Cyclisme L’Italien a résisté au retour des sprinters après son attaque dans le Poggio.

Derrière la ligne d’arrivée tracée sur la mythique Via Roma, Vincenzo Nibali ne cesse de hocher la tête, comme pour se remettre les idées en place et chasser l’incrédulité qui l’habite encore quelques secondes après son formidable exploit. Vainqueur en solitaire d’une 109e édition de Milan-Sanremo qui ne se sera décantée que dans ses dix derniers kilomètres, le Requin de Messine a livré un authentique numéro de maestro.

Joker d’une équipe Bahraïn-Merida qui avait choisi de miser sur son sprinter Colbrelli, Nibali a su parfaitement se jouer des circonstances de course pour transformer son travail pour le collectif en une manœuvre servant ses intérêts personnels.

"À quinze kilomètres de l’arrivée, j’ai senti que je possédais d’excellentes jambes", détaillait ainsi le vainqueur des trois grands tours. "Nous avions une grande confiance en Sony (Colbrelli), notre carte maîtresse en cas d’arrivée groupée, car il était en grande condition. Au pied du Poggion je me suis donc placé dans la roue de Mohoric pour répondre aux attaques afin d’œuvrer pour le collectif. Lorsque le champion de Lettonie Neilands a posé son offensive j’ai sauté dans sa roue. Il m’a demandé de collaborer et j’ai rapidement constaté que nous avions creusé un trou d’une vingtaine de secondes. Mon directeur sportif m’a alors hurlé dans l’oreillette de ne pas tergiverser et de jouer ma carte à fond."

Isolé en tête de course au moment de virer au coin de la plus célèbre cabine téléphonique d’Italie, Nibali ne comptait alors plus qu’une dizaine de secondes d’avance.

"Je suis plutôt bon descendeur, mais j’ai toujours cherché avec un certain sang-froid dans la finale mais aussi avec mon cœur. Car pour résister au retour du peloton après une course de près de 300 bornes disputée en grande partie sous la pluie, cela requiert une grande détermination. Pour m’imposer sur une course comme celle-là, je savais qu’il me fallait arriver seul car je n’ai aucune chance au sprint face à des gars comme Sagan, Kwiatkowski ou Gilbert. Les deux derniers kilomètres furent interminables, mais j’ai tout de même eu la joie de pouvoir savourer ce succès dans les cinquante derniers mètres."

Un succès totalement inattendu pour le Sicilien.

"Je pensais être quelque peu en retard dans ma préparation, mais Tirreno Adriatico m’a rassuré sur mon état de forme. J’ai terminé la saison dernière en remportant le Tour de Lombradie et débute celle-ci en enlevant Milan-Sanremo. C’est forcément spécial (rires). La Primavera est sans doute la course que je m’attendais le moins à rempoter car elle n’est pas véritablement faite pour moi. Dans le passé, j’avais déjà attaqué dans le Poggio, mais mon meilleur résultat ici était une troisième place car je tombais toujours sur des gars plus rapides. Ce contexte peut vous laisser deviner à quel point je suis heureux. Je n’ai tout simplement pas de mot pour décrire ma joie…"