Diables Rouges

Nous avons contacté le chroniqueur et ancien journaliste sportif français suite à ses propos polémiques au sujet de Thierry Henry. Pour lui, le T3 des Diables aurait dû se mettre en retrait sur ce match. Entretien.


Vous maintenez vos propos de ce dimanche, après la polémique qu’ils ont créée ?


Oui. J’entends que les gens peuvent ne pas être d’accord. Et mon opinion n’a rien d’anti-belge ni d’anti-Thierry Henry. J’adore votre équipe et la Belgique en général pour y passer régulièrement. Et je n’ai rien contre Thierry Henry, j’étais d’ailleurs un des premiers à faire des reportages sur lui, en 1998, pour L’Equipe. Sur le plan des règles, il n’y a rien à dire, j’en conviens. Mais on parle de quelqu’un qui a une place à part dans la mythologie footballistique française. Ce serait un comble qu’un de nos champions du monde contribue à nous éliminer vingt ans après notre sacre. C’est cette situation que je juge délirante.

Vous disiez: "Après tout ce que la France lui a apporté", mais justement, depuis la Belgique, on a l’impression que sa relation avec la France s’est nettement détériorée…

Je ne suis pas de ceux qui pensent que Thierry Henry a été rejeté par la France. Il y a un mal-être. Attention, pas un malaise. Il estime qu’il n’a pas été assez défendu après la fameuse main de 2009, qui nous a qualifiés pour le Mondial. Il estime avoir été pris injustement dans la tourmente de Knysna. Ensuite, c’est lui qui s’est éloigné, qui s’est installé à New York. Mais la France ne l’a jamais rejeté. La France a contribué à construire sa légende, notamment par sa formation, etc. Il n’y a pas eu qu'Arsenal dans sa carrière.

Je ne suis pas non plus d’accord quand on dit "La France n’avait qu’à l’intégrer au staff". Pour moi, cette absence d’offre de notre côté n’est pas une raison suffisante pour justifier qu’il puisse contribuer à l’élimination des Bleus. Comment va-t-il se comporter pendant les hymnes et après le match ? Cette situation est ubuesque. Attention, je n’ignore pas la mondialisation du foot mais c’est cette situation particulière qui m’interpelle.

Si Roberto Martinez avait dû éliminer l’Espagne pendant cette Coupe du monde, cela vous aurait moins choqué ? C’est une question de vécu ?

En quelque sorte. Pour moi, il y a une spécificité Thierry Henry. On n’a que 22 champions du monde, vous savez. Donc c’est extravagant que l’un d’eux vienne essayer de nous empêcher de conquérir un deuxième titre. Ce n’est qu’un match de foot, d’accord, mais il est quand même hyper particulier. On ne peut pas le traiter comme les autres matches.

Qu'est-ce qui vous impressionne le plus, dans cette équipe belge ?

On en a connu, des générations dorées sacrifiées. Mais celle-ci a le potentiel et la dynamique folle pour aller au bout. La défense fait moins rêver que l’attaque mais c’est une équipe de rêve, tout de même. Vous savez, je suis né en 1964 et j’ai vu Anderlecht gagner des coupes d’Europe, notamment celle de 1978 au parc des Princes, contre le Rapid Vienne. Ensuite, j’ai suivi à la télé votre Euro 1980 et J’étais au Mondial 1994 pour un certain Belgique - Pays-Bas à Orlando, qui fut un match magnifique. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la Belgique arrive ici par hasard. C’est l’aboutissement de son histoire footballistique, même si vos clubs sont moins bons.

Pour conclure, quel est le favori de ce match, selon vous ?

C’est très équilibré. Je penche quand même pour un petit 51% - 49% en faveur de la France. Les deux aventures sont faites pour aller au bout mais celle des Bleus est plus dans la continuité de la finale de l’Euro.