Formule 1 Le courageux pilote Ferrari sort grandi des flammes

SPIELBERG Douze mois après avoir été conspué ici même par ses propres fans sur la plus haute marche d'un podium aux allures de bûcher, Michael Schumacher a cette fois relevé dignement la tête, l'Allemand se comportant en véritable héros bravant le feu, la pluie et même l'huile lâchée par le moteur de la Renault d'Alonso pour remporter un 67e succès amplement mérité et passer, d'un coup de génie, de l'enfer au paradis. Dès son arrivée à Spielberg, théâtre l'an dernier d'un scandale ayant au moins servi à mettre -officiellement du moins- fin aux consignes de teams, Schumi avait annoncé qu'il était là pour prendre sa revanche, pour se réconcilier avec les fans autrichiens et tourner de la plus belle manière la dernière page d'une histoire autrichienne dans laquelle il ne joua, jusque-là, jamais le plus beau rôle. «Je veux gagner sans l'aide de personne», répéta-t-il durant trois jours avant de tenir sa promesse. Il s'en fallut pourtant de peu pour qu'après la polémique de 2002, ce dernier GP d'Autriche (du moins avec pub tabac) tourne au drame pour l'écurie Ferrari et son quintuple champion du monde. Après s'être craché dans les gants pour arracher, pour seulement 39 millièmes, sa 54e pole, tout semblait pourtant bien parti pour le roi Michael, virant en tête et s'envolant au rythme d'une demi-seconde au tour. La première alerte vint du ciel, une petite averse durant trois tours permettant à Montoya (plus à l'aise en Michelin) de réduire considérablement son retard. Mais après l'eau, ce diable de Schumacher dut affronter le feu, sa Ferrari s'enflammant lors de son premier ravitaillement au 23e tour. «Mes mécaniciens pensaient peut-être que j'avais froid. Ils ont voulu un peu me réchauffer, plaisantait-il après avoir cette fois échappé de justesse au bûcher. Il y a eu un problème avec l'embout du système de remplissage de Rubens deux tours avant. Ils ont dû utiliser mon tuyau et le trop-plein d'essence resté dans l'embout a coulé sur ma carrosserie lors de mon ravitaillement. J'ai vu des flammes mais les gars ont bien réagi et parfaitement maîtrisé le début d'incendie.»

«Je n'ai pas paniqué»

Des images effrayantes. Avec une monoplace remplie d'essence prête à se transformer en brasier, on eut sincèrement peur pour lui. Mais Schumi ne s'inquiéta, lui, que de la dizaine de secondes perdues dans la mésaventure. Et ne fit jamais mine de vouloir s'extraire de son cockpit. «Quand j'étais gamin, j'aimais jouer avec le feu. Et j'ai déjà connu une expérience similaire en F 3. Comme je ne voyais pas de carburant gicler, je n'ai pas paniqué. J'ai gardé mon sang-froid. Ce n'était pas aussi spectaculaire qu'avec Jos (Verstappen) en 1994. De toute manière, je sais que nous sommes équipés de combinaisons ignifugées avec lesquelles nous pouvons survivre quelques secondes dans les flammes.»

Dans sa malchance, Schumi eut de la veine de ne pas griller toutes ses chances de succès. «Pendant quelques tours, je me suis demandé si ma monoplace avait été affectée. Puis je suis repassé à l'attaque. »

Facilitée par le retrait du leader Montoya, sa remontée depuis la 3e place fut encore ponctuée par quelques moments chauds. «J'ai dépassé facilement Raikkonen à l'accélération de l'épingle de Remus. Puis je me suis retrouvé dans un nuage de fumée avec le moteur explosé de Montoya, trop paresseux pour rentrer à pied au stand. Enfin, ce fut encore limite quand j'ai glissé sur l'huile du moteur d'Alonso. Heureusement, le bac à graviers a été remplacé par de l'asphalte et j'ai pu me rattraper en virant large, racontait-il encore après être enfin monté fièrement sur la plus haute marche du podium autrichien. Cette année, je me sens réellement le vainqueur», conclut-il tout feu tout flamme...

© Les Sports 2003