Cyclisme

L'ancien décathlonien Freddy Herbrand est une valeur connue et reconnue depuis quelque vingt-sept années. Rencontre

DOHA L'histoire de Freddy Herbrand est celle d'un Belge qui réussit au bout du monde. Celle aussi d'un ancien athlète de haut niveau qui a parfaitement su se reconvertir après sa carrière. Une carrière qu'il mena sans le moindre entraîneur et qui le vit décrocher une extraordinaire 6e place aux Jeux Olympiques de Munich, en 1972. "Lorsque j'étais athlète, raconte ce calife parmi les califes quand on parle de sport, je ne bénéficiais d'aucune aide financière. Alors, je me débrouillais pour trouver des fonds, en organisant des shows sportifs, chez moi, à Malmedy. Je m'y produisais (j'ai même battu officieusement le record de Belgique du saut en hauteur en passant 2,16 m lors d'une de ces démonstrations) mais je faisais également appel à des amis, tels les motocrossmen Joël Robert et Roger De Coster ainsi que l'haltérophile Serge Reding, lequel y a levé une barre qui, à Munich, lui aurait permis de décrocher une médaille d'argent. Aux Jeux allemands, manquant d'influx, il ne put réitérer cette perf.´

Mais où est donc le Qatar?

Grâce à l'argent ainsi récolté, Freddy Herbrand finançait ses stages, ses déplacements. Lorsqu'il décida, après les Jeux de 76 à Montréal, d'embrasser une carrière d'entraîneur, ayant appris que beaucoup de coaches se retrouvaient au Koweït ou en Arabie saoudite, Herbrand s'en alla voir Raoul Mollet afin d'explorer les différentes possibilités au Moyen-Orient. Coup de chance, le président du COIB revenait du Qatar où l'on recherchait un entraîneur d'athlétisme. "Oh, non! Pas l'Afrique, je veux aller dans un de ces pays producteurs de pétrole!´ répondit Herbrand. Mollet s'esclaffa et lui prodigua un petit cours de géographie avant de lui (pré)dire: `Malin et débrouillard comme tu es, tu nous reviendras avec des chaussures en crocodile, fumant de gros cigares et conduisant une rutilante Mercedes!´

Raoul Mollet ne s'était pas trompé. En janvier 77, Freddy Herbrand partit donc pour le Qatar. A Malmedy, certains s'étaient gaussés, sûrs de le voir revenir plus ou moins rapidement pour reprendre son modeste emploi de professeur de gym à l'école primaire du village. C'était bien mal connaître l'oiseau ! Certes, rien, au début, ne fut facile. Il dut même faire face à des situations pour le moins cocasses, avec les sept militaires qu'on lui dégotta d'abord pour former son équipe d'athlétisme. "Je les déposais quelque part, pour un entraînement, et je leur montrais le point d'arrivée, point que je rejoignais moi-même en voiture. A mon grand étonnement, j'en retrouvais quelquefois certains avant moi à l'arrivée! Ils avaient simplement fait du stop! Mais j'ai vite trouvé la parade en les droppant, en Jeep, au milieu du désert! ´

Mais ses athlètes étaient doués. Lors du premier championnat de cross du Golfe qu'ils disputèrent, ils battirent les Irakiens, grands favoris, en prenant la 1re, la 3e, la 4e et la 5e place. Et son vainqueur avait, avant la course, dû se faire longuement prier pour dévisser les longues pointes de ses Adidas Tokyo... vu que la course avait lieu sur l'asphalte! Les sportifs victorieux, à leur retour, eurent droit à une maison et à une Mercedes! Sur piste, un peu plus tard, les résultats furent tout aussi probants. La carrière de Freddy Herbrand au Qatar était définitivement lancée. Aujourd'hui, il est conseiller personnel du président du Comité olympique du Qatar et directeur technique de la fédération d'athlétisme. D'un point de vue financier, il n'a plus guère de souci à se faire mais il continue néanmoins à s'investir pleinement en vue des Jeux d'Asie 2006, qui auront lieu au coeur même de sa chère deuxième patrie.

© Les Sports 2003