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Si Zidane est devenu l’entraîneur qu’il est, il le doit en partie à Ancelotti. Mais la réciproque vaut aussi pour l’Italien. Récit avant leurs retrouvailles à Madrid.

Le cliché a valeur de marqueur. De la fin d’une époque et du début d’une autre. Il fallait être à Lisbonne ce samedi de mai 2014 pour mieux saisir la dimension brûlante de cette finale fratricide entre le Real Madrid et l’Atletico. Il fallait voir ce soir-là Zinédine Zidane éructer sur le banc de touche sous les yeux d’un Carlo Ancelotti médusé pour mieux appréhender le symbole émanant de cet instant où, d’une certaine manière, le Français s’est affranchi de l’Italien pour s’imposer au premier plan.

"J’étais presque mort", a raconté par la suite Ancelotti. "Je regarde Zidane parce que c’était inhabituel à cette époque qu’il fasse cela. Mais dans ce match, il était très impliqué."

La conquête de la fameuse decima restera aussi comme le dernier acte de la collaboration des deux hommes. Après une saison passée en tant qu’adjoint du Mister, Zizou aspire à voler de ses propres ailes et manifeste le désir de prendre en main la Castilla malgré les réticences de son mentor qui lance à son élève : "Il est trop tôt, tu as encore des choses à apprendre et la D3, avec de si jeunes joueurs, est très casse-gueule. Reste avec moi et tu prendras ensuite ma succession."

Ce que Zidane a finalement fait après l’intermède Rafael Benitez en s’inscrivant dans la lignée de l’Italien avec qui les points communs ne manquent pas dans leur manière de faire teintée de pragmatisme.

Si Ancelotti apparaît comme un maître en la matière, capable de s’adapter aux ressources dont il dispose plutôt que l’inverse, il le doit avant tout à un homme : Zinédine Zidane.

Quand, en 1999, Carletto débarque à la Juventus, Zizou sort d’une saison compliquée. Et les interrogations affluent sur l’utilisation du Français par un technicien formaté à l’école Ariggo Sacchi. À ses yeux, le 4-4-2 est un dogme dont il est impossible de déroger. Deux des plus grands talents italiens de leur époque en ont fait les frais quand Ancelotti était à Parme où il a indiqué la porte de sortie à Gianfranco Zola puis refusé la venue de Roberto Baggio pour rester fidèle à ses convictions de l’époque.

"Mais rencontrer Zidane quand il était joueur a changé ma vision du jeu : j’ai compris que les joueurs étaient plus importants que le système", a reconnu celui qui depuis, partout où il est passé, s’est singularisé par une flexibilité tactique rare à ce niveau. Preuve que la relation entre les deux hommes est faite d’échanges mutuels.

Quand Ancelotti débarque au Real à l’été 2013, là où beaucoup auraient refusé de se voir imposer un adjoint aussi prestigieux que Zidane, lui accepte. Comme il l’avait fait durant son époque parisienne avec Claude Makélélé, il s’appuie sur son ancien joueur, le plaçant sur la même ligne que son fidèle adjoint Paul Clément.

À l’Anglais la mise en place des séances et le contenu tactique, au Français le relationnel. Si, de prime abord, le rôle de Zidane apparaît secondaire, il ne l’est pas aux yeux d’Ancelotti pour qui la gestion humaine est capitale dans sa vision du management.

"Et quand Zizou parle, les joueurs l’écoutent", avait expliqué l’actuel entraîneur du Bayern dans L’Équipe qui sait par exemple toute l’importance qu’a eu le Ballon d’Or 1998 dans la gestion de Karim Benzema. "Il a un charisme et les joueurs le respectent vraiment. Je pense que lors de la saison que nous avons passée ensemble au Real, tout a été positif, nous avons gagné et dans sa fonction d’adjoint, il m’a été très utile."

La réciproque vaut aussi pour le Français qui avait rappelé avant le match aller "beaucoup apprécié Ancelotti". "Mais, sans vouloir lui manquer de respect, on fait désormais le même métier", avait-il précisé.

Un métier où il ne pourra en rester qu’un.