Mouscron

On l'avait quitté un soir de décembre 2009 au terme d'une saga interminable et dont les derniers épisodes étaient devenus indigestes pour tout le monde. Criblé de dettes, l'Excelsior Mouscron disait adieu à la division 1 après 13 ans au sein de l'élite.

Ce jeudi, quatre ans et demi après les larmes, la Cité des Hurlus a retrouvé le sourire et la Pro League. Retour sur l'ascension fulgurante d'un projet inédit.

La genèse selon Saint-Jean

Début 2010, l'Excelsior n'est plus. Mais il reste un stade vide de 10.000 places et un centre de formation dépouillé de ses meilleurs éléments. L'Excel a offert à Mouscron une vitrine exceptionnelle pendant des années et la ville ne peut vivre sans foot.

Un nouveau projet voit donc le jour sur les cendres de l'Excelsior. Adieu le matricule 224 et ses nombreuses casseroles. Bonjour le 216. En division 3, le Racing Péruwelz et son président Claude Vermeersch sont à l'étroit dans les installations préhistoriques de la Verte Chasse. Le foot hurlu a besoin d'un matricule pour ne pas recommencer en P4. Chacun s'y retrouve et le président péruwelzien accepte, en échange de quelques dizaines de milliers d'euros pour régler la "petite" ardoise du Racing, la proposition mouscronnoise. Le Royal Mouscron Péruwelz est né.

Mais cette naissance ne se fait pas sans douleur. Péruwelz est rétrogradé par l'Union belge pour une erreur d'affiliation. L'aventure ne débute donc pas en D3 mais bel et bien en Promotion. A la tête du club, on retrouve des anciens Péruwelziens mais aussi des Mouscronnois comme l'ancien président et avocat de l'Excel Edward Van Daele et un certain Philippe Saint-Jean.

Actif au sein du centre de formation du Futurosport, le druide brabançon doit reconstruire une équipe avec les joueurs de Péruwelz (Montuelle, Fiston, Martin-Loritte,...) et les jeunes qui n'ont pas quitté le navire mouscronnois après la liquidation.

Les premiers pas sont hésitants mais la sauce prend assez rapidement. Mouscron Péruwelz prend les commandes du championnat et file vers le titre. Seule une formation parvient à suivre le rythme: Ath. Et le voisin aurait pu tuer le projet mouscronnois dans l’œuf. Devant 7.000 personnes, le RMP n'a besoin que d'un point pour décrocher les lauriers à deux journées de la fin. Mais la pression est trop forte et la jeune équipe mouscronnoise passe à côté de son rendez-vous. Un ancien de la maison hurlue, Yakassongo, inscrit l'unique but de la rencontre pour les Athois.

Les Géants terminent le travail une semaine plus tard et envoient les Mouscronnois au tour final. La survie du RMP se joue à chaque montée sur le terrain. Les Hurlus se font peur mais passent les tours pour finalement célébrer l'accession en D3 à l'issue d'une victoire contre Petegem. Le Canonnier revit et le public a trouvé son prophète : Philippe Saint-Jean.

Une seconde montée consécutive...

Aidé financièrement par le club français de Lille, le club se donne les moyens de ses ambitions en se renforçant pour tenir la route en D3. Même si le RMP ne veut pas avouer ses ambitions, le club vise une seconde montée en autant de saisons. L'équipe poursuit sur sa lancée de la saison précédente et le titre se résume rapidement à un mano à mano avec un autre club hennuyer : La Louvière Centre.

Les Loups ont plus de qualités individuelles mais ce sont les Mouscronnois qui gèrent mieux le sprint final. Pas de stress cette fois, le RMP célèbre son accession en division 2 sur le terrain de Virton avant la fin du championnat.

A l'époque, Philippe Saint-Jean, une nouvelle fois porté en triomphe, se voit bien emmener ses protégés jusqu'en D1.

Le LOSC prend les commandes

La montée dans l'anti-chambre de l'élite du foot belge est synonyme de professionnalisation pour le RMP. Le LOSC, qui agissait dans l'ombre depuis le début, prend les commandes du club avec 51% de l'actionnariat.

