Football

Sur le terrain ou en dehors de celui-ci, l’ancien Laziale n’a jamais hésité à faire son cirque

ROME L’histoire de Paolo Di Canio, c’est un peu celle d’un jeune homme destiné à créer les polémiques. Le Romain pur jus reste à jamais marqué par une enfance difficile, lui dont le père galérait pour nourrir la nombreuse fratrie (NdlR : Paolo a trois frères) en travaillant dans le bâtiment. Paolo sèche les cours et se forge, dans la rue, un caractère dont il ne se défera jamais. Un caractère pas possible pour certains, une véritable tête de mule, mais un fighting spirit qui fera de lui l’idole des fans dans les clubs qu’il traversera tout au long de sa carrière.

“L’explication de mon comportement est simple : je viens de la rue, du quartier de Quarticciolo, l’équivalent romain des banlieues, avec la pauvreté, le banditisme et l’immigration. Et à l’inverse de beaucoup de footballeurs qui baissent la tête dès qu’ils entrent dans ce business, je suis resté ce type de la rue...”

Di Canio ne fait rien comme tout le monde. Son quartier, en grande majorité, et ses frères supportent l’AS Rome ? Le petit gars penche en faveur du rival local, la Lazio. Et il s’engage à fond. Déjà. Il est ainsi à la base du kop ultra des Irriducibili . Violence et vols sont au programme. “Je ne regrette pas ce que j’ai pu faire” , raconta, plus tard, Di Canio. “Oui, j’ai tapé un homme, et j’ai continué à lui donner des coups alors qu’il était à terre. Mais ce jour-là, je me suis senti faire partie intégrante d’un groupe.”

Son caractère coûta à Di Canio une carrière certainement plus fructueuse. Ayant suivi l’école des jeunes de son club, la SS Lazio, il parvient en équipe première et se débrouille assez bien pour être repéré par la Juventus. C’est là qu’il croise Giovanni Trapattoni avec qui cela se passe mal, malgré le gain d’une Coupe Uefa. S’il prend la direction de Naples, ce serait d’ailleurs en raison d’une bagarre avec le Trap . Non sans avoir traité Lucianno Moggi de con, l’enjoignant de le placer sur la liste des transferts. Trapattoni garde en tout cas la dent dure. Sélectionneur de l’Italie pour l’Euro 2004, Trapattoni assène ceci : “Di Canio à l’ Euro 2004 ? Seulement s’il y a une épidémie de peste bubonique...”

Et Di Canio de rester bloqué aux catégories de jeunes de la sélection nationale. On se demande pourquoi...

L’attaquant se refait en tout cas une virginité à Naples. Une saison qui lui sert de tremplin avant de partir pour le Milan AC. Et là, rebelote après deux ans. Une bagarre avec Fabio Capello le pousse à l’exil, là où les caractères bien trempés sont accueillis comme des héros. Direction l’Écosse et le Celtic. Une saison pour devenir l’idole des fans malgré un apprentissage difficile de la langue et une popularité, disons en dents de scie, dans le vestiaire. “Ce sont des passes de merde” , osa Di Canio lors d’un entraînement. “Ce n’est que de la merde. Me calmer ? Il n’en est pas question. Je parle ainsi parce que c’est de la merde. Vous êtes de la merde. Nous perdrons toujours face aux Rangers parce que vous êtes de la merde. Vous faites des passes de merde, vous êtes des joueurs de merde. Ce n’est que de la merde...”

Les sirènes de la Premier League l’attirent alors. Direction Sheffield Wednesday où tout se passe bien pendant une saison. La deuxième fut médiatiquement plus prolifique. Le 26 septembre 1998, Sheffield reçoit Arsenal. Jonck et Vieira se cherchent des poux et Di Canio reçoit la rouge . Il ne comprend pas, pousse l’arbitre et écope de 10 matches de suspension et de 15.000 euros d’amende. “C’est un fou” , assurait son manager de l’époque, Ron Atkinson, avec qui il s’est... bagarré. Cela fait longtemps...

On le croit fini pour l’Angleterre, mais non. Di Canio trouve sa seconde maison, West Ham, où il devint une véritable icône. Aucun épisode tristement célèbre. Au contraire. Di Canio reçoit même le prix fair-play de la Fifa après avoir arrêté une action lui permettant de marquer facilement alors que le gardien adverse venait de se blesser.

Relégué en 2003, West Ham libère Di Canio, qui preste une saison sans grand succès à Charlton. Mais le loup romain n’a pas fini de rugir et revient à la Lazio, en sacrifiant une grande partie de son salaire. Il adresse plusieurs fois aux supporters un salut nazi. Ce qui lui vaut l’admiration de certains (Silvio Berlusconi entre autres), l’opprobre de beaucoup d’autres. Finalement, il écopera de plusieurs amendes de 10.000 euros (la Lazio de 8.000 euros), d’un match de suspension, mais il n’hésitera pas à récidiver.

“Si maintenant, nous sommes aux mains de la communauté juive, c’est la fin”, a déclaré Di Canio, alors que la communauté juive s’était légitimement indignée et l’a rencontré afin de lui parler de l’Holocauste. “Si une sanction est prise parce qu’une communauté est mécontente, cela devient dangereux... (...) Je suis fasciste, mais pas raciste. Je fais le salut romain pour saluer mes camarades et ceux qui partagent mes idées. Ce bras tendu n’est pas une incitation à la violence ou à la haine raciale. (...) L e milieu du foot me dégoûte. Tout est fait pour que chacun, dirigeant, joueur ou journaliste, reste bien à sa place et fasse tourner le cirque.”

Politiquement très marqué à droite, Paolo Di Canio, qui s’est fait tatouer DUX (Duce), le surnom de Benito Mussolini, dont il possède douze biographies, ne se cache pas. “Oui, je suis à droite. Précisément, je suis fasciné par Mussolini, comme d’autres peuvent être fascinés par Napoléon ou n’importe quel autre personnage historique. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que Mussolini a fait, mais je me reconnais totalement dans ce qu’il représente, la droite sociale. Je suis persuadé qu’il faut aider les pauvres, donner plus de droits et de moyens aux immigrés plutôt que de les parquer dans des ghettos comme on le fait actuellement. Pas étonnant qu’ils deviennent dealers et que les Italiens prennent peur. En revanche, je suis pour l’ordre et la morale. Il faut faire respecter la loi avec force. Tout cela ne fait pas de moi un nazi ni un raciste. Demandez à tous les joueurs noirs avec qui j’ai joué.”

Gaby Mudingayi fut l’équipier du sulfureux Italien lors de la saison 2005-2006. Étonnamment, il dresse un portrait plutôt flatteur de l’homme en question.

“J’ai de bons rapports avec Di Canio” , assurait, à l’époque, le Diable Rouge. “Il m’a même invité à manger chez lui. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut et de faire ce qu’il a envie. S’il fait cela, c’est qu’il estime que c’est juste pour lui. Tellement de facteurs extérieurs l’influencent peut-être... des événements passés, l’éducation,... Qui suis-je pour le juger ? Je n’ai aucun problème à jouer avec lui; au contraire, c’est un grand joueur.”

Viré de la Lazio par Lotito, Di Canio ne désarme pas et signe dans un obscur club romain. Histoire d’être proche du club de son cœur, au cas où Lotito ferait une bêtise. Di Canio a pris sa retraite sportive en 2008. Il rêve d’embrasser la carrière d’entraîneur. De la Lazio. Son club, ses fans...



Fabrice

Melchior



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