Cyclisme Tim Wellens visera en 2016 les classiques ardennaises, des étapes au Giro et les JO.

Fidèle à lui-même, Tim Wellens est souriant et détendu. Sous le soleil espagnol de Majorque, avec sa vingtaine de degrés en journée, il peaufine les bases de la préparation de la prochaine saison. Qu’il aborde en confiance, rassuré par ses résultats décrochés en 2015, avec ses succès à l’Eneco Tour et au Grand Prix de Montréal.

"Après la saison, j’ai pris une semaine de vacances dans le sud de la France, après avoir disputé le Roc d’Azur", explique-t-il. "C’était chouette et suffisant : je n’avais pas besoin de destination exotique, cela me faisait du bien d’être à la maison, avec ma copine." Sophie, avec laquelle il fera bientôt construire une nouvelle maison sur les hauteurs de Huy, à Ben-Ahin.

Après une saison 2015 marquée par sa découverte, peu heureuse, du Tour de France, Tim Wellens a fait le choix de ne plus y retourner l’an prochain. "J’ai demandé à l’équipe de ne pas faire le Tour en 2016, car je n’ai pas de très bons souvenirs de cette course", glisse-t-il. "À la place, je préfère aller au Giro, pour lequel je suis super motivé. Mais cela ne veut pas dire que je ne retournerai plus au Tour de France dans les prochaines saisons. C’est juste que je préfère retourner d’abord au Giro en 2016. Cette année, je n’avais pas les jambes, pas le physique sur le Tour. Heureusement que l’équipe était dans une bonne dynamique, avec les victoires d’André Greipel. Peu de coureurs peuvent découvrir le Tour dans une équipe qui remporte quatre étapes… Ces succès m’ont aussi permis de m’accrocher. Et puis, si André n’avait pas gagné, je crois qu’on n’aurait pas été content de moi au sein de l’équipe ! Le Tour, c’était un grand objectif pour moi. J’aurais voulu gagner une étape. Mais, sur place, je n’ai jamais pensé à ce succès, tellement je n’y étais pas bien. Et rouler quand tu n’es pas bien, ce n’est vraiment pas gai ! Ce Tour, cela a été mon premier coup dur depuis mon arrivée chez les pros, alors que tout s’était toujours bien passé pour moi auparavant."

Durant la coupure hivernale, il a analysé les causes de cet échec. "Je crois que les stages en altitude ne m’ont pas convenu", précise-t-il. "Je ne veux plus passer à côté de belles courses. Je pense que cela aurait été mieux pour moi de courir, sur des épreuves que j’aime bien, comme le Tour de Belgique ou le ZLM Toer. Rien ne vaut la compétition, selon moi." Avec cette adrénaline de la course qu’il aime tant. "Dans le cyclisme moderne, certains disent qu’il faut être super à un moment donné, mais moi, je préfère être constant toute l’année et ne pas tout mettre de côté juste pour une course. Pour moi, il vaut mieux dix places de deuxième dans des grandes courses plutôt qu’une petite victoire. Mais c’est encore mieux de gagner des grandes courses… Ce que je veux faire en 2016."


"Je rêve d’aller aux JO"

En plus des classiques ardennaises et d’une victoire d’étape au Tour d’Italie, Tim Wellens a aussi l’ambition d’aller aux Jeux Olympiques, à Rio.

"Je veux aller !" clame-t-il haut et fort. "Prendre part à cet événement est un rêve pour chaque athlète. Et si j’y vais, ce sera pour y faire quelque chose. Nous sommes encore trop tôt dans la saison pour évoquer un éventuel rôle de leader au sein de la sélection belge, mais, d’après ce que j’ai entendu, ce sera un parcours pour grimpeurs. Dans une réunion que nous avons eue avec le sélectionneur national, Carlo Bomans, il a dit que ce sera trop exigeant pour Greg Van Avermaet ou Philippe Gilbert. Sur le papier, ça m’inspire. Et je pense qu’il sera possible de bien les préparer sans passer par le Tour de France."

Le Championnat de Belgique, qui aura lieu aux Lacs de l’Eau d’Heure, l’inspire également. "Je connais bien cette superbe région, où je m’entraîne souvent", détaille-t-il. "Je ne sais pas exactement comment sera le circuit, mais je sens que ce sera bien exigeant."


