Mort de Kivilev: casque obligatoire? On en reparle

Joël Godaert Publié le - Mis à jour le

Cyclisme En Belgique, le port du casque est, depuis 1967, régit par un arrêté royal

BRUXELLES Le décès d'Andreï Kivilev relance, inévitablement la problématique du port obligatoire d'un casque protecteur. Actuellement, l'Union Cycliste Internationale oblige tous les coureurs à porter un casque où qu'ils se produisent dans le monde, sauf... les coureurs appelés élites, soit les professionnels sous contrat. Mais dans certains pays, comme en Belgique, même cette catégorie de coureurs doit se protéger la tête. Chez nous, cette obligation remonte à longtemps. «Attention, rappelle à juste titre l'ancien coureur et directeur sportif Jean-Luc Vandenbroucke. Il ne s'agit pas d'un simple règlement sportif, mais d'un arrêté royal. »

Effectivement, depuis août 1967, un arrêté royal définit plusieurs mesures au niveau du déroulement des courses cyclistes, dont le port du casque obligatoire.

Une question de génération

Qui dit courses multiples, dit accidents plus fréquents. C'est l'une des raisons qui fait qu'en Belgique, on roule casqué depuis 35 ans alors qu'ailleurs ce n'est pas nécessairement le cas. Quelques pays seulement, dont les Pays-Bas et l'Allemagne ont également rendu le port du casque obligatoire. Très longtemps, ce casque dit à boudins a été constitué de simples lanières de cuir qui offraient pourtant déjà une certaine protection.

En janvier, 1991, l'UCI a voulu rendre obligatoire, partout, le port du casque rigide, appelé pothelm en flamand, car il donnait un peu l'impression que les coureurs avaient un pot sur la tête. Cette véritable innovation a provoqué... la révolution dans le peloton. Dès les premières courses, des voix se sont fait entendre pour protester contre cette mesure. A Paris-Nice, cette année-là, un coureur, Francis Moreau fut exclu parce qu'il avait ôté son casque dans la montée du Mont Faron.Dès le lendemain, c'était tout le peloton qui se présentait non casqué au départ de l'étape. Ne voulant pas prendre le risque de devoir annuler l'épreuve faute de combattants, le jury des commissaires fit marche arrière, laissant la liberté aux coureurs de se couvrir ou non.

L'Union Cycliste Internationale a effectué une nouvelle tentative, en novembre 1995, quelques mois après le décès de Fabio Casartelli. Mais l'instance internationale a de nouveau fait marche arrière, du moins en ce qui concerne les élites. « Je crois que c'est une question de génération, estime Vandenbroucke. Les anciens comme Tchmil ou Museeuw ont mis très longtemps avant d'adopter les casques modernes au lieu du traditionnel boudin. Au contraire, les jeunes qui portent ces casques depuis qu'ils sont débutants n'auront pas de difficulté à les conserver une fois chez les pros.»

Il ne fait aucun doute que le sujet va à nouveau être abordé au sein de l'UCI.» Les coureurs prétendent généralement que c'est une question de gêne, en cas de chaleur, par exemple. Mais les casques actuels sont non seulement plus esthétiques, mais aussi plus pratiques et mieux conçus. Il serait plus raisonnable, désormais, que tout le monde adopte le casque en toutes circonstances. Un accident tel celui de Kivilev donne froid dans le dos. Certes, le casque ne constitue pas une garantie absolue. Il y a quelques années, un amateur belge qui portait un casque est malgré tout décédé après avoir heurté violemment un trottoir. Mais dans beaucoup de cas, les conséquences d'une chute seront atténuées grâce au casque.», conclut Jean-Luc Vandenbroucke.

Vandenbroucke, son ami

VDB, particulièrement meurtri, était très proche d'Andrei Kivilev

PONT-DU-GARD Nous l'avons rencontré par hasard, cinq minutes avant qu'il ne prenne le départ de cette étape neutralisée d'avance. Frank Vandenbroucke était à la recherche d'un café chez ses collègues de la Saeco, café qu'il ne trouva pas du reste. Plus d'eau dans la machine. Il ne se déroba à nos questions. «J'ai appris la nouvelle vers neuf heures ce (NdlR: mercredi) matin, par un coup de fil de Nico Mattan. Je n'en revenais pas. Andrei et moi nous étions entraînés quasi tout l'hiver ensemble à la côte d'Azur. Je me trouvais à Saint Raphaël et lui un rien plus loin sur le littoral. On se téléphonait pour se donner rendez-vous et puis on partait tous les deux pour de longues sorties. Je crois qu'on peut dire que nous étions devenus amis.»

