Cyclisme

Dernier vainqueur wallon d’une classique pavée (le Nieuwsblad en 2008, voir tableau ci-dessous), Philippe Gilbert a décidé cette saison de se détourner des épreuves du Nord sur lesquels il fut, encore en 2013, notre meilleur représentant. Privé de son maître atout, le sud du pays risque donc de devoir encore patienter quelque peu avant de renouer avec la victoire sur un terrain qui l’a trop rarement vu briller.

Second du Circuit Het Nieuwsblad en 2009, Kevyn Ista a accepté de décrypter un manque de compétitivité qu’illustre très clairement notre tableau.

Une pyramide trop étroite

"La première explication est le peu de coureurs wallons présents dans le peloton professionnel. Nous ne sommes que 11 à évoluer dans les deux premières divisions du cyclisme mondial. La base de la pyramide est donc plutôt étroite et la probabilité d’un succès s’en retrouve donc, logiquement, réduite."

La morphologie

"Plutôt que la taille ou le poids, ce sont la puissance et l’explosivité qui constituent les deux qualités nécessaires sur ce terrain. Les coureurs compétitifs sur les Flandriennes marient toujours deux caractéristiques que l’on peut travailler, mais qui relèvent avant tout du patrimoine génétique. Je possédais déjà ces armes chez les jeunes (NdlR : il a remporté le Tour des Flandres Espoirs en 2006 et le GP de l’E3 Espoirs en 2004) et cela m’a donc incité à m’investir dans cette voie."

L’expérience en course

"Elle est absolument indispensable. Le placement conditionne ainsi, selon moi, à 70 % le résultat. Il faut donc être capable de se positionner à l’approche des difficultés et ne pas être effrayé par le comportement d’un peloton parfois un peu fou. En freinant au tout dernier moment, on peut ainsi facilement gagner une dizaine de places. Lorsque j’évoluais dans les catégories de jeunes, mes parents n’ont jamais compté les kilomètres au moment de décider sur quelle course j’allais m’aligner. Je les en remercie encore aujourd’hui. J’ai donc eu le privilège de pouvoir sillonner la Belgique dès mon plus jeune âge et de me constituer un vécu sur des courses flamandes qui empruntent souvent les difficultés qui jalonnent les parcours des pros."

Le terrain d’entraînement

"S’il est vrai que beaucoup de coureurs flamands avalent chaque jour à l’entraînement les difficultés qui jalonnent ces classiques, il n’est, selon moi, pas nécessaire d’y multiplier les séances ou d’y être né pour y briller. J’en veux pour preuve l’exemple de mes deux coéquipiers de chez IAM, Sylvain Chavanel et Heinrich Haussler. Ils sont tous deux très compétitifs sur ce terrain mais n’avalent les monts et les secteurs pavés qu’une fois en course. Dans ma région (NdlR : Biesme), je ne dispose pas de ce type de chaussées, mais cela ne constitue aucunement une forme de handicap. Je peux, par contre, gravir certaines petites bosses, courtes mais très raides, qui se rapprochent finalement assez fort de celles que l’on rencontre sur lors de la campagne du Nord. En période de préparation, je les emprunte donc régulièrement lors de mes séances."

La passion

"Pour marcher sur ces courses, il faut les aimer. L’expression est éculée, mais elle traduit parfaitement l’état d’esprit d’un coureur désireux de briller sur les épreuves pavées. Mais entre vibrer pour ces épreuves si particulières et y être performant, il y a encore un pas souvent très difficile à franchir..." (rires)