Diables Rouges Du Petit Château à la tribune VIP du stade Roi Baudouin : le rêve réalisé d’un père et son fils réfugiés palestiniens fans des Diables Rouges.

Mercredi, à 19 h, on est venu demander au Petit Château si le petit Yasser pouvait descendre avec son père. La surprise était totale. Yasser qui a 10 ans adore le foot : on lui offrait d’assister avec son père au match des Diables contre l’Égypte. Grâce à des places dans une tribune VIP offertes par le père de Marouane Fellaini.

Depuis Gaza, le périple de ce couple et de leurs quatre enfants a duré sept ans via les Emirats, l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Maroc, l’Espagne (dont 6 semaines en camp d’internement), la traversée en car de la France et la Belgique enfin, destination rêvée depuis le départ.

En tant que réfugiés, les Al Hamaida ont vécu la peur, la faim. Il neigeait sur Bruxelles, en février, quand ils sont arrivés épuisés au Petit Château. "Nous n’avions jamais vu la neige." Avec pour tout bagage trois valisettes. Trois pauvres valises pour eux six.

Si le père se prénomme Arafat, leur départ de Palestine n’est en rien lié à la politique. Arafat a 48 ans. Il est ingénieur civil.

Le virus des Diables Rouges, c’est à l’école que son fils Yasser l’a attrapé. "C’est actuellement une vraie folie au Petit Château avec tous les enfants qui s’échangent les images des joueurs. Surtout les gratuites, celles de Carrefour."

Il en manque deux à Yasser. Justement ses préférés, Eden Hazard et Fellaini. Eden, le talent pur. Marouane, l’idole absolue des petits réfugiés, la réussite d’un jeune de Bruxelles dont les parents venaient de Tanger.

Les Diables apprendront qu’ils sont devenus une aide précieuse à l’apprentissage du français. L’institutrice n’en revient pas des progrès réalisés en quatre mois. "Mme Julie dit que j’apprends très vite." Et les petits éclatent de rire quand l’un d’eux se trompe et en arabe appelle Kevin De Bruyne : "Assfar" (le blond).

Bref, le périple de la famille est parvenu aux oreilles d’Abdel, le papa de Djennati, la camarade de classe de Yasser. On l’a deviné : c’est le papa et sa fille qui demandaient au Petit Château si Yasser et son père pouvaient descendre "pour une surprise ". "Quand je leur ai annoncé qu’on allait voir le match au Heysel, Yasser a filé dans la chambrée qu’occupe la famille. Il est revenu avec un maillot des Diables. Il ne tenait plus en place. Cet enfant est fou des Diables."

À la station Roi Baudouin, Yasser n’y croyait toujours pas. Il n’a vraiment réalisé que quand Abdelatif Fellaini, croisé par hasard dans la file, a fait ce geste de leur remettre des places VIP. Des places pour la tribune C1E3, celle des parents des joueurs.

Le terrain, l’ambiance, l’entrée des Diables, leur plus beau match, trois goals dont deux inscrits par ses idoles. "Mon fils a vécu le plus beau jour de sa vie", dit Arafat. "La Belgique est devenue son pays au stade Roi Baudouin."

L’enfant a reçu le poster des Diables Rouges 2018. Il l’a punaisé au-dessus de son lit. "M. Fellaini nous a dit : Vous êtes les bienvenus, les amis." Quant au père d’Eden et Thorgan, il a pareillement embrassé Djennati, la petite camarade de classe. "Nos enfants étaient tellement sur un nuage qu’ils sont restés dans la tribune, à la mi-temps, alors qu’on pouvait aller au bar VIP."

Arafat Al Hamaida cherche du travail "pour ne plus dépendre du Petit Château". L’ingénieur civil qui pratique l’arabe et l’anglais apprend maintenant le néerlandais intensif.

Et son fils a déjà à 10 ans sa petite idée pour plus tard. Il plaît à Yasser d’avoir appris que l’armée belge se rendait souvent à l’étranger, pour des missions humanitaires.

gilbert.dupont@dh.be