Anderlecht

Moka sur son transfert de Sclessin vers Anderlecht : “J’étais vexé d’avoir été versé dans le noyau C”

SPLIT “Je suis content de ma carrière. J’aurais pu faire mieux... comme j’aurais pu faire pire. J’ai tout de même joué dans des clubs de renommée : Francfort, Portsmouth, Séville et, bien sûr, Standard et Anderlecht. J’ai aussi disputé l’Euro 2004... et raté l’Euro 96 à cause d’une dispute avec le coach.”

Trois clubs ont marqué, plus que les autres, Ivica Mornar. À commencer par son club formateur, l’Hajduk. “Ici, j’ai tout gagné. J’avais joué en 1995 contre Anderlecht en Ligue des Champions. J’ai alors affronté Doll et Crasson, que j’ai retrouvés plus tard... Nous avions ensuite atteint les quarts de finale.”

Le deuxième épisode marquant de la carrière de Moka , c’était au Standard.

“Luciano (D’Onofrio) était mon manager quand j’étais à l’Hajduk. On s’est séparé sur un malentendu. C’était une belle occasion de retravailler avec lui, qui était l’un des meilleurs agents de joueur de la planète. Mon ami Tonci Martic, qui a joué à Mouscron, ne m’a dit que du bien de la Belgique. Je suis allé au restaurant avec Ivic, qui venait d’arriver au Standard et il a gribouillé sur la table pour m’expliquer comment il m’utiliserait dans son système... Il m’a enflammé. J’ai passé des années merveilleuses à Sclessin.”

L’histoire d’amour entre l’attaquant croate et le club liégeois se termina par un divorce douloureux... “En 2001, j’avais une offre du Sporting Portugal. J’étais en vacances à Split, Luciano m’a appelé, mais je voulais encore négocier et attendre. À mon retour en Belgique, Bölöni avait signé à Lisbonne et il ne voulait pas de moi. Avec le recul, j’ai compris que j’avais fait une erreur. Je me suis alors retrouvé dans le noyau C et cela m’a beaucoup vexé. Il me restait un an de contrat et Luciano m’a dit : prolonge pour un an, et je te vendrai en janvier. Je n’ai pas voulu, par frustration d’avoir été exclu du groupe. Si cela m’a blessé à ce point, c’est parce que j’aimais vraiment le Standard.”

C’est à nouveau Mister Ivic qui relança Mornar. Direction Anderlecht ! “Il m’a appelé pour me dire que le Sporting cherchait un attaquant. Luciano m’a donné sa parole de me laisser partir. Et il l’a tenue, de façon très correcte.”

Très populaire à Sclessin, Mornar n’a pas tardé à se faire aimer du public bruxellois, malgré son passé rouche . “J’ai joué mon premier match contre le Sheriff Tiraspol, en tour préliminaire de C1. J’étais un peu nerveux : quand Aimé Anthuenis – un coach extraordinaire – m’a fait monter, je ne savais pas comment le public du Parc Astrid allait m’accueillir. Sur ma première action, j’ai dribblé deux joueurs et les supporters ont chanté : Mornar is a Sportingboy. J’étais soulagé. La glace était brisée. J’ai bien fait de rejoindre Anderlecht. C’est là que j’ai disputé les matches du plus haut niveau, contre Lyon, le Real Madrid, le Celtic...”

Mais passer d’un club rival à l’autre ne lui a pas valu que des amis. Lors de son retour à Sclessin, des supporters rouches lui ont adressé le message suivant, sur une banderole : “Ivica, nous jugeons les traîtres comme dans ton pays.”

“Cela m’a fait mal, car ce même public m’adorait. Le Standard m’avait même envoyé une lettre d’excuse par la suite...”

Comme Mémé Tchite aujourd’hui, Ivica Mornar a connu les deux clubs et il est en mesure de les comparer. “La seule différence entre Anderlecht et le Standard est psychologique : au Sporting, quand on fait un match nul, personne n’est content. Il faut toujours gagner. C’était plus de pression, mais cela n’a jamais été un problème pour moi.”

En apprenant que c’était cette semaine le grand choc entre Anderlecht et le Standard, Mornar n’a pas hésité un instant. “Dimanche, je vais tout faire pour venir à Sclessin. Et saluer mes amis mauves et rouches...”

Avec le temps, le public liégeois lui aura-t-il pardonné ?



© La Dernière Heure 2010