Cyclisme

Notre compatriote a rempli brillamment son objectif numéro 1 de la saison en devenant champion du monde. Les échecs du printemps sont loin derrière. Le maillot arc-en-ciel tient désormais à un Phil


VALKENBURG Quelle démonstration ! Alors qu'il endossait pour la première fois de la saison, si l'on en croit les bookmakers, la pancarte de favori numéro 1 au départ d'une course, Philippe Gilbert a réussi ce qu'il fait de mieux : répondre présent. Certes, cela n'avait pas été le cas à Geelong il y a deux ans, mais il était toutefois tombé avec les armes. Armé, notre Phil national l'était cette fois jusqu'aux dents. Intraitable dans "son" Cauberg, il a survolé la concurrence lors de la dernière ascension.

Une course d'équipe maitrisée

Non, la course d'équipe des Belges ne fut pas parfaite. A un peu plus de cent kilomètres de l'arrivée, on sentait le leader remoucastrien fébrile lorsqu'il ordonnait à plusieurs coureurs de se positionner en tête du peloton pour chasser un groupe dans lequel se trouvait pourtant Gianni Meersman. Si le coureur de la Lotto-Belisol n'était pas le meilleur coureur sur papier à l'avant (Voeckler et Contador s'étaient fait la malle), l'affolement des Belges semblait prématuré.

Mais Gilbert savait ce qu'il faisait, et à l'image de ce qu'il faisait durant son hégémonie de 2011, il gérait la course et celle de ses hommes comme les plus grands champions. Pour la simple et bonne raison qu'il en est un. C'est alors que Vansummeren, pour ne citer que lui, rappelait à tous qu'il mériterait le titre de champion du monde des équipiers. Maintenu à une minute avec l'aide des Allemands, très confiants en Degenkolb, l'écart allait être résorbé à deux tours de l'arrivée.

Meersman prenait alors la tête du peloton pour empêcher les attaques. Lors de l'avant-dernière ascension du Cauberg, Nibali tentait bel et bien de dynamiter la course mais Gilbert était dans sa roue, refusant catégoriquement de relayer. Son heure viendrait 20 minutes plus tard. Voir Degenkolb, Valverde, Boasson Hagen et Sagan suivre facilement ne rassurait guère le public belge. Mais celui-ci ne pensait pas voir un Gilbert quelque peu grimaçant se transformer en véritable tueur un tour plus tard. Et pourtant...


Merci Bjorn, Gianni, Greg et Jurgen

Pourtant, les Belges prenaient la fin de course à leur compte. Leukemans ne quittait pas les deux premières places du peloton pour assurer un tempo et contrôler les éventuelles attaques. Roelandts remontait Boonen pour rappeler aux Allemands que Degenkolb devrait se le farcir au sprint en cas d'arrivée groupée. De son côté, Van Avermaet, meilleur ennemi de Gilbert il y a encore quelques mois, abritait parfaitement son leader en tête du peloton. On ne voyait que du Belge dans cette fin de course. Encore fallait-il assurer dans le Cauberg.

Le Cauberg, Philippe connait. Il n'a eu guère de difficultés à déboiter le jeune Moreno Moser qui emmenait pour le compte de la Squadra Azzura. Dans sa roue, Leukemans, Boonen et Roelandts se gardaient bien de réagir. Valverde, Kolobnev et Boasson Hagen, qui se sont avérés être les trois seuls à pouvoir répondre, étaient trop loin. Déjà. Le Russe, Poulidor des Mondiaux, se mettait dans le rouge et explosait au sommet du Cauberg alors que Gilbert relançait l'allure pour faire évoluer son avance. 20 mètres. 50 mètres. 100 mètres. Un arc-en-ciel de plus en plus coloré séparait le Belge de ses poursuivants. Valverde, le "Poulidor bis" des Mondiaux, et Boasson Hagen tentaient bien de relancer la machine mais difficile de boucher à deux un tel écart sur un homme plus fort. Difficile, en effet, de revenir sur un champion du monde.

Gilbert pouvait Philer à 60 km/h vers son destin. Comme toujours à Valkenburg, il pouvait savourer durant les derniers mètres. Il avouait après la ligne que cette victoire est d'autant plus spéciale pour lui qu'elle est acquise entre son Remouchamps natal et le village néerlandais de sa belle-famille. Boasson Hagen (un futur champion du monde en puissance, à n'en pas douter) prenait la deuxième place devant Valverde. Degenkolb, surpuissant, se contentait de la quatrième place et pouvait regretter que l'arrivée n'ait pas été placée un kilomètre plus loin.


Le palmarès se remplit

Philippe Gilbert, félicité par des équipiers aussi heureux que lui, ou presque, peut désormais barrer une ligne de plus dans sa liste de "to do". De moins en moins nombreux sont les monuments que le Remoucastrien n'a pas encore accroché à son palmarès. S'il rêve sans doute de s'imposer dans "sa" Doyenne en arc-en-ciel, en 2013, il aura déjà une bonne chance de le faire en Lombardie et à Tours dans les 15 prochains jours. Mais c'est bien du côté de San Remo et dans le Ronde, voire à Rio dans quatre ans (qui sait ?) que le Remoucastrien devra s'imposer pour remplir un peu plus un palmarès d'ogre des classiques.

En attendant, cette victoire de classe mondiale, celle qu'il attendait le plus depuis sa victoire à Liège en 2011, vient transformer une mauvaise saison 2012 en un très bon cru. Il a désormais un an pour hisser ce merveilleux maillot sur un maximum de podiums.

© La Dernière Heure 2012