Cyclisme Le n°1 mondial a piégé les sprinters avant d’être devancé une fois encore à Sanremo.

La 108e édition de Milan-Sanremo a été soporifique, samedi, jusqu’à ce que, heureusement, Peter Sagan se dresse sur les pédales à 6,200 km de l’arrivée. L’attaque du double champion du monde, finalement menée à bien là où de nombreux coureurs avaient raté leur coup les années passées, comme, par exemple, Michal Kwiatkowski il y a un an, a ainsi permis aux puncheurs de prendre le pas sur les sprinters. Ce n’était plus arrivé depuis le succès de Simon Gerrans en 2011.

Sagan a-t-il eu raison d’attaquer ? Oui, car le Slovaque aurait plus que vraisemblablement été devancé sur la Via Roma par les véritables sprinters même s’il avait déjà gagné des sprints massifs. Après l’arrivée, Gilbert faisait d’ailleurs remarquer : "Je savais qu’il allait attaquer car il se savait barré par les meilleurs sprinters. C’était presque écrit." Au moment de l’offensive de Sagan, il a fallu qu’Alaphilippe se dépouille pour le rejoindre après que Kwiatkowski, intelligemment ou parce qu’il n’en était pas capable, s’écarte. Sans le Français, le Slovaque serait sans doute allé seul jusqu’à l’arrivée.

Devait-il rouler à bloc jusqu’au bout ? "J’ai attaqué sur le Poggio à l’instinct, car nous avions le vent dans le dos, que je me sentais vraiment bien et que les autres ne bougeaient pas", indiquait Sagan qui, jusqu’à la dernière ligne droite, a mené le plus souvent le trio de tête. Sur le Poggio d’abord, dans sa descente qu’il a ensuite dévalée à fond de balle, puis sur le Corso Cavalotti. Il a encore lancé le sprint en tête pour se faire remonter in extremis.

A-t-il présumé de ses forces ? "J’ai roulé le plus souvent en tête", disait-il. "Ils ne m’ont pas beaucoup relayé. Si j’ai continué, c’est parce que je pensais que j’allais gagner au sprint." À peine la ligne franchie comme un équilibriste, car en jetant son vélo sur la ligne il avait failli goûter du bitume, il s’est montré beau joueur. "Je suis satisfait, j’ai tout donné. Je n’ai pas gagné, mais entre premier et deuxième, il y a souvent très peu. Le plus fort ne gagne pas toujours, c’est le cyclisme…"

Un favori qui assume. Peter Sagan était le grandissime favori de la Primavera et il a tenu son rôle à merveille, comme s’il ne connaissait ni la pression, ni le stress. "Obtenir un résultat, c’est très bien, mais le plus important, c’est de faire le spectacle pour le public !" a-t-il dit après l’arrivée.

Le printemps arrive seulement. "Bah ! J’ai d’autres objectifs", a-t-il déclaré en haussant les épaules. "Cela ne faisait que commencer avec Milan-Sanremo. Maintenant je dois récupérer. Ce week-end nous avons Harelbeke puis Gand-Wevelgem, puis le Tour des Flandres et Paris-Roubaix."

Le roi des deuxièmes places. "Deuxième, je me suis habitué", a réagi le Slovaque, déjà battu par Gerald Ciolek en 2013. "Maintenant, Kwiatko me doit quelques bières". Le coureur de Bora gagne beaucoup : 91 courses UCI depuis qu’il est passé chez les professionnels en 2010, chez Liquigas. Mais il est également souvent deuxième, devancé de (très) peu dans un sprint ou pour une seconde l’an dernier à Tirreno. Si son palmarès est déjà remarquable, la liste de ses premiers accessits est impressionnante aussi. Il en compte 79 en un peu plus de sept saisons, dont six cette année. Jusqu’ici, Sagan a fini 2e au Tour des Flandres, à Gand-Wevelgem, à Tirreno, mais également à deux reprises à Milan-Sanremo, au G.P. de Montréal, au Nieuwsblad, au GP E3 et aux Strade Bianche,… Mais son record, c’est sur les routes du Tour qu’il l’a acquis avec dix-huit deuxièmes places d’une étape pour sept succès…

Il a ses bêtes noires. Comme Greg Van Avermaet qui l’a déjà devancé à plusieurs reprises dans des sprints en petit comité, Sagan butte régulièrement sur Michal Kwiatkowski. Né comme lui en 1990, le Polonais est l’un de ses principaux rivaux depuis les catégories d’âge. Lorsqu’ils arrivent ensemble pour la victoire, seuls ou dans un petit groupe, Kwiatkowski prend le plus souvent la mesure du n°1 mondial.


Alaphilippe : des premières pleines de promesses

Le Français est monté sur le podium de la Primavera (3e) dès son coup d’essai.

En prélude à ce Milan-Sanremo, Tom Boonen avait avancé que "le talent était parfois plus fort que l’expérience". Si le discours du Campinois était alors articulé autour de Fernando Gaviria, la formule s’applique également parfaitement à un autre équipier du quadruple vainqueur de Paris-Roubaix : Julian Alaphilippe.

Deuxième de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège en 2015, pour sa toute première participation aux deux classiques ardennaises, le Français s’est offert un nouveau podium en bizutage de Milan-Sanremo.

Troisième derrière Kwiatkowski et Sagan, le coureur de Montluçon ne nourrissait pas de réels regrets.

"J’ai tout simplement été battu par plus fort. Si Sagan n’était pas passé à l’offensive dans le Poggio, sans doute l’aurais-je fait ensuite car j’avais des fourmis dans les jambes. Mais la consigne était ensuite très claire : rester dans la roue du Slovaque. Il m’a sans doute manqué un peu de force et d’expérience dans la dernière ligne mais je suis content de ce que j’ai fait…"

Un sentiment de satisfaction plutôt rare chez le coureur de 24 ans.

"Il peste parfois contre l’accumulation de places d’honneur qu’il compte sur les classiques" , nous expliquait Philippe Gilbert en janvier. "Mais qu’il ne se rend pas toujours bien compte du niveau sur lequel il s’appuie à son âge... Je lui rappelle parfois qu’à 24 ans, moi, j’étais lâché dans la finale des grandes courses. (rires) Julian a un gros moteur. Si ce n’est Paris-Roubaix, je crois que toutes les classiques sont à sa portée."