Le vrai secret du vélo de Cancellara

Q. F. Publié le - Mis à jour le

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Cyclisme

Le Suisse disposait dans le passé d’un système de roulements breveté appelé Gold-Race et mis au point par un ingénieur italien

RICCIONE Au détour d’un carrefour de la SS16 reliant Riccione à Cattolica, le long de la côte adriatique italienne, la devanture des cycles Migani ne paie pas de mine. Derrière la porte de l’atelier se cachent pourtant quelques moments d’histoire.

Un maglia rosa de leader du Giro côtoie un maillot jaune floqué aux couleurs de la Banesto. “Ces deux reliques appartiennent à Miguel Indurain” , détaille Martino Migani, toujours en bleu de travail à plus de 70 ans et intime de quelques grands champions de l’histoire du cyclisme.

La modestie qu’il entretient nous laissera tout juste comprendre qu’il fut le mécanicien personnel de Marco Pantani, originaire de Cesenatico, à quelques kilomètres de là. Son fils Denis est, lui, un ami d’un champion plus contemporain : Fabian Cancellara.

“Depuis sa plus tendre enfance, Fabian vient en vacances à Riccione avec sa famille” , détaille M. Migani fils.

Quand notre accompagnateur rebaptise le Suisse, sur le ton de la boutade, l’homme au moteur , le vélociste ressort alors d’une pièce adjacente avec un drôle de pédalier monté sur un socle. “Voici le secret de Cancellara” , avance très sérieusement notre interlocuteur.

Une rumeur prêtant au Champion du Monde du contre-la-montre une assistance électrique lors de ces derniers succès sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix était née d’une vidéo du consultant de la Rai Cassani démontrant que ce procédé, fabriqué par un constructeur autrichien, pouvait être intégré de manière invisible.

“Mais Fabian n’a jamais disposé d’un moteur dans son cadre” , poursuit Denis Migani. “Il disposait uniquement d’un système de roulements révolutionnaire mis au point par un ami ingénieur.”

La démonstration est bluffante : une très légère impulsion au niveau de la manivelle du pédalier suffit à faire tourner celui-ci pendant plus d’une minute sans discontinuer.

“Ce procédé est breveté et s’appelle le Gold-Race”, poursuit Denis Migani. “Il a été mis au point par Giovanni Cecchini (NdlR : aucun lien de parenté avec le très controversé docteur italien) qui a travaillé sur ce système durant presque toute sa carrière, l’introduisant d’abord dans l’univers hippique en équipant les sulkys de son procédé. Après qu’il a également collaboré pour la Fédération suis- se de ski, Fabian Cancellara a eu vent de son travail et a souhaité le rencontrer. Le dernier vainqueur de Paris-Roubaix a toujours été très intéressé par les dernières innovations en matière de technologie et de matériel.”

La rencontre est déterminante puisque l’actuel coureur de la formation Leopard-trek décide de s’adjoindre les services de cet inventeur de génie, ingénieur et professeur d’Université, à condition d’être le seul coureur du peloton à en disposer au commencement.

Le principe s’appuie sur un roulement disposant de billes composées partiellement de graphite mais surtout d’une huile très complexe, découlant d’un mélange de deux substances à la composition classée secret défense.

“Ce mélange est très particulier et doit même être adapté en fonction des conditions climatiques” , poursuit Migani. “Selon l’humidité et la température ambiante, la volatilité du liquide varie et il faut donc doser les choses différemment.”

Une préparation quasi scientifique qui poussait Giovanni Cecchini à se déplacer sur toutes les courses d’envergure avec Fabian Cancellara. “Cecchini résidait toujours dans le même hôtel que Cancellara la veille des grands rendez-vous et y préparait le matériel du coureur suisse depuis le début de leur collaboration en 2007. Car en plus des roulements du pédalier, Cancellara avait décidé d’équiper ses roues ainsi que les galets de son dérailleur de la technologie Gold-Race.

L’apport est indéniable sur plusieurs plans. “Des tests ont été réalisés en laboratoire” , poursuit notre interlocuteur. “Selon ceux-ci, les frictions sont diminuées de plus de 95 % et le gain au kilomètre atteindrait jusqu’à 2,5 secondes. Des essais réalisés sur piste par des juniors montrent que la fluidité de ces roulements retardait également, pour la mê- me distance couverte dans le mê- me temps, l’accumulation de l’acide lactique de 27 %. Ce mécanisme permet enfin d’utiliser des braquets plus importants du fait de l’aide que ce mécanisme apporte. Fabian n’a jamais triché puisque ce mécanisme est autorisé par le règlement UCI. Tout juste dispose-t-il d’un matériel de pointe.”

Quand nous lui demandons pourquoi cette invention ne s’est pas répandue en quelques jours dans le peloton, Denis Migani ne peut réprimer un léger sourire.

“Parce que beaucoup de coureurs ne s’intéressent pas aux innovations de leur sport et ne connaissent pas ce système. Ici, en Romagne, plusieurs coureurs amateurs en sont équipés et le système est commercialisé au- près du grand public puisque j’ai également été initié au montage et aux secrets de ce système. Pour en équiper votre vélo, il vous en coûtera par exemple 1.100 euros. Je sais toutefois qu’Andy Schleck en était équipé lors des étapes de montagne du dernier Tour de France.”

Si la démonstration et l’essai de ce matériel nous a incontestablement convaincu, une réserve peut toutefois être apportée : cela n’explique toujours pas les nombreux changements de vélos de Cancellara sur le Tour des Flandres 2010 et la dernière édition de Paris-Roubaix.



© La Dernière Heure 2011
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