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Le sort a beau s’acharner, rien n’y fait. Tapant la conversation avec Monsieur et Madame tout le monde au sein du campement de Lieven Maesschalck, Nabil Dirar n’a rien perdu de sa disponibilité et de sa modestie. Même le vent de mer, les yachts monégasques et les lampions des casinos n’auront donc pas réussi à faire vaciller sa personnalité : "Ma femme et ma fille sont avec moi à Monaco mais j’essaie de revenir à Bruxelles pour voir ma maman notamment. Mes racines sont ici. Je terminerai peut-être ma carrière à Diegem. Avec Ariël Jacobs comme entraîneur ? Avec son fils plutôt" (sourire) .

Passant d’un exercice à l’autre aux côtés de son meilleur ami et agent Kardo Ceza (gérant ses intérêts aux côtés de Mogi Bayat), Nabil Dirar se remet lentement de son opération aux ligaments croisés. Histoire de revenir plus fort sur le Rocher.

Nabil, comme voyez-vous l’arrivée massive de ces stars à Monaco ? Comme des concurrents ?  

"Je me dis surtout que ce sera beaucoup plus facile de jouer avec des gens d’un tel niveau. Ils ont déjà tout vu, tout connu. Je sais que je peux apprendre énormément de quelqu’un comme Falcao. C’est une occasion unique de m’améliorer."  

Et puis, c’est sans doute plus facile de donner un assist quand il s’agit de servir Falcao ?  

"C’est vrai. Même si mon centre n’est pas parfaitement calibré, je sais qu’avec lui, le ballon peut terminer au fond. C’est un luxe incroyable. On a le meilleur attaquant du monde ! Je le prends comme une énorme fierté."  

Dieu sait pourtant si vous aviez été critiqué au moment de votre départ à Monaco. D’aucuns vous accusaient d’avoir opté pour l’aspect financier. Tout cela vous a touché ? "

Touché, c’est un grand mot. Mais personne n’aime être jugé de cette façon. D’autant que si mes motivations étaient financières, j’aurais opté pour le Qatar puisque j’avais aussi des propositions de ce côté. Ici, il y avait un projet sportif au moment où j’ai signé. On était au bord de la D3 mais tout le monde voulait écrire une nouvelle page de l’histoire du club. Aujourd’hui, j’ai prouvé que j’avais fait le bon choix."  

Vous étiez arrivé avec l’étiquette du gros transfert à l’époque. Aujourd’hui, tout a changé.

"C’est vrai et d’une certaine façon, je me sens soulagé. J’étais le joueur le mieux payé du club à mon arrivée et je sentais une énorme pression sur mes épaules. D’autres ont repris ce rôle-là et aujourd’hui, on parle de transfert à 40 millions. Je me sens libéré de cette image-là." (sourire)  

En parlant de gros transfert, le nom d’un certain Axel Witsel a notamment circulé sur le Rocher .  

"Vous savez, le président ne nous parle pas de ces choses-là. J’ai vu le match contre la Serbie à la télé et sincèrement, Witsel peut désormais jouer dans n’importe quelle équipe du monde. Et si le président désire réellement un joueur, je vois mal ce qui pourrait lui résister."  

Votre président cultive le mystère. Certains s’en méfient même.  

"C’est quelqu’un d’exceptionnel. Il vient souvent nous voir quand on joue à la maison et il a toujours un mot pour tout le monde. Il est à l’opposé de tous les clichés. Je ne l’ai jamais vu étaler sa richesse : c’est quelqu’un de très simple."  

Mais exigeant, dit-on.

"Il veut qu’on mouille notre maillot. Sa seule exigence, c’est de nous voir tout donner. Il a bâti une équipe pour terminer deuxième ou troisième au cours de la prochaine saison. On connaît notre mission. Falcao mettra peut-être quelques mois à trouver les automatismes nécessaires mais on veut devenir le concurrent numéro 1 du PSG."  

Vous ne vous ennuyez jamais à Monaco ?  

"Non, je me suis habitué à cette forme de tranquillité. Il faut être honnête : il n’y a pas énormément de supporters et la Ligue 2 est loin d’être le championnat le plus suivi au monde. Les gens qui viennent à Monaco sont généralement là pour jouer au tennis ou au golf plutôt que pour voir un match de football. Mais pouvoir aller à la plage avec son enfant sans devoir signer des autographes, c’est aussi un luxe incroyable que je n’avais pas à Bruges."  

La Belgique doit tout de même vous manquer par certains côtés ?  

"Pour l’ambiance des stades, oui. Cela m’a parfois fait une drôle d’impression de jouer dans un véritable temple avec seulement 3.000 spectateurs. Dans ces moments-là, je me suis dit que la Belgique me manquait."  

Et le statut de star que vous aviez à Bruges risque aussi de vous échapper cette saison ?  

"Il y a toujours un jour où l’on perd cette image. Aujourd’hui, cela ne m’intéresse plus d’être la vedette de l’équipe. Dans les moments difficiles, tout le monde vous regarde alors comme le coupable. Je veux jouer et prendre du plaisir."  

On annonce votre ami Carcela à Marseille.  

"C’est vrai ? La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a un an et demi. On partageait la même chambre en équipe nationale. Cela me ferait plaisir de le revoir. On m’a dit qu’il y avait pas mal de sportifs belges à Monaco mais je ne les vois jamais."