Cyclisme

Les lunettes dernier cri qui garnissent un visage resté affûté et une chevelure grisonnante, seul signe de l’emprise du temps sur cet ancien spécialiste du contre-la-montre, confèrent à Allan Peiper un look de professeur d’université. Débarqué début 2013 au sein de l’armada BMC en qualité de Performance Manager, l’Australien a pris une nouvelle envergure cet hiver. Intronisé Sporting Manager quelques mois après le départ de John Lelangue dans la foulée du Tour 2013, ce polyglotte est ainsi devenu le nouveau patron sportif de l’équipe américano-suisse.

"Dans le sport comme dans le business, il est parfois difficile d’identifier clairement les causes exactes d’un malaise", débute celui qui est installé dans la région de Grammont. "Pour utiliser une analogie avec le monde des affaires, je dirais que lors du dernier Tour de France, BMC a frôlé la faillite. Rien ne fonctionnait : les résultats ne répondaient pas aux attentes et nous avions même perdu l’esprit qui nous habitait jusque-là. Ces semaines furent très difficiles à vivre pour les coureurs mais aussi pour le staff. Andy Rihs, le fondateur de BMC, a alors pris une décision managériale pour tenter d’installer une nouvelle dynamique. Ce type de décision est plutôt rare dans notre petit monde où les choses évoluent davantage de manière ronronnante."

Si la nomination de Peiper dans ses nouvelles fonctions nécessita quelques semaines, celui-ci s’attela à un énorme chantier dès sa prise de fonction. "Nous avons réorganisé tous les départements cet hiver. Ma ligne de conduite a été de définir pour chacun un rôle précis, de lister les responsabilités et les attentes liées à chaque fonction, du mécano au leader pour le Tour. Lorsque vous savez précisément ce qu’on attend de vous, tout devient alors plus limpide. Je pense que nous avions quelque peu perdu conscience de la position privilégiée dans laquelle nous évoluions. Nous n’avons jamais manqué de rien. Il ne faut pas oublier le chemin parcouru par ce qui était une équipe continentale pro il y a encore quelques années. Nous avons, depuis, gagné, entre autres, un Tour de France et un titre mondial. Mais le sport de haut niveau ne permet pas de s’attarder sur ses acquis."

De l’avis de tous, un esprit neuf souffle donc désormais sur une équipe bien décidée à s’offrir un palmarès à la hauteur de son solide budget (18 millions). "Je souhaite voir mes coureurs briller d’un bout à l’autre de la saison", poursuit Peiper. "Avec des gars comme Evans, Van Garderen, Gilbert, Hushovd ou Phinney, nous possédons des athlètes capables de gagner des grandes courses; mais il est aussi important de stimuler le reste de l’effectif pour d’autres épreuves. Pour vous donner un exemple très concret, le premier objectif de Yannick Eijssen (l’un des 5 Belges aux côtés des Lodewyck, Hermans, Van Avermaet et Gilbert) sera d’être avec les meilleurs en haut du Mont Faron sur le prochain Tour Med , dans deux semaines. Chacun doit avoir un objectif. Le mot d’ordre clamé par Jim Ochowicz (le président et manager général) pour 2014 était gagnant. C’est tout l’esprit de BMC qui a ainsi changé. Cela a plutôt bien débuté avec Evans sur le Tour Down Under..." (victoire d’étape).