Cyclisme À la veille de la course arc-en-ciel, on parle logistique, tactique et argent.

Des Mondiaux s’y sont gagnés, d’autres s’y sont perdus. Traditionnellement, c’est à la veille du rendez-vous arc-en-ciel que se tient une réunion essentielle.

Chez les Belges, elle aura lieu ce samedi soir, dans une des salles du Thon Hôtel où logent nos compatriotes. Dans le clan slovaque, la réunion d’avant-course ne durera sans doute pas longtemps. Ce sera tout pour Peter Sagan, et le double champion du monde annoncera la somme qu’il est prêt à offrir à ses équipiers pour qu’ils l’aident à enlever un troisième titre.

"On parle de trois choses ", reconnaît Kevin De Weert, qui s’enfermera seul avec ses neuf coureurs. "Je préfère faire cette réunion à la veille de la course car dimanche, ça part relativement tôt, les coureurs ne sont pas réveillés (il rit) ou déjà concentrés… On évoque la logistique, pour savoir à quelle heure il faut se réveiller, aller manger, partir avec le bus vers le départ… "

Là n’est pas l’essentiel.

"Les deux autres chapitres, ce sont évidemment la tactique et l’argent", poursuit le sélectionneur. "On va discuter des plans, mais on peut faire quinze scénarios et le jour de la course, c’est le seizième qui se produit. Le groupe se connaît. Plus qu’avant, ce sont des coureurs qui évoluent ensemble depuis des années. Souvent, à quelques exceptions près, depuis qu’ils sont juniors. Jamais je n’ai connu de souci dans le groupe, comme coureur (NdlR : De Weert a participé à cinq Mondiaux) ou comme sélectionneur. Il n’y a jamais eu de problème entre aucun coureur, certainement pas entre Greg et Phil. Avant Rio, j’ai même reçu un coup de fil de Van Avermaet qui se plaignait que la presse entretienne sans cesse ce prétendu conflit entre lui et Gilbert."

Cette année, d’un point de vue tactique, tout semble clair, la Belgique aura deux leaders. Ce ne fut pas toujours le cas.

"La veille du Mondial 1983, à Altenrhein", nous avait confié le regretté Claudy Criquielion, "on nous demande lequel parmi nous est ambitieux. Personne ne bouge, je finis par lever le bras parce que je me sentais bien. Un par un, tous les autres ont levé le leur en rigolant, l’air de dire ‘si lui y croit, nous aussi’."

Le lendemain, le Hennuyer, piqué par le dédain de ses partenaires, finit 5e… Il sera champion du monde un an plus tard.

En 1975, à Yvoir, Roger De Vlaeminck se moque publiquement de la petite taille de Lucien Van Impe. Mal lui en prend.

"Nous ne sommes pas onze dans la sélection, mais dix et demi", croit rigoler le Gitan. Quelques heures plus tard, quand, dans la finale, De Vlaeminck se retrouve en poursuite de Hennie Kuiper avec comme seuls équipiers un Eddy Merckx diminué par une chute, et… Van Impe, il est surpris que celui-ci se refuse à l’aider en lui rappelant sa malheureuse remarque.

Autre point important de la réunion, l’aspect financier.

"L’argent est moins important qu’avant, car, avouons-le, les salaires d’un pro qui est ici sont bien plus importants qu’autrefois, il y a une, deux ou trois décennies", confie un ancien participant régulier de cette réunion. "Samedi soir, De Weert va sans doute demander : ‘Qui est capable de mettre 150.000 ou 200.000 euros dans le pot ?’ "

Une somme à partager avec les équipiers qui auront travaillé pour le nouveau champion et à laquelle s’ajoutent les 50.000 € offerts par la RLVB en cas de titre et les quelque 8.700 € de prix de l’UCI.

"Tchmil ou Museeuw disaient", se souvient notre témoin, ‘Moi, je donne ça ou ça si je gagne.’ Le premier effet, c’est que d’autres ne peuvent s’aligner. Ou alors, ils doivent appeler leur équipe et voir ce dont ils peuvent disposer comme cagnotte. Mais encore une fois, l’argent n’est plus le même moteur d’une mise au service d’un leader qu’autrefois…"