"Je veux aussi courir la Brabançonne"

Tous les détails du programme de Tim Wellens ne sont pas encore fixés, mais l’attachant coureur de Lotto-Soudal devrait reprendre au Challenge de Majorque, avant d’enchaîner avec la Ruta Del Sol. "Ensuite, on doit encore déterminer si je fais Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico", détaille le Limbourgeois. "Après, ce sera Milan-Sanremo et le Tour du Pays Basque. Cette épreuve est vraiment la meilleure pour préparer les classiques ardennaises. Tout le monde y rouspète parce que cela roule trop vite dans les montées, mais personne n’y est jamais lâché… Ensuite, par rapport aux classiques, j’ai décidé d’ajouter la Flèche Brabançonne. Quand tu travailles pour être bien sur une période, autant avoir une épreuve en plus."


"Je suis content d’avoir confirmé"

La tête bien posée sur les épaules, Tim Wellens n’oublie pas qu’il n’a que 24 ans. Et qu’il a encore de la marge de progression. "Mon but, c’est de continuer à progresser année après année, comme je l’ai fait ces dernières saisons", raconte le grimpeur limbourgeois, qui est lié à Lotto-Soudal jusqu’à la fin de la saison 2017. "Pour arriver au top dans quelques années. Je ne suis pas du genre à me dire que j’ai encore deux ans de contrat et que je peux être tranquille. Non, je veux continuer à monter en puissance."

Quel regard porte-t-il sur sa saison écoulée ? "Je suis content : je n’ai pas été mauvais sur les classiques ardennaises et j’ai gagné des belles courses, qui ont tout changé dans ma saison", évoque-t-il. "Après ma révélation en 2014 (victoire à l’Eneco Tour, 4e du Tour de Lombardie…), tout le monde attendait de moi que je confirme. Et je l’ai fait. Sur la fin de saison. Si mon Tour de France ne s’est pas bien passé, il m’a quand même rendu plus fort. Je l’ai ressenti à l’Eneco Tour. Comme je m’étais déjà senti plus costaud après avoir terminé le Giro."

A-t-il appris quelque chose de particulier durant la saison 2015 ? "Peut-être de me montrer plus prudent dans mes déclarations, surtout avec toute la pression et les attentes autour de moi. C’est ce qu’on m’a conseillé. Mais je reste quelqu’un d’ambitieux."


"Je viserai les étapes au Giro"

Dans quel état d’esprit Tim Wellens va-t-il aborder le Tour d’Italie, l’an prochain ?

"Ce ne sera pas avec l’idée d’aller faire un bon classement général", explique-t-il. "J’irai au Giro, que j’aime beaucoup, comme les épreuves en Italie en général, pour y viser des victoires d’étapes. Comme en 2014, quand je m’y étais classé deux fois deuxième d’étape. Je vais d’abord viser les classiques ardennaises en début de saison, et continuer avec cette bonne condition au Giro. C’est un enchaînement qui me convient bien. Et puis, pour le moment, je me vois plus comme un coureur de classiques que comme un coureur de grands Tours. Je ne sais d’ailleurs pas si je le serai un jour. Une épreuve de trois semaines, c’est vraiment très spécifique, notamment dans sa préparation. Et je ne veux pas tout abandonner juste pour une course."

Dans son planning d’ambitions, il veut à nouveau obtenir un bon résultat sur Paris-Nice, ou Tirreno. "Mais le grand objectif, cela reste les classiques ardennaises." Avoir gagné le Grand Prix de Montréal, où il a impressionné tout le peloton, lui donne-t-il plus confiance en vue des classiques wallonnes ? "Ce succès au Canada m’a fait très plaisir, mais il ne m’a pas changé", répond-il. "C’est vrai qu’on m’en a beaucoup parlé. Et quand j’entends un coureur de 38 ans aussi expérimenté que Greg Henderson me dire que Montréal a été la course la plus dure de sa carrière, cela fait plaisir. Et augmente ma fierté d’avoir gagné cette course, disputée sous le déluge et lors de laquelle cela a été la guerre toute la journée. Mais je sais aussi que c’est plus facile de gagner au Canada qu’une classique européenne. La période n’est pas la même : en avril, tous les coureurs sont encore motivés. C’est moins le cas en fin de saison."