Cyclisme

Le manager danois se plaint de la mentalité affichée par bon nombre de jeunes coureurs aujourd’hui

BRUXELLES On peut penser ce qu’on veut de Bjärne Riis, se souvenir, bien sûr, qu’il a avoué gagner son Tour de France (en 96) alors qu’il était dopé, mais les propos qu’il tient aujourd’hui soulignent qu’il ne suffit certainement pas de se doper pour réussir, qu’à la base de tout succès, il y a, avant tout, du travail, de l’abnégation et la volonté d’aller toujours plus loin.

Le cyclisme est un sport difficile, l’un des plus durs au mon- de. Pour réussir dans cette discipline, il faut d’abord accepter de souffrir. Dans le monde moderne, c’est une notion qui se perd. Riis est un personnage plutôt dur, certains diront que cela se voit sur son visage. Mais il fait pourtant l’unanimité auprès des coureurs qui acceptent sa mentalité et sont ouverts à ses conseils. Et le dopage n’a rien à voir là-dedans, n’en déplaise aux esprits chagrins, aux détracteurs du cyclisme. Dieu sait si nous condamnons les tricheurs, et avons condamné le Danois, mais ce qu’il dit ci-après tient incontestablement la route.

“Quand on veut réussir dans ce sport, il faut d’abord et avant tout accepter de bouffer de la vache enragée”, expliquait Riis à un confrère danois d’Ekstra Bladet . “Je me souviens que, lorsque j’ai débuté dans le vélo, je vivais dans un vieil appartement au Luxembourg et je faisais des sorties quotidiennes de 4 à 7 heures tout en mangeant des spaghetti au ketchup. Aujourd’hui, les jeunes, avant même qu’on leur demande quelque chose, exigent une voiture de standing, une belle chaîne stéréo et un paquet d’argent pour se payer des vacances bien chères. Mais ce n’est pas comme ça que cela marche. Il y a un prix à payer pour réussir en cyclisme, beaucoup refusent de passer à la cais- se. Il faut prendre ses responsabilités, mordre dans le métier. Je rencontre peu de jeunes prêts à le faire.”

Le manager des Saxo Bank est impitoyable pour les coureurs doués qui ne font pas ce qu’il faut pour exploiter leur talent.

“Il y a beaucoup d’enfants gâtés dans ce sport. Il ne suffit pas d’être talentueux sur une bécane, tout comme il est inutile d’avoir une puissance physique au-dessus de la moyenne. Il faut avoir un mental à toute épreuve et une volonté de fer pour s’astreindre à un régime draconien, tout en ayant la ferme intention de faire toujours tout ce qu’il faut, d’être prêt à tous les sacrifices pour devenir meil-leur.”

Et sans dopage, bien sûr !



© La Dernière Heure 2010