Cyclisme

Le Wallon quitte La Française des Jeux en enlevant la grande classique qui lui manquait

Envoyé spécial en France Eric de Falleur

TOURS Il y a trois ans, de rage, en passant à hauteur de Stijn Devolder, qui n'avait plus voulu le relayer dans la finale, Philippe Gilbert avait tapé une boîte de coca sur le macadam de la Rue Nationale, laquelle prolonge l'avenue de Grammont, terme de Paris-Tours. Douze mois plus tard, c'est avec un sentiment de frustration, car il était très fort ce jour-là déjà, que le Liégeois avait salué le succès de son équipier Frédéric Guesdon, un sourire figé aux lèvres. Enfin, l'an passé, après avoir fait le plus difficile, en se soustrayant à la mainmise du peloton avec Filippo Pozzato, il s'était sabordé en compagnie de l'Italien dans les derniers hectomètres de l'interminable dernière ligne droite.

Hier, le Wallon y éructait de plaisir. À 26 ans, au moment où il s'apprête à fermer un épisode long des six années qu'il a passées au sein de l'équipe de La Française des Jeux, Philippe Gilbert a enlevé la grande victoire qui manquait encore à son palmarès. Neuf ans après Marc Wauters, dernier Belge lauréat de la Classique des Lévriers, neuf ans aussi après le succès de Frank Vandenbroucke dans Liège-Bastogne-Liège et sept après celui de Rik Verbrugghe à la Flèche , les deux derniers coureurs wallons lauréats d'une classique, voilà Philippe Gilbert qui franchit le dernier palier le menant au faîte de la hiérachie internationale. De bon augure au moment où il s'apprête à relever, très bientôt, un nouveau challenge à la tête de l'équipe Silence-Lotto où, ce succès, va lui permettre d'arriver en conquérant, avec un statut reconnu.

Pour s'imposer hier, Gilbert a effectué la course parfaite, tactiquement et athlétiquement. C'est aussi un triomphe qui a un goût particulier.

"C'est un jour très spécial, à la fois je gagne une grande classique, une de celles qui m'ont toujours fait rêver et d'un autre côté, j'ai tenu parole ", admettait-il. "En mai, en lui annonçant que je quittais l'équipe, j'avais promis à Marc (Madiot) que j'en gagnerais une grande avant de m'en aller. J'ai essayé plusieurs fois et je suis passé tout près (NdlR : 2e d'une étape des Tours de Suisse, de France et d'Espagne). Ce matin, je me suis dit c'est la dernière occasion et j'y ai repensé en course. Je me disais qu'en l'absence de vent, ça ne serait pas facile, que ce serait dur d'échapper aux sprinters."

C'est pourtant l'accélération de Pozzato qui l'a relancé, car, jusqu'alors, l'Ardennais était près à jouer la carte de Mickael Delage, son équipier échappé.

"J'avais confiance en lui, mais quand nous sommes revenus tout près d'eux, j'ai fait le bond, puis Micka a tout donné" , assurait-il encore. "Je ne connaissais pas trop le Bouygues (NdlR : le jeune Français Sébastien Turgot). J'étais très confiant, mais je n'ai pu mettre mon onze dents (NdlR : son plus grand développement) qu'à 80 mètres de la ligne. Jusqu'alors, je ne créais pas la différence, mais je n'avais peur de personne..."



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