Cyclisme

La position la plus confortable pour un coureur dans un groupe se situe juste derrière le premier tiers du peloton. 

La notion n'est pas surprenante. Ce qui l'est plus, c'est que ces coureurs les mieux placés ressentent vingt fois moins de résistance à l'air qu'un coureur isolé. C'est ce qui ressort d'une étude effectuée grâce à la numérisation par le Professeur Bert Blocken, présentée vendredi à Eindhoven aux Pays-Bas.

C'est la plus grosse simulation réalisée dans le monde, sur un peloton de 121 coureurs numérisés, requérant 3 milliards de cellules. "Cela dépasse toute simulation effectuée pour la Coupe de l'America en voile par exemple ou en Formule 1, cela dépasse même ce qui peut se faire dans d'autres domaines comme en aéronautique", a précisé Thierry Marchal, directeur sport et santé d'Ansys, spécialisé dans la simulation numérique, à l'Agence BELGA.

L'expérimentation s'est faite en collaboration avec la KUL et Cray, "car cela nécessitait des super ordinateurs capable de supporter une telle simulation". Il a fallu réaliser une véritable cartographie du peloton."

"Les résultats obtenus sont étonnants dans leur ampleur", a commenté Thierry Marchal. "Nous avions déjà démontré qu'un véhicule placé 1 à 2 mètres directement derrière un coureur avait une influence sur sa résistance à l'air et donc sa performance et que la position d'un coureur dans une descente avait son importance. Le Professeur Blocken (de l'Université de technologie d'Eindhoven) a voulu mesurer les effets de la résistance à l'air dans un peloton suivant la position du coureur au sein de celui-ci".

L'étude a démontré que les coureurs situés sur les flancs ressentent encore beaucoup de résistance à l'air. La position la plus favorable est pour le coureur situé au beau milieu du peloton "mais vers la tête, à la fin du premier premier tiers. Ce qui est le plus étonnant, c'est la proportion", ajoute Thierry Marchal. "La résistance à l'air est de 5% à 6 % soit vingt fois moins qu'un coureur isolé. C'est une grosse surprise. Ce qui fait dire qu'il ne faut presque pas pédaler ou, dit de façon caricaturale, qu'un cyclo-touriste serait capable de suivre s'il est positionné à cet endroit.

La position la plus avantageuse tant d'un point de vue aérodynamique et perte d'énergie que tactique (pour éviter les bordures, les chutes ou pour éviter de se faire surprendre par une attaque), se situe bien à cet endroit-là. L'étude le concorde.

Une autre étude menée il y a un an avait démontré qu'une voiture située juste derrière un coureur dans un contre-la-montre de 50 km pouvait lui permettre de gagner une minute 40 secondes.

"Dans ce même schéma, le coureur qui mène seul le peloton à la pointe ressent moins de résistance à l'air qu'un coureur isolé à l'attaque de par le fait de la "poussée" des coureurs derrière lui qui comble la dépression dans son dos. On parle d'une résistance de 86%, soit environ 14% de moins que par rapport à l'attaquant isolé," a ajouté Thierry Marchal qui extrapole "dans les longues étapes, il apparaît dans ce cadre absurde de voir des échappées matinales s'exténuer en tête de course durant toute la journée sachant que leur résistance à l'air va leur puiser énormément d'énergie. Cela leur permet juste de montre les sponsors-maillots à la télévision durant quelques heures".

Si les résultats détaillés des études restent confidentiels, l'UCI, l'Union cycliste internationale, est tenue au courant des recherches pour aider à l'élaboration des règlements et éviter tout "dopage mécanique ou technologique".

"Ainsi pour qu'une voiture n'aie aucune influence sur un coureur placé devant lui, nous avons recommandé qu'elle se situe à 25 mètres. Le règlement de l'UCI prévoit qu'il faut 10 mètres", prend Thierry Marchal pour exemple.