Cyclisme

Le décès de son ami Wouter Weylandt a cruellement touché le tenant du titre

Stijn Devolder a toujours été quelqu’un de particulier, de difficile à comprendre et à saisir, même pour son proche entourage. Demandez à Patrick Lefevere dont les cheveux ont blanchi un peu plus encore quand il s’occupait du Flandrien.

Champion de Belgique pour la deuxième fois, il y a un an à Louvain, le double vainqueur du Tour des Flandres n’a depuis ce succès accumulé que les déboires. Quant aux résultats, il n’y en eut aucun, ou presque !

Le coureur de Sint-Lodewijk-Deerlijk n’a gagné aucune course depuis la conquête de ce second titre. À peine, en douze mois, s’est-il classé deux fois quatrième, en juillet dernier, d’une étape du Tour d’Autriche et, en février, d’une de la Ruta del Sol. Certes, Devolder a réussi le doublé en gagnant le national de chrono, mais, les superstitieux apprécieront, il ne portait pas le maillot tricolore ce jour-là. Partout, celui qui espérait se relancer au sein de l’équipe Vacansoleil après son fracassant divorce d’avec Quick Step, a fait nombre et désormais, il traîne sa peine, au propre comme au figuré.

“Ce fut une année de misère”, confessait-il, hier, dans les colonnes du quotidien Het Laatste Nieuws, dans un entretien sincère et émouvant. Car Stijn Devolder est un homme meurtri.

“Après la mort de Wouter (Weylandt), je suis resté plus de deux semaines sans toucher mon vélo”, avoue-t-il. Le malheureux Gantois, décédé au Giro, fut son équipier chez Quick Step. Il était surtout un de ses amis, un de ceux avec qui Devolder s’entraînait. Deux ans plus tôt, c’est un autre de ses proches partenaires, Frederik Nolf, qui avait perdu la vie. Déjà, Devolder avait été très affecté par ce décès.

“J’ai dû mordre sur ma chique pour courir les Tour de Picardie, de Belgique et du Luxembourg. À la fois, c’était bien que je fasse quelque chose, mais j’avais tout le temps Wouter à l’esprit. C’est quelque chose qui demande du temps, que je ne peux pas forcer.”

Au Tour de Suisse, Devolder a montré ses limites actuelles.

“Hilaire (Van der Schueren, le directeur sportif de Vacansoleil) a vu quelques améliorations, mais je ne veux pas me mentir, je ne suis pas en condition pour le Championnat, ni pour le Tour. Le seul point positif, c’est que je vais un peu mieux mentalement. Je peux me donner des buts, comme la Vuelta. Car je veux encore gagner, pour moi, pour Wouter…”

Dimanche, Devolder sera à Hooglede. Mais sans espoir.

“Je n’ai aucune chance, lâche-t-il. Surtout dans le championnat des meilleurs coureurs du monde : Gilbert, Boonen, Nuyens, Vansummeren, Leukemans, Degendt et surtout Van Avermaet. J’ai pu profiter de ce titre sur le podium, à Louvain. Mais depuis lors, absolument pas. En 2008, j’avais gagné le Tour des Flandres avec le maillot tricolore. Cette fois, il ne m’a apporté que des désillusions.”

Pourquoi ? Stijn Devolder n’en sait absolument rien.

“J’ai arrêté de me poser la question, je ne regarde plus le passé”, dit-il. “J’ai commis des erreurs. On tire plus d’enseignements de ses fautes que de ses réussites. Mais, j’aurais échangé ce maillot pour la vie de Wouter. Tous mes succès. Toute ma carrière, même. Pour un ami, rien ne compte trop.”

Et pourtant, le papa de Femke et Jody voue une véritable passion à son maillot tricolore.

“Je l’aime !”, dit-il. “Il est si beau, je trouve ces trois couleurs, noir, jaune rouge, plus attrayantes que celles de l’arc-en-ciel. On doit en être fier. Plus que ce misérable bandeau sur le maillot de Frank Schleck. Dans ce cas, autant laisser gagner quelqu’un d’autre ! Je suis fier en songeant que beaucoup de champions ne l’ont jamais porté. J’aurai encore le temps de prendre un troisième titre. À La Roche, en 2013 par exemple.”



© La Dernière Heure 2011