Raikkonen: "Là pour gagner"

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Formule 1

Entretien avec Iceman , l’inimitable ex-champion du monde

BARCELONE envoyé spécial en Espagne Olivier de Wilde

L’énorme casquette Lotus vissée sur la tête, des lunettes solaires branchées cachant ses yeux bleus sensibles à la lumière, les bras quasi aussi tatoués qu’un évadé de Prison Break , Kimi Raikkonen est un sacré personnage. Il le sait et il en joue. Une star difficilement abordable en F1. Et lorsque le dernier champion du monde sur Ferrari vous accorde un petit quart d’heure de son précieux temps, le plus dur est de comprendre ce qu’il marmonne avec son air toujours désinvolte et sa voix de grenouille monocorde endormante. C’est sûr que répondre aux questions des journalistes est quelque chose qui l’ennuie. Alors nous pouvons considérer comme un exploit d’avoir réussi à le faire rire et à obtenir des réponses plus longues que nos interrogations.

Kimi, lorsque vous avez quitté la F1 fin 2009, saviez-vous que vous reviendriez un jour ?

“Non. Je n’avais pas de plan. J’en avais un peu marre de tout ce bazar. Et puis Ferrari m’a un peu forcé la main… J’en ai profité pour m’amuser un peu en rallye, sans songer à l’avenir. Puis c’est en participant à une course de Nascar l’an dernier que j’ai ressenti l’envie de me battre à nouveau contre les autres et non plus seul contre le chrono.”

Imaginiez-vous en signant avec Lotus que la voiture 2012 serait aussi compétitive ?

“Je l’espérais, oui. La Lotus était déjà performante début 2011. C’est une bonne équipe, avec des moyens et une bonne approche. Il y a beaucoup de personnes compétentes ici. L’ambiance est relax. On ressent moins la pression.”

L’appétit vient en mangeant. Du coup, vous paraissiez même un peu déçu en terminant deuxième à Bahreïn, le meilleur résultat du team depuis très longtemps.

“Quand vous êtes pilote, vous êtes là pour gagner. Si j’avais terminé deuxième à vingt secondes, j’aurais pu m’estimer heureux. Mais quand on passe si proche d’une victoire on ne peut pas être totalement satisfait. J’étais déçu, c’est vrai. J’avais l’impression d’avoir manqué une belle opportunité.”

Quel est votre objectif désormais ?

“S’améliorer encore pour gagner des courses. Pourquoi pas dès ce week-end ? On est bien ici. Il faut juste réussir à tout mettre ensemble.”

Et pourquoi pas un 2e titre mondial ?

“Je ne pense pas à cela. J’aborde course par course. Il y a beaucoup de teams et de bons pilotes qui peuvent l’emporter.”

Vous avez récemment déclaré que la F1 n’était pas toute votre vie ? De quoi est-elle faite alors ?

“De plein d’autres choses. Si je suis ici, c’est juste pour la course. Le reste, toute cette m…, fait partie des obligations du métier mais ne m’intéresse pas. Je ne rêve pas de F1. En dehors du paddock, j’ai une vraie vie, moi. J’aime pratiquer d’autres sports comme le motoneige, le badminton, le bateau, m’amuser avec mes amis.”

Parmi lesquels Sebastian Vettel qui semble être un de vos proches. D’où vient cette amitié ?

“Je ne sais pas. Posez-lui la question à lui.”

Il vous a imité en public lors d’une remise de prix hivernale à Londres. Il fait bien le Raikkonen ?

“Je suppose vu que tout le monde a rigolé. Vous savez, je suis comme je suis et je me moque de ce que les gens pensent. Je suis insensible aux critiques.”

Vous êtes un des seuls trentenaires en F1 à ne pas encore avoir d’enfant. Pourquoi ?

(On vous jure qu’il rit). “Je ne connaissais pas cette statistique ! J’aime les enfants c’est sûr. Mon frère en a plusieurs et j’aime jouer avec eux. Le problème est que le moment est mal choisi. Je veux des enfants mais plus tard. Quand j’aurai le temps de m’occuper d’eux et de les voir grandir.”

Quelle valeur accordez-vous à l’argent ?

“Cela facilite la vie. Vous pouvez faire plus de choses que vous souhaitez. Mais cela ne m’a pas changé.”

Où vous voyez-vous dans trois ans ?

“Je ne sais déjà pas où je serai l’année prochaine, alors…”

Mais vous possédez un contrat de deux ans avec Lotus…

“Oui mais on sait tous ce que cela représente en F1...”



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