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William Carvalho, Gelson Martins, Bruno Fernandes, Rui Patricio: trois jours avant d'entamer leur Mondial-2018 contre l'Espagne, quatre Portugais cherchent un nouvel employeur! Les trois premiers ont annoncé lundi soir la résiliation de leur contrat avec le Sporting Portugal - Patricio avant - nouvel épisode dans la crise que traverse le club.

"Free agent"

Le téléphone de leur agent respectif va sans doute beaucoup chauffer dans les journées à venir. Rompre ainsi un contrat est rarissime dans le football, où les indemnités versées pour racheter les années de contrat sont devenues l'une des principales sources de revenus pour les clubs.

Mais voilà quatre internationaux portugais, dont deux champions d'Europe 2016 - le gardien Rui Patricio et le milieu défensif William Carvalho - qui se retrouvent "free agent", libre de contrat et donc de signer où bon leur semble sans que leur nouveau club n'ait rien à verser.

Pour les joueurs, cela présente un avantage non négligeable: l'argent que leur future destination ne versera pas à leur précédent club pourra être réinjectée dans leur salaire ou dans une lucrative prime à la signature.

Le Sporting en crise

Si la situation ne les préoccupe pas, elle est donc "tout bénéf'" pour ces joueurs de talent, régulièrement annoncés sur les tablettes de grands d'Europe. Patricio et Carvalho ont fait leur preuves et Bruno Fernandes et Gelson Martins, 23 ans chacun, sont des jeunes talentueux.

Le grand perdant de cette situation ubuesque est évidemment leur club formateur, le Sporting Portugal. Le troisième du dernier championnat traverse une crise terrible depuis une violente attaque perpétrée à la mi-mai par un groupe de supporters cagoulés, qui ont envahi le centre d'entraînement du club à Alcochete, dans la banlieue de Lisbonne, pour agresser et menacer les joueurs et leur encadrement.

La crise au sein du club a éclaté au grand jour quand le président Bruno de Carvalho a ouvertement critiqué les cadres du vestiaire, puis menacé de limoger l'entraîneur Jorge Jesus - qui a depuis lui aussi quitté le club - quand celui-ci a pris leur défense.

"Concentrés sur le match"

Plusieurs dirigeants du club ou supporters notables ont appelé à la démission de Carvalho, le jugeant responsable de l'ambiance délétère qui a poussé certains supporters à envahir le centre d'entraînement.

Interrogé mardi sur l'état d'esprit des internationaux qui se retrouvent ainsi sans contrat, Joao Mario, ancien du Sporting aujourd'hui à West Ham (en prêt de l'Inter Milan), a assuré que l'équipe était "concentrée sur le match contre l'Espagne".

"Notre équipe est bien préparée, nous sommes prêts et notre attention est concentrée sur le match", a-t-il assuré, alors qu'il était assailli de questions sur la situation du Sporting.

"Scénario apocalyptique"

"Nous en avons parlé à de multiples reprises, il y a des informations sur le site internet" du Sporting "et tout ce qui ne concerne pas notre équipe nationale ne sera pas discuté parce que nous sommes concentrés sur le match contre l'Espagne" à Sotchi, a-t-il prudemment répondu.

Car le scandale est à la Une de tous les quotidiens sportifs au Portugal. "Le choc", proclame Record, alors que son concurrent A Bola titre: "Il était une fois une équipe" sur fond d'un puzzle qui se défait.

A Bola estime que d'autres départs pourraient suivre dans les prochaines heures. "Un séisme" pour le club d'Alvalade qui nage en plein "scénario apocalyptique" après avoir "connu hier un autre jour bien sombre de son histoire", écrit le journal sportif.

Volte-face?

Le quotidien chiffre à "135 millions d'euros la perte pour le club", une somme obtenue en ajoutant la valeur des six joueurs ayant déjà annoncé leur départ (les quatre Portugais, plus le Néerlandais Bas Dost et un autre portugais, Daniel Podence), selon les estimations du site spécialisé Transfertmarkt.

Les malheurs du Sporting pourraient-ils faire le bonheur du rival Benfica, tenté d'enrôler certains des joueurs libres? Ou faut-il s'attendre à un retournement de situation, les joueurs renonçant alors à partir à condition que le président Bruno de Carvalho prenne la porte, comme il l'a lui-même suggéré en proposant de convoquer des élections si cela pouvait les faire changer d'idée?

Pas vraiment le meilleur des climats en tout cas pour préparer un match capital contre l'Espagne vendredi, alors que le Portugal a hérité d'un groupe difficile dans lequel figurent également le Maroc (20 juin) et l'Iran (25 juin).