La collaboration avec Lille, qui jusque-là se déroulait parfaitement, va connaître un premier couac. Alors que Philippe Saint-Jean construit le noyau pour la nouvelle saison, il est débarqué. Le LOSC, nouveau patron, veut imposer ses hommes dans le staff mouscronnois mais Saint-Jean ne veut pas évincer ceux qui étaient présents au moment où personne, ou presque, ne croyait au projet.

La rupture est consommée et Saint-Jean quitte également le centre de formation pour un autre projet du côté de Tubize. Ce départ est assez mal perçu par le public hurlu qui voyait en le Brabançon le dernier rempart contre une « francisation » totale de l'équipe au détriment des joueurs mouscronnois.

Et les craintes des supporters sont fondées dans un premier temps. Même si Edward Van Daele, un Mouscronnois, devient président du club, ce sont bel et bien les Lillois qui tirent les ficelles. Arnaud Dos Santos est nommé à la tête de l'équipe. Arrivent avec lui plusieurs joueurs de la CFA du LOSC. La physionomie du groupe est bouleversée et on parle déjà de « LOSC B ».

Le début de la première campagne en D2 est poussif. Les Mouscronnois sont dans le ventre mou et des voix dissidentes se font entendre dans les travées du stade. Même si la venue du Standard en Coupe de Belgique permet de remplir le Canonnier, la ferveur des deux saisons précédentes n'y est plus. Les joueurs s'entraînent à Luchin et un fossé se creuse avec une partie du public.

Malgré l’hostilité ambiante, le RMP, emmené par un John Ruiz virevoltant, livre une excellente deuxième partie de saison et décroche son billet pour le tour final. Mais les espoirs mouscronnois s'envolent dès le premier match et une défaite 0-3 contre le Cercle de Bruges. La formation de D1 est un ton au-dessus et conserve logiquement sa place au sein de l'élite. Mouscron se console avec une deuxième place honorifique.

Chronique d'une montée non annoncée

Le nouvel exercice en D2 débute par un nettoyage en profondeur du vestiaire mouscronnois. Le noyau très large des saisons précédentes est fortement réduit. Trop réduit. Le RMP commence en boulet de canon en enchaînant un nul et huit victoires. Le gain de la première tranche est à portée de crampons mais Eupen vient bouleverser les plans mouscronnois en venant s'imposer au Canonnier. Ce premier revers va mettre en exergue les faiblesses de l'équipe qui montre déjà ses limites. La concurrence est moins présente et les organismes manquent de jus.

Mouscron lâche du lest et le spectacle est rarement au rendez-vous. La direction décide de serrer la vis en mettant fin à la mission d'Arnaud Dos Santos et en intronisant Rachid Chihab, entraîneur de la CFA du LOSC connu pour sa main de fer.

Avec lui, trois joueurs de l'équipe B lilloise passent la frontière : Perez, Pennacchio et Peyre. Ils sont directement titularisés par Chihab. Mais le RMP joue aussi la carte locale en rapatriant d'Ostende, Yohan Brouckaert, un Mouscronnois de souche. Mouscron est en embuscade dans la course au titre mais Westerlo a les reins plus solides au moment de conclure. Pour la seconde années consécutive, le RMP doit jouer à la loterie du tour final.

Pas qu'une histoire de penalties...

Contrairement à la saison précédente, peu de personnes parient sur les Mouscronnois avant le début du tour final. L'équipe a opté pour un jeu plus direct et basé essentiellement sur la contre-attaque. Ce changement de philosophie est poussif mais le RMP parvient à accrocher un bon partage 0-0 à Louvain lors de la première journée. OHL avait pourtant toutes les cartes en mains mais Ibou a manqué la cible après avoir hérité d'un penalty dans les arrêts de jeu.

Mouscron semble avoir retenu la leçon de la saison précédente et confirme en s'imposant à domicile contre St-Trond (2-1). Menés 0-1, les Mouscronnois parviennent à inverser la tendance grâce à doublé de Perez.

