Football Robert Goethals, l'entraîneur-professeur, a mené Beveren en 1/2 finales de la C2

YPRES Sur le dérouleur du prestigieux Camp Nou de Barcelone, le Barça rend hommage aux semi-pros waeslandiens à qui Rexach, sur un coup de réparation à la 66e minute, a infligé le... premier but de leur fantastique campagne, en demi-finale aller de la Coupe des Vainqueurs de Coupes 1978-79.

A quatre-vingt-deux ans, Robert Goethals, entraîneur atypique d'une équipe hors norme, ravive avec une douce délectation la superbe épopée d'une formation inoubliable qui remporta le titre national après avoir évincé l'Inter Milan de la C 2: «Nous nous entraînions en soirée car presque tous les joueurs travaillaient. Seul Erwin Albert, notre buteur allemand, était pro. Il propageait d'ail- leurs une image exemplaire de ce statut. Paul Van Genechten, notre libero, était pompier à Anvers. Il était en service par tranches de 48 heures non- stop. Jean Janssens, notre capitaine, était docker. Il devait se présenter à l'embauche tous les matins à 7 h. Les jours de matches importants, il s'arrangeait pour être exempté. Heinz Schönberger, notre meneur de jeu, travaillait chez Combori, notre sponsor. Nous alignions aussi des intellectuels: Freddy Buyl, notre stoppeur, gérait une société d'informatique. Bob Stevens, l'auteur du but qui, en quart de finale retour, a éliminé l'Inter, était ingénieur commercial. Entre toutes les composantes d'un groupe en apparence disparate, l'osmose était totale. Nous étions des semi-pros, nous nous amusions beaucoup, sans trop de soucis de diététique, mais sur le terrain, notre esprit professionnel n'a jamais été pris en défaut. Je ne me souviens pas d'avoir sanctionné quiconque de la moindre amende pour incartade grave.»

Ce semi-professionnalisme engendrait parfois des situations cocasses: «Je n'ai pas accompagné l'équi- pe à Milan en quart de finale. J'étais prof de foot à Bruges. Le jour du match, j'ai travaillé jusqu'à 13h. Je me suis alors rué dans ma voiture pour rejoindre Zaventem où j'ai retrouvé... Bob Stevens qui avait épuisé tous ses congés. Nous avons rejoint le groupe à l'heure de la collation d'avant-match. Au coup de sifflet final, après un nul blanc, je me suis précipité vers l'aéroport car je donnais cours, le lendemain, à... 8h15.»

Robert Goethals confesse: «Nous n'avions pas de secret sinon que ce Beveren-là illustrait à merveille l'expression courante aujourd'hui de team building. L'équipe était bien balancée: une réelle touche technique dans le chef de Schönberger par exemple, un physique avéré, le tout baignant dans une ambiance exceptionnelle entre les hommes mûrs qu'incarnaient Stevens, Cluytens, Hofkens, Buyl ou Schönberger, et les gamins, beaucoup moins... matures, que campaient notamment nos arrières latéraux Eddy Jaspers et Marc Baecke.»

Robert Goethals s'interrompt pour ménager son effet: «Et puis, dans les buts, nous avions... Jean-Marie! Nous avons remporté le titre national alors qu'Anderlecht était au moins aussi fort qu'aujourd'hui, que le Standard était plus fort et que Bruges... était déjà Bruges.»

En mai, le club du Freethiel a fêté le 25e anniversaire de son premier titre. Tous les lauréats ont répondu présent...

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