Cyclisme

Nouvelle côte, nouvelle arrivée : Milan-Sanremo sera plus indécis encore

Envoyé spécial en Italie Eric De Falleur

MILAN Milan-Sanremo, c'est la course du stress. Celle qui se dispute sur les nerfs et se gagne autant avec la tête qu'avec les jambes. Une épreuve longue de trois cents kilomètres et folle, où le moindre détail prend parfois des proportions énormes. L'édition de demain, la 99e d'une course dont la légende s'est construite depuis cent et un ans, risque d'être encore plus incertaine que les précédentes. Dans un climat de ferveur et d'exagération propre à l'Italie, le peloton s'élancera demain de Milan avec au moins, tels les nuages qu'on attend, deux grosses interrogations planant au-dessus de lui. Lesquelles peuvent aussi changer la donne de la première grande classique de la saison. Le tracé subit cette fois deux petites retouches aux conséquences incertaines. Le parcours de la Primavera est quasi immuable depuis un siècle, comme aime à le rappeler Philipe Gilbert qui en confère une plus grande valeur à l'épreuve de la Gazzetta dello Sport . Encore que Girardengo, Bartali ou Coppi, par exemple, n'ont jamais escaladé le Poggio, introduit sur le parcours en 1960, pour faire (déjà !) la nique aux sprinters, et encore moins la Cipressa (ajoutée en 1982) que Merckx n'a jamais eu à vaincre pour s'imposer sept fois sur la Via Roma. Où la course ne se termina d'ailleurs pas toujours, avant ou après son règne.

Une deuxième Cipressa

Une côte a en effet dû être ajoutée au parcours et l'arrivée de la classique est également transposée en un autre lieu. Un éboulement sur la chaussée, qui bloque un tunnel entre Vado Ligure et Finale Ligure, sur l'antique voie SS1 Aurelia, a contraint les organisateurs à détourner exceptionnellement leur épreuve.

A Noli, au km 199, le peloton bifurquera à droite pour monter dans l'arrière pays. Au programme 4,700 km d'une montée à 6,7 % de moyenne, l'équivalent d'une seconde Cipressa. Rajoutée il y a un mois à peine, la côte de la Manie n'a pu être reconnue par beaucoup. Petacchi est un des rares à l'avoir vue, il l'a qualifiée de difficile, ainsi que sa descente jugée dangereuse. Ce rajout et, surtout, l'incertitude qui en découle vont rendre la course plus nerveuse et le déclenchement des hostilités plus précoce d'une heure sans doute. A une quinzaine de kilomètres du pied de la montée, les équipiers vont accélérer et tenter de remonter leur leader aux avants-postes, générant un stress supplémentaire qui se paiera certainement en fin d'épreuve, quand l'addition des sept heures de selle est présentée.

Autre nouveauté : le lieu de l'arrivée. La célèbre Via Roma est désertée, pour cause de week-end pascal et de festivités diverses. A la place, les coureurs devront en terminer, après un final tortueux et dont personne n'a pu s'imprégner en raison de la circulation qui y règne habituellement, qui rend impossible une vraie reconnaissance. La ligne sera tracée sur le Lungomare Italo Calvin, au bout d'un énorme parking public construit à la sortie de la ville, en bord de mer où le vent (annoncé de face) pourrait jouer un (petit ?) rôle, sans parler du manque de repères. Par ailleurs, du sommet du Poggio, il restera 6,200 km et non 5,300 km pour désigner le successeur d'Oscar Freire. A priori autant de chance pour un sprinter distancé sur la bosse de revenir in extremis.



© La Dernière Heure 2008