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Une icône s'est brisée, un rêve s'est envolé

(11/07/2006)

La France s'est réveillée doublement choquée

PARIS Le réveil fut dur pour la France du ballon rond hier matin : elle doit pleurer deux choses. D'abord la Coupe du Monde qui lui a échappé après la cruelle épreuve des tirs au but et, ensuite, le départ dans le chaos de son maître à penser, de celui qui inspirait son jeu et les âmes : Zinedine Zidane. Elevé au pinacle, plus populaire que le président de la République, Zizou a fauté. Gravement. A pêté un cable. Incompréhensiblement. La France s'est réveillée peinée, sous le choc. Zidane exclu pour un coup de tête digne d'un taureau dans une drôle de corrida, c'est un peu comme si l'abbé Pierre, l'autre figure emblématique à laquelle les Français s'accrochent, distribuait les coups de boule ou était coincé la main dans le slip d'un adolescent. Inconcevable. Inimaginable.

La France parle davantage de cette exclusion, s'égarant sur des chemins de traverse pour la diluer dans la polémique. Le quatrième arbitre a-t-il regardé les images sur un moniteur avant de signaler à l'arbitre en chef l'acte répréhensible du numéro 10 français ? Marco Materazzi l'a-t-il traité de terroriste, com- me l'affirme The Guardian qui a disséqué les images mais aussi un cousin de Zizou qui témoigne depuis la Kabylie d'où est originaire le Français ?

Peu importe en fait. Même en cas d'agression verbale dont s'est probablement rendu coupable le défenseur italien connu pour sa rugosité extrême et son manque de fair-play, Zinedine Zidane ne devait pas réagir comme il l'a fait. Surtout de cette façon, avec carrément une préméditation tant il a du chemin à parcourir pour donner un coup de tête qui fera autant parler de lui que les deux qu'il avait assénés à Taffarel au Stade de France en juillet 98. Pour ceux-ci, il avait été adulé. Pour celui-ci, il devrait être conspué.

Meilleur joueur du tournoi !

Se consolera-t-il en ayant été élu meilleur joueur du tournoi ? C'est d'autant plus improbable que le vote le couronnant individuellement avait eu lieu avant ces quelques secondes d'absence. Il est évident qu'il n'aurait pas été sacré si le vote avait été différé de quelques minutes. Et il ne peut l'ignorer.

La France qui se réveille découvre également une face qu'elle ignorait de son champion. Sanguin, il l'a toujours été. Incorrect, il le fut quelques fois (voir ci-contre). Son sourire charmeur, sa timidité et, bien sûr, un immense talent qu'il serait sot de nier ont masqué certaines failles qui deviennent béantes quand elles sont découvertes au grand jour lors d'un des événements les plus médiatisés du monde. Quand il met à terre un joueur espagnol lors d'un match avec le Real ou qu'il essuie ses crampons sur un malheureux Saoudien qui a, également, dû avoir le malheur de chatouiller sa susceptibilité, cela fait du bruit. Mais quand il assomme Marco Materazzi, cela devient assourdissant. Surtout pour ceux qui ont la mémoire courte ou une image tronquée de leur vedette. Alain Lepeu, son entraîneur quand il était encore cadet, ne déclarait-il pas avant la rencontre qu'"il était un peu chaud... Mon petit Yazid (NdlR : il préférait se faire appeler par son deuxième prénom), il fallait le calmer, il s'emportait facilement. Mais quand on sait d'où il vient, de la cité de la Castellane, on le comprend, il fallait se faire respecter".

Oui Zidane a du talent mais il peut également se comporter comme un voyou sur un terrain et un professionnel comme lui ne peut exploser une Durit comme il l'a fait.

Car Zidane, en France et un peu partout dans le monde, c'est plus qu'un footballeur. Le roi est mort, vive le roi. Même s'il semble que la République soit devenue le nouveau régime...

Espérons en tout cas que la déchéance de ce symbole de la France black-blanc-beur ne sera pas récupérée par des extrémistes. Même s'il semble soutenu de toutes parts...


14e exclusion de Zizou

Le capitaine de l'équipe de France Zinedine Zidane a écopé, pour le dernier match de sa carrière, du 14e carton rouge depuis ses débuts professionnels, exclu lors de la finale du Mondial 2006 contre l'Italie. Souvent victime de harcèlement ou de provocations qui le poussent à se faire justice lui-même, Zidane a une nouvelle fois craqué. En donnant un coup de tête à la poitrine de l'Italien, Zidane a été logiquement exclu par l'arbitre argentin Horacio Elizondo. Il a ainsi pénalisé son équipe, ensuite battue aux tirs au but. Le n°10 avait auparavant récolté treize cartons rouge au cours de sa carrière : 2 à Cannes, 3 à Bordeaux, 5 avec la Juventus, 2 avec Madrid et 1 avec l'équipe de France (contre l'Arabie saoudite au Mondial 1998). Son exclusion la plus marquante remontait à octobre 2000 en Ligue des Champions avec la Juve contre Hambourg, lorsqu'il avait assené un coup de tête à l'Allemand Kientz, écopant ensuite de 5 matches de suspension.

Basile Vellut

© La Dernière Heure 2006

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Par pitié

Il a fauté, alors oui il faut le condamner ! D'accord. D'accord pour écrire que le geste de Zinedine Zidane est inacceptable quand on sait ce qu'il représente, en matière d'exemple, pour des millions de jeunes répartis sur cette planète qu'il a si souvent fait rêver par ses dons de magicien du ballon rond. Qu'il le veuille ou non, Zidane, aujourd'hui, quand les gens feront allusion à lui, ils se remémoreront, par priorité, ce coup de boule asséné à un adversaire lors de la finale du Mondial.

C'est un fait, c'est une vérité. Mais n'est-ce pas, aussi, une erreur ? Une erreur à lui mais, surtout, une erreur de tous ceux qui, trop réducteurs, résumeront son apport au sport à travers un geste qui, s'il est répréhensible, traduit aussi cette part d'humain qui habite un personnage dont les médias finissaient par faire croire qu'il était inhumain tant il dégoulinait d'un exceptionnel talent. Et bien voilà, non, le dieu du stade a aussi ses humeurs, sa sensibilité, ses limites par rapport à l'insulte et l'agression. Dimanche, en pleine nuit berlinoise, ses limites se sont brisées comme un barrage soumis à une trop forte pression. En une fois, tout l'édifice s'est fissuré et le patrimoine de la France a fait plus que s'écorner.

Mais faut-il, pour autant, hurler avec les loups et prétendre, comme on l'entend, que celui qui a été désigné comme le meilleur joueur de ce Mondial est aussi le pire des hommes ? Nous n'abonderons pas dans ce sens. Sans l'excuser nous lui pardonnerons, un pardon lié à tout ce qu'il a pu nous offrir de tellement beau quand l'insulte ou l'agression ne le touchaient pas. C'est l'image de ce Zidane-là que nous préférons conserver et non pas celle d'un homme abattu, conscient de la gravité de son geste, qui passe à côté de la Coupe du Monde sans lui porter le moindre regard parce qu'il a fauté au pire des moments !

Philippe Lacourt


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