Diables Rouges

Le New York Times publie l'opinion de David Winner, un journaliste et auteur installé en Angleterre, à propos de nos Diables Rouges et du pays tout entier. Selon lui, nous pourrions vivre une crise existentielle si nous venions à devenir champions du monde.

D'après le chroniqueur, les Belges sont fiers d'être modestes, ouverts, créatifs et pragmatiques. "Nous sommes également doués pour ne pas nous prendre trop au sérieux", selon un discours du roi Albert II en 2010. Cela explique, selon David Winner, comment notre pays regarde son équipe nationale à la Coupe du monde. "Les foules se rassemblent sur les places pour encourager les Red Devils, mais rares sont ceux qui pensent que la Belgique devient également un champion du monde probable", estime-t-il.

"Contre des adversaires plus forts, ils s'attendent à une déception. Mais ça, les Belges sont totalement en mesure d'y faire face parfaitement." Le fait que tout le pays brandisse joyeusement le drapeau tricolore belge et installe des chapeaux des Diables est, selon l'Anglais, largement dû à la campagne de marketing de Jupiler. "Les Belges ont été motivés, au moins en partie, par une vaste campagne de marketing menée par la brasserie Jupiler, qui a temporairement changé le nom de son produit en "Belgium", distribuant des drapeaux et des t-shirts à travers le pays. De telles manifestations de patriotisme sont par ailleurs rares dans un pays où, comme le dit la vieille plaisanterie, l'identité nationale est dépourvue d'identité nationale." Que Yves Leterme ait chanté la Marseillaise il y a 11 ans au lieu de la Brabançonne en serait un exemple frappant.

"La Belgique, ce n'est pas un lieu de fierté patriotique à la poitrine gonflée, mais de pragmatisme ironique et d'autodérision", déclare Emma Beddington, écrivaine anglaise et résidente de longue date à Bruxelles. Ward Daenen, rédacteur du quotidien De Morgen, explique quant à lui qu'avec un rien le Belge est content: "Connaissez-vous l'expression flamande, ' Iemand blij maken met een dode mus?' Cela signifie être heureux avec rien. C'est comme cela que nous sommes en Belgique. Commencerions-nous à vouloir quelque chose de plus qu'un oiseau mort? Si nous pensons que l'équipe va gagner et qu'elle ne gagne pas, nous serons mécontents. Ces gentils gars vont nous apprendre à être malheureux. "

A en croire l'article du New York Times, l'humilité belge est enracinée dans l'histoire et la culture complexes du pays. Notre pays est petit et joue habituellement le rôle de facilitateur. Alors que faire si notre équipe nationale gagne la Coupe du Monde bientôt? "Qui sait, cela pourrait provoquer une crise existentielle. (...) La rivalité entre les deux plus grandes langues nationales est plus intense que jamais. Heureusement, il n'y a aucun problème avec les Red Devils, avec des joueurs d'origine marocaine, malienne, kosovare et espagnole, et un coach qui communique avec ses joueurs en anglais. " Pourtant, selon David Winner, rien ne changera fondamentalement si la Belgique devient championne du monde. "Sûrement que le supporter de la victoire se retrouvera coincé dans les nombreuses routes de Bruxelles et quelqu'un pourrait chanter un mauvais hymne. La Belgique ne pourra pas aider ces personnes car c'est ça la Belgique! C'est tout aussi charmant..."