Mardi, lorsque Kivilev est tombé, Vandenbroucke a tout de suite vu que c'était le Kazakh qui était au sol. «Mais en course, on ne s'arrête pas, naturellement, dit-il les yeux rougis par l'émotion. On sait d'ailleurs qu'un blessé sera bien aidé et efficacement secouru par les services médicaux. Et puis, des chutes, on en voit des centaines par saison. Généralement, les dégâts sont limités. Donc, on ne s'en fait pas trop, a priori.»

Entendant toutefois les bruits les plus alarmants à propos de son ami, VDB avait personnellement contacté le docteur Jean-Jacques Menuet, de l'équipe Cofidis, mardi soir. Celui-ci n'avait guère pu le rassurer. «Il s'était montré réservé, sans me cacher l'extrême gravité des blessures. Il me disait que son état pouvait changer d'une heure à l'autre, dans un sens ou dans l'autre...» On sait ce qu'il est malheureusement advenu du pauvre Kazakh.

Quant au port du casque, Frank se montrait fataliste. «Je reconnais que je le porte plus qu'avant, mais ce n'est pas systématique. Pendant mes cinq premières années pros, j'ai toujours laissé mon casque dans l'auto. A l'entraînement, j'admets que je ne l'utilise pas non plus. Je ne prétends pas que mon attitude est la bonne, loin de là. D'ailleurs, je trouve que l'obligation du casque, en course, pour les jeunes, est une bonne chose. Acquérir cette habitude dès ses premiers tours de roues leur sera salutaire. Plus tard, ils la garderont automatiquement quand ils passeront chez les pros.»

Hier, VDB a roulé l'étape tête nue. Mais c'était un peu comme à l'entraînement, pour lui...



Merckx: "Je repense à Wadecki"

Axel était très choqué pas la tragique nouvelle

LE-PONT-DU-GARD Assis sur le capot de la voiture Domo, Axel Merckx avait le regard vague des jours sans. Autour de lui, une meute de journalistes à qui il répond sans détours, calmement. S'il y a tellement de monde autour de lui, c'est parce que chacun sait qu'Axel est un partisan invétéré du casque et que son avis est sensé, autorisé.

«Il y a bien longtemps que j'ai pris l'habitude du casque, dit-il posément. Chez les jeunes, je le portais déjà et je n'ai pas modifié mon comportement chez les professionnels. Pour moi, c'est un accessoire essentiel de ma sécurité. Mais je ne veux pas imposer ma vision aux autres. Dans le peloton, il y a toujours des gens pour et des gens contre. Chacun fait ce qu'il veut, mais personne ne pourra jamais me persuader que j'ai tort d'agir ainsi. Pour ma part, je porte même le casque sur les routes d'entraînement. Il arrive que mes compagnons de route se moquent de moi en me voyant arriver casqué, je n'ai que faire de leurs sarcasmes. Les risques sont différents en course ou à l'entraînement. Dans le premier cas de figure, on roule vite et la compétition pousse parfois naturellement à prendre davantage de risques. Sur routes ouvertes, par contre, il y a tous les dangers inhérents aux autres véhicules. Combien de coureurs n'ont-il pas été renversés par des voitures, voire des camions. Certains y sont même restés. Un casque, dans toutes ces circonstances, peut vraiment sauver une vie.»

Pas plus tard que la semaine dernière, Christophe Detilloux fut lui-même renversé par une voiture en Espagne, (heureusement sans conséquence pour sa vie), et, durant l'hiver, c'est Marc Streel qui fit les frais d'une brutale rencontre avec un tracteur. Le Liégeois s'en tira avec une fracture du coude.

«Voilà bien la preuve qu'il vaut mieux prendre toutes ses précautions, acquiesce Merckx. L'accident de Kivilev me fait immanquablement penser à celui de mon équipier Wadecki, l'an dernier à Tirreno Adriatico. Là aussi, Piotr avait été entre la vie et la mort pendant plusieurs jours.» Mais, pour le Polonais, la balance du destin avait penché vers la vie...

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