Anderlecht

Rencontre exclusive avec Boussoufa et Dirar, les internationaux marocains du Sporting et du Club

MOLENBEEK Ils n'ont pas hésité longtemps avant d'accepter l'invitation. Nabil Dirar et Mbark Boussoufa sont amis. Les deux internationaux marocains ont accepté de se livrer sans détour dans un entretien amical et sincère, dans un café marocain de Molenbeek, siège du club de foot en salle du Savio. Pendant plus de deux heures, ils se sont expliqués sur le choc de dimanche mais aussi sur leur style qui leur joue parfois des tours, leurs racines marocaines et leur avenir. En plus d'être talentueux, Mbark et Nabil ont quelque chose dans la tête et font déjà preuve, à 24 et 22 ans, d'une vraie maturité. Ce n'est pas donné à tout le monde...

Dimanche, Nabil aurait aussi pu se retrouver dans l'autre camp. Était-ce le bon choix d'aller à Bruges ?

Dirar : "Moi, je voulais bien aller à Anderlecht. C'était une vraie possibilité. Mais j'ai réfléchi et j'ai préféré le Club. Car au Sporting, il y a trois ou quatre joueurs de qualité sur chaque aile; et moi, je voulais jouer."

Boussoufa : "J'aurais bien voulu qu'il vienne chez nous, mais Nabil a eu raison. À son âge, il faut avant tout du temps de jeu. Or, à Anderlecht, qu'on s'appelle Hassan, Boussoufa ou Frutos, personne n'est sûr de sa place. À Bruges, Nabil a été acheté pour être le numéro un à son poste."

Mbark, comment jugez-vous les premiers mois de Nabil à Bruges ?

Boussoufa : "Je suis bien placé pour savoir qu'arriver dans un grand club, c'est très difficile ! Les attentes sont énormes, parfois même exagérées. Dans ce contexte, je trouve que Nabil se débrouille très bien."

Dirar : "Je ne peux pas non plus faire directement ce que Bouss arrive à faire à Anderlecht. En une action, il est capable de faire basculer un match."

Vous espérez donc suivre le même parcours ?

Dirar : "Tout à fait. J'ai toujours trouvé que Mbark était le meilleur joueur de Division 1. Quand il était à Gand, il était déjà mon idole ! Il a été le premier Marocain à réussir de telles choses ici. J'aime son style de jeu et ses feintes."

Mbark, avez-vous quelque chose à envier à Nabil ?

Dirar : "Peut-être le physique !"

Boussoufa : "Effectivement. Nabil a une carrure qui l'aide dans ses dribbles et dans sa protection de balle."

Qui est le plus artiste de vous deux ?

Boussoufa : "C'est Nabil ! On dit que je dribble souvent mais en fait, je joue beaucoup pour l'équipe. Je vais rarement faire un geste superflu, sauf quand on gagne avec trois ou quatre buts, pour le public. Nabil, lui, essaie très souvent des actions individuelles. Quand il se met à dribbler, il est très difficile à arrêter."

Dirar : "En fait, je ne calcule pas le nombre d'adversaires qui viendront après mon dribble. Boussoufa, lui, calcule mieux cela et j'ai des progrès à faire dans ce domaine. S'il est face à deux joueurs, Mbark va faire un une - deux pour effacer le premier puis dribbler le second. Moi, je vais plutôt essayer de passer les deux."

Vos entraîneurs vous demandent-ils souvent de simplifier votre jeu ?

Dirar : "Oui. Parfois, Mathijssen me demande de centrer plus vite mais quand je vois que Joseph Akpala est pris par trois défenseurs, je préfère attendre encore un peu..."

Boussoufa : "Il y a beaucoup d'entraîneurs de jeunes qui disent : pas d'action du tout. Je n'aime pas ce genre de coaches ! C'est vrai, quand tu es seul face à trois hommes, c'est difficile de passer, à moins de s'appeler Messi. Mais il faut aussi laisser la place à la créativité."

Dirar : "En fait, ce sont les joueurs qui tentent des choses qui sont dans la m... Car ceux qui prennent les risques, c'est nous. Et sans prise de risque, il n'y a jamais de but !"



© La Dernière Heure 2008