Mais l'élan hurlu est cassé par Eupen. Les Germanophones viennent s'imposer 0-1 en terre hennuyère et prennent les commandes du tour final.

Quatre jours plus tard, les Pandas mènent 2-0 et sont prêts à condamner les Hurlus à une nouvelle saison en D2. Mais le RMP trouve les ressources nécessaires pour revenir à 2-2. Ce match est certainement le tournant de ce tour final. Le doute s'installe chez les Eupenois. Les Mouscronnois, eux, reviennent de loin et prennent conscience qu'ils ne doivent plus calculer.

La confirmation vient au Canonnier face à Louvain avec une nouvelle histoire de penalty manqué. A 0-0, OHL hérite d'un penalty et, comme au match aller, Ibou prend ses responsabilité. Cette fois, l'attaquant louvaniste cadre mais Oukidja est à la parade. Dans la foulée, Mouscron inscrit le seul but de la rencontre et reste en course puisque St-Trond a réussi à accrocher Eupen 2-2 alors que les Pandas menaient une nouvelle fois 2-0.

Trois équipes peuvent encore monter à l'issue de la dernière journée : Eupen, Mouscron et St-Trond. Eupen a son sort entre les mains sur le terrain de OHL, déjà condamné à la D2. Les Pandas ouvrent le score mais les Louvanistes s'offrent un dernier baroud d'honneur en l'emportant 2-1.

Du côté de St-Trond-Mouscron, le suspens est à son comble. Les Canaris abordent la 2ème mi-temps en position de force en menant 1-0. Mais les Mouscronnois ont prouvé dans ce tour final qu'ils étaient les plus forts... dès qu'ils courraient après le score. Perez égalise 5 minutes après la pause avant que Vandendriessche vienne mettre les Hurlus aux commandes d'une frappe parfaite. Badri enfonce le clou avant qu'une nouvelle histoire de penalties viennent donner au score son allure définitive (2-4). Dans la peau de l'outsider, le RMP a réussi son pari en décrochant son billet pour la D1. Avec trois montées en quatre saisons, il s'agit d'une ascension fulgurante pour le club né sur les cendres de l'Excelsior.

Et maintenant? La balle est dans le camp des futurs dirigeants lillois

Ce dernier match aurait pu être perturbé par les rumeurs qui ont circulé ces derniers jours dans les coulisses du Canonnier. Le LOSC serait prêt à quitter la partie après avoir injecté plusieurs millions d'euros. Le club de la métropole est à vendre et les nouvelles têtes pensantes pourraient bien ne pas poursuivre le partenariat entrepris il y a 4 ans par les dirigeants actuels.

Coup de bluff pour mettre les joueurs devant leur responsabilités ou réel danger pour l'avenir du club ? Une chose est certaine, la montée en division 1 est un atout non négligeable dans le jeu mouscronnois. L'objectif de base, fixé par les investisseurs français, est pleinement atteint: accéder à la D1 belge pour mettre en vitrine des joueurs trop forts pour évoluer en CFA mais trop courts pour la Ligue 1.

Après la montée ce jeudi, la direction lilloise, via son manager sportif François Vitali, a fait savoir qu'elle poursuivrait la collaboration avec le RMP avec la volonté de le professionnaliser encore plus.

Le visage de l'équipe dépendra essentiellement du budget mis en place la saison prochaine. Plusieurs joueurs cadres comme Vandendriessche, Delacourt, Pennacchio ou Michel semblent taillés pour la division 1 mais l'équipe aura besoin de renforts pour tenir la route au sein de l'élite.

Après la montée en 1996, l'Excel avait réussi à se stabiliser au plus haut niveau du football belge pendant plus d'une décennie avant de quitter la scène pour avoir vécu au dessus de ses moyens. 

Le RMP arrive aujourd'hui en D1 avec une ardoise vierge et des placards vides. Les dirigeants lillois ont en main le stylo pour écrire les nouvelles lignes de cette jeune et belle histoire. Mais personne ne sait, à l'heure actuelle, de quoi l'avenir du Canonnier sera fait.