors de notre visite sur les lieux, deux ouvriers communaux s'affairaient encore pour ramasser les dernières feuilles mortes. "Vendredi, nous procéderons à un ultime nettoyage en passant avec un tracteur équipé de brosses rotatives pour éliminer les éventuelles traînées de boue provenant des talus voisins."

Tout Audernarde croisera donc les doigts dimanche pour que le franchissement du monstre par le peloton se fasse sans anicroches.



© La Dernière Heure 2008