Anderlecht

Retraité sur le tard, Tomislav Ivic nous a reçus chez lui à Split

envoyé spécial en Croatie Benoît Delhauteur

SPLIT Il n’a plus la même énergie et la même mobilité, à cause d’une lourde opération du dos subie au printemps.

Mais sa passion pour le football est intacte. À 77 ans, Tomislav Ivic a encore les yeux qui pétillent quand il évoque le ballon rond, autour duquel sa vie a toujours tourné...

Avant le duel entre l’Hajduk et Anderlecht, deux clubs qui l’ont marqué, nous avons eu le privilège de rencontrer Mister Ivic, chez lui, dans un appartement confortable mais guère luxueux sur les hauteurs de Split. Accueillant, le désormais coach à la retraite s’est empressé de prendre les dernières nouvelles du football belge.

“C’est dommage qu’il y ait tant de tensions entre Anderlecht et le Standard” , regrette-t-il.

Très rapidement, le grand tacticien retrouve ses marques dans la langue de Molière et s’exprime, malgré son âge, avec la virulence d’un Méditerranéen. Il se lève, fait des grands gestes et expose ses idées tactiques en déplaçant les tasses de café...

“Je me contente désormais d’assister à un match par semaine. Le NK Split, l’autre club de la ville, vient de remonter en D1. Chaque week-end, je me rends donc au stade pour voir l’une de ces deux équipes que j’ai entraînées et qui restent les clubs de mon cœur. Mais je ne suis plus impliqué directement. Je me suis calmé. Mon dernier poste officiel a été celui de directeur du centre de formation du Standard. Je suis parti car je voulais me reposer et revenir à Split, ma ville natale. Mes deux filles et mes cinq petits-enfants vivent ici.”

Avez-vous des regrets par rapport à votre carrière ?

“Bien sûr, et beaucoup ! Comme d’être viré d’Anderlecht avant une finale de Coupe Uefa ! Quelle m… C’est le métier d’entraîneur. J’ai parfois été très fâché sur le coup, mais je n’ai jamais nourri la moindre rancune envers les dirigeants qui m’ont mis dehors. C’est la vie. J’ai aussi parfois payé le fait d’être un entraîneur étranger.”

De quelle façon ?

“Des clubs comme le Standard, Anderlecht, l’Ajax ou Marseille sont les bijoux d’un pays… Donner ce bijou à un étranger est souvent mal accepté. J’avais par exemple eu les pires difficultés à pouvoir signer au PSG. Guy Roux, le président du syndicat des entraîneurs, s’est opposé à ma venue… Heureusement, la FFF l’a convaincu que j’avais quelque chose à apporter au foot français.”

Quelle a été la meilleure équipe que vous ayez entraînée ?

“C’est difficile de comparer les époques. À Anderlecht, c’était une époque magnifique. J’ai aussi connu beaucoup de satisfaction au PSG. À mon arrivée, nous étions 14es et nous avons terminé seconds. À l’époque, être champion était impossible, parce que... (rires) C’était l’époque où l’OM devait être champion. Par tous les moyens... Mais en fin de compte, le club où j’ai eu le plus de réussite, c’est Porto. J’y ai remporté un titre de champion, la Coupe du Portugal, une Supercoupe d’Europe et la Coupe Intercontinentale. J’ai tout gagné cette saison-là. J’y ai lancé des joueurs comme Vitor Baia, Fernando Couto ou Rui Barros.”

Vous avez lancé ou relancé un fameux paquet de joueurs…

“Et j’en suis très fier. Je considérais certains joueurs comme mes fils. Quand j’ai débarqué à l’Ajax, on m’avait vite parlé d’un joueur très talentueux en Espoirs, mais que beaucoup d’entraîneurs avaient négligé car il était trop petit. Son nom, c’était Simon Tahamata. Vous connaissez la suite... Dans chacun de mes clubs, j’ai apporté des résultats, mais aussi pas mal d’argent, grâce à la revente de joueurs.”

Quel bilan tirez-vous de ces 43 années passées sur le petit banc ?

“Je suis content de ce que j’ai fait, mais je sais qu’il y a des entraîneurs bien meilleurs que moi. Je n’ai jamais prétendu que j’étais plus malin que les autres : deux cerveaux valent toujours mieux qu’un. D’ailleurs, j’apprends encore tous les jours. Voilà pourquoi j’aime encore aller voir des petites rencontres. Un seul joli geste en 90 minutes suffit à mon bonheur. Samedi, lors du mauvais match de l’Hajduk Split, j’étais content de voir... comment il ne faut surtout pas jouer ! Finalement, je suis comme des milliers d’autres entraîneurs : je pense tout le temps au football. Le reste, ça ne m’intéresse pas.”



© La Dernière Heure 2010