Wilmots: "Mon successeur ne va pas s'amuser. Mais ça va, je reste"

Benoit Delhauteur Publié le - Mis à jour le

Diables Rouges Marc Wilmots, qui a rejoint Guy Thys au panthéon des grands sélectionneurs, avait une recette pour battre les États-Unis. Il en prépare une autre pour faire chuter les Albiceleste.

Il a vécu sa plus belle soirée en tant que sélectionneur. Marc Wilmots est devenu le deuxième entraîneur de l’histoire du football belge à qualifier les Diables pour un quart de finale de Coupe du Monde.

Mais pas le temps de faire la fête : il y a un nouveau grand rendez-vous à préparer.

Marc Wilmots revient sur la soirée historique de Salvador et préface le quart de finale tant attendu.

Marc Wilmots, lors de ce huitième de finale, vos joueurs ont tous haussé leur niveau de manière assez spectaculaire. Quel discours avez-vous tenu pour arriver à cet effet ?

"J’aime que les mots que j’adresse à mes joueurs restent entre nous, en famille. Et je ne dis pas ça méchamment. Je peux juste vous raconter une chose que j’ai dite avant le match aux joueurs : Il y a deux avions à prendre. Le premier est mercredi : c’est celui qui rentre à Bruxelles. L’autre, c’est celui de jeudi qui va à Brasilia. Vous avez le choix."

Cela a fonctionné : les Diables ont livré leur meilleur match dans ce Mondial.

"On a en effet vu une équipe belge conquérante, combative, qui voulait aller de l’avant et qui jouait au football avec beaucoup de mouvements. Tout le monde s’est plaint qu’on n’avait pas de jeu, maintenant vous en avez vu, du jeu ! Mais n’allez pas crier que c’est beau, que c’est magnifique. On a rempli notre mission avec bravoure. Point."

Après le but américain, votre équipe a beaucoup reculé. Quelle leçon en tirez-vous ?

"Certains garçons étaient fatigués. Dans ces cas-là, tu recules. C’est normal et humain. Je pense surtout qu’à ce moment-là, nos contres auraient pu être mieux exploités. Dans ce domaine-là, nous sommes peut-être encore trop jeunes. Mais on ne peut pas tout avoir tout de suite. Il faut avancer pas à pas."

De quoi avez-vous parlé avec Jürgen Klinsmann lors de votre discussion en pleine rencontre ?

"On a discuté comme deux supporters. Tranquillement. Nous sommes amis, on a des points communs, on essaie de pousser nos joueurs à fond. Je ne me disputerai jamais avec lui à propos de football. Nous nous sommes amusés pendant ce match. Mais je me suis peut-être plus amusé que lui…"

Romelu Lukaku, lui aussi, s’est amusé. Il semble regonflé à bloc pour le reste du tournoi…

"Un attaquant est soit au sommet soit dans le trou. Il n’y a pas de zone entre les deux. Quand tu es dans le creux, tu n’as qu’une chose à faire : continuer à travailler dur à l’entraînement. C’est ce qu’a fait Romelu. Le garçon, vous l’avez tué… enfin, je veux dire, il a été critiqué. À raison. Il avait reçu deux fois sa chance et cela n’avait pas marché. Mais je lui avais dit qu’on aurait besoin de lui dans ce match. Remplacer Origi n’a pas été facile, car il disputait une bonne rencontre. Il a apporté de la vitesse et de la profondeur. Je donne d’ailleurs une très bonne cote à Divock pour ce huitième de finale. Mais ce n’était peut-être juste pas son jour. Mes tripes me disaient qu’il fallait faire monter Romelu. Ce qu’il a fait, c’était beau. On l’aime beaucoup et je suis heureux pour lui. J’ai deux très bons attaquants à ma disposition."

Certains joueurs avaient des crampes, Vertonghen a même dû vomir. Ils sont allés très loin dans leurs réserves. Est-ce inquiétant par rapport à samedi ?

"Je pense que quatre jours suffiront pour récupérer. Vermaelen et Defour reviennent et nous avons encore sur le banc des garçons qui sont fit. Nous sommes allés au-delà de la limite mais quand il s’agira de jouer contre l’Argentine, il n’y aura plus de fatigue ! Croyez-moi : les joueurs seront prêts. Un exemple avec Kompany, qui a dû tout de suite mettre deux poches de glace sur ses adducteurs. Mais il est un capitaine qui veut en être."

Affronter l’Argentine, c’est un superbe défi…

"J’ai vu à la télévision son match contre la Suisse, depuis notre hôtel. Cette équipe joue en 3-5-2. Elle a de très bons joueurs capables de faire la différence comme Di Maria, Higuain ou Messi, mais elle a aussi un manque d’équilibre. On ne sera pas favori, mais au mental et au physique, on peut rivaliser avec les Argentins et passer en demi-finale. L’Argentine est peut-être meilleure sur papier, mais ça ne compte pas dans ce genre de matches."

Ne craignez-vous pas que les Diables regardent jouer Messi comme leurs aînés l’avaient fait avec Maradona en 1986 ?

"Je vous rassure : on ne va pas regarder Messi jouer. On le prendra collectivement. Quand on ferme les espaces, comme la Suisse l’a fait, ça complique la tâche d’un joueur, aussi fort soit-il. Et notre reconversion offensive n’est pas trop mauvaise non plus, je suis curieux de voir comment les Argentins vont répondre à cela ! On va peut-être s’ajuster, mais l’Argentine, aussi, devra s’adapter. J’ai déjà un plan dans ma tête."

Est-ce que les Diables actuels forment la meilleure équipe belge de l’histoire ?

"Cette génération est en tout cas en train d’écrire l’histoire. Je vous rappelle que ce n’est que la deuxième fois que la Belgique passe en quart de finale. J’ai mis la barre très haut. Celui qui va me succéder à mon poste, il ne va pas s’amuser… Mais ça va, je reste !"

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