Anderlecht

En visite dans la famille Boussoufa, à Amsterdam-Est, là où tout a commencé…

envoyé spécial aux Pays-Bas Benoît Delhauteur

AMSTERDAM C’est le cimetière des illusions européennes d’Anderlecht. Mais pas seulement. Amsterdam, c’est aussi la ville natale de Mbark Boussoufa. Là où son histoire d’amour avec le ballon rond a commencé.

Nous sommes allés rendre visite à sa famille à Amsterdam-Est, où le petit Marocain a passé son enfance. À première vue, le quartier ne justifie pas la mauvaise réputation qu’il a longtemps traînée. Il y fait propre et paisible. Les habitations sont plus que décentes. Il n’y a ni grands immeubles impersonnels, ni voyous qui traînent dans la rue.

Moustafa, le jeune frère de Mbark, raconte : “Avant, c’était un vrai quartier à problèmes. Deux rues plus loin, il y avait plusieurs coffee-shops et cela attirait des mauvaises personnes. Un jour, Mbark et moi, on était dehors quand on a entendu des coups de feu. On s’était encouru le plus vite possible, dans la panique générale. Il y a quelques années, un ancien camarade de classe de Mbark s’est fait assassiner. Heureusement, le quartier ne connaît plus tous ces soucis. Les autorités ont bien fait leur travail.”

“Et ça fait un bout de temps déjà. Moi, les fusillades et les agressions, je ne les ai jamais connues” , raconte Hanan, la cadette de la famille.

L’appartement des Boussoufa n’est ni grand ni petit. C’est dans le salon, au décor marocain traditionnel que nous sommes (bien) reçus. Thé, café, biscuits et pâtisseries. Le frère et la sœur de Mbark font honneur à leur origine et se montrent d’une grande hospitalité.

Dans le coin du salon trône fièrement le premier Soulier d’Or de Bouss . “C’était naturel, pour lui, de l’offrir à nos parents” , lâche, fier, Moustafa.

Mbark voulait leur faire un autre cadeau : une nouvelle maison à Amsterdam. “Mais ma mère n’a pas voulu. Elle se sent bien ici. Tout est à proximité. Il y a même une épicerie juste en-dessous de nos pieds. Mes parents ne voulaient pas s’isoler dans un autre quartier…”

La famille Boussoufa vit là depuis l’arrivée du papa Slima, dans les années 60. Il avait débarqué seul en Europe pour trouver du travail.

“Pour le même prix, nous aurions pu naître en Espagne ou en France, où il a bossé. Le hasard l’a amené ici. Il a longtemps été cuisinier. Il n’a pas transmis ses talents à ses fils ! Nous sommes plus forts pour manger que pour faire la cuisine ! Mbark essaye, mais ça en reste au stade de l’essai !”

Slima ne lui a pas non plus transmis le gène du football : il n’y jouait pas bien. “Dans la famille, il n’y a que Mbark qui s’intéressait vraiment au foot” , explique Moustafa. “Pour moi, c’était une occupation comme une autre. Mais pour lui, il n’y avait que ça qui comptait. Il était fan de Maradona, d’où son premier surnom : Baradona. Il adorait aussi Bergkamp et Arsenal. Le samedi après-midi, on se dépêchait après le mini-foot pour pour regarder le foot anglais à la télévision…”

Quand les deux filles aînées, Labiba et Lahtifa, voulaient regarder autre chose, cela ne se passait pas forcément bien… “On avait envie de regarder le foot, elles un film. Et quand Mbark veut quelque chose, il le veut vraiment ! Fâché, il a giflé Labiba… puis il est allé se cacher dans les toilettes, par peur de sa réaction. Il y est resté pendant une heure, jusqu’à ce que nos parents reviennent…”

Ces petits conflits se réglaient d’eux-mêmes : les frères et sœurs de Mbark ont vite compris qu’il ferait tout pour vivre son rêve.

Comme partir à Chelsea à seulement 16 ans. “D’un côté, nous étions heureux pour lui. Chelsea était un grand club et Mbark a notamment joué avec John Terry, qui n’était pas encore une valeur sûre en équipe première. Il s’est aussi entraîné avec Frank Lampard et Hernan Crespo… Mais bon, ça a été très dur de le voir partir si loin. Surtout pour moi : on partageait tout. On dormait dans la même chambre et on parlait tout le temps. Il nous appelait tous les jours. Sa première note de téléphone a dépassé les 2000 livres !”

Croire que le ballon rond est la seule passion de Mbark Boussoufa, c’est se tromper. Il porte bien plus d’amour à sa famille.

“Quand notre père a eu des problèmes cardiaques, on a été très inquiets, Mbark le premier” , souffle Moustafa.

Aujourd’hui, Slima va mieux. Il a retrouvé de l’énergie et peut à nouveau voir son fiston jouer au football. Comme il y a vingt ans.



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