Champions League Le Diable traverse un printemps faste et s’annonce comme l’une des clefs face à Liverpool.

Faut-il y voir la manifestation d’une superstition ou la volonté de provoquer un nouvel alignement des planètes ?

Comme à la veille de la désormais fameuse Romatada, Radja Nainggolan s’est présenté en conférence de presse ce mardi. Toute une ville espère voir le scénario se répéter et le Ninja sera une fois encore en première ligne.

À l’aller, le milieu avait ranimé un fol espoir, avec une passe décisive vers Edin Dzeko avant que sa frappe ne soit détournée de la main par James Milner pour aboutir à un penalty. Il avait surtout diffusé durant toute la rencontre le sentiment d’être le seul à être en mesure de garder la tête froide pendant qu’Anfield prenait feu.

"Je ne peux pas dire ce que les autres pensaient mais je pense que nous avons tous conscience des erreurs que nous avons commises", a répondu le milieu à cette question, éludant volontairement le sujet pour se projeter vers cette mission dantesque. Où il tiendra à nouveau un rôle central.

Que le printemps romain coïncide avec sa belle période actuelle relève de tout sauf du bruit du hasard. "Contre le Barça, il a été l’une des clefs, si ce n’est la clef", avance Xavier Chen présent ce soir-là dans les travées de l’Olimpico pour Proximus. "Défensivement, il a très souvent enclenché le pressing et à bon escient. Le pressing est une question de timing : il faut savoir quand le déclencher et lui sait le faire vu son expérience défensive."

"Il est naturellement fait pour cela", complète Alex Teklak. "Il est porté par son énergie, a besoin de se dépenser et de courir beaucoup, de conquérir le ballon dans les pieds de l’adversaire. Ce rôle de premier presseur est idéal pour lui car il entraîne les autres et, dans ce premier rideau, il est aussi très bien couvert par les deux gardes-chasse que sont Strootman et De Rossi derrière lui."

Offensivement , cette position plus avancée lui confère aussi une liberté nouvelle. "Dans le 3-4-2-1, il se baladait derrière Dzeko et Schick remarquablement bien. Dans le positionnement, il a cette intelligence tactique caractéristique qui lui permet de voyager entre la défense et l’attaque. C’est facile de dire à un joueur de se positionner entre les lignes mais trouver les espaces s’avère nettement plus compliqué", complète Chen. "Lui le fait presque naturellement, ce qui le rend hyperdéstabilisant. Résultat, Piqué et Umtiti ont hésité à sortir sur lui et cela a ouvert les espaces dans leur dos à Dzeko."

Le scénario s’est d’ailleurs répété à Anfield, quand le Bosnien a réduit la marque sur un service du Diable.

"Sa relation technique avec Dzeko est fine et Radja apparaît comme son principal pourvoyeur de ballons", observe Teklak. "En fait, Dzeko aimante les ballons dont ceux de Radja. Avec le départ de Salah, le jeu s’est aussi déplacé."

Lui qui avait l’an passé son record de buts (14 réalisations) brille d’abord par la passe, avec 11 assists, du jamais-vu dans sa carrière. Ce qui l’amuse : "Je suis définitivement le type de joueur qui ne vit pas pour le but. C’est agréable de marquer mais le plus important reste le résultat final. Si j’ai délivré plus de passes décisives, cela signifie que j’ai fait plus d’heureux", faisait-il remarquer en conférence de presse ce mardi, précisant : "tout est différent de l’année dernière, la manière de jouer également". Tout sauf son importance, finalement.

"Difficile, mais pas impossible"

Voilà pourquoi Nainggolan croit en ce qui serait un immense exploit

"Nous étions tristes après le match à Liverpool dans le vestiaire mais, le lendemain, le coach nous a dit : ‘nous devons croire que nous pouvons le faire.’ C’est ce que nous allons faire."

Dans une longue interview accordée au Times, Radja Nainggolan est à la fois revenu sur son parcours, son flirt avorté avec l’Angleterre mais aussi sur les mécanismes pouvant guider une nouvelle remontée fantastique. Qui reposent notamment sur ces cinq raisons.

Parce qu’ils l’ont fait contre le Barça

Tout est une question de point de vue. Si la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit, Nainggolan voit plutôt en l’exploit réalisé contre le FC Barcelone lors du tour précédent un précédent capable de se répéter.

"Nous l’avons fait contre Barcelone, face à Lionel Messi et Luis Suarez et ils ont à peine tiré une fois au but sur tout le match. Nous allons essayer de réaliser un nouveau moment historique comme contre Barcelone. Cela montre que c’est possible", a asséné le milieu.

Parce qu’ils ont réussi leur fin de match

Une flamme s’est rallumée. La sortie de Mohamed Salah a considérablement impacté la fin de la première manche. Avec l’Égyptien, les Reds ont marché sur l’eau. Sans son talent et la peur qu’il inspire dans les rangs adverses, l’AS Rome a signé un dernier quart d’heure de haute volée avec deux buts synonymes d’espoirs.

Parce que l’Olimpico peut aussi bouillir

La ferveur du peuple de Liverpool a marqué le Diable. "L’ambiance était superbe à Anfield", a-t-il reconnu, toujours dans le Times. "On peut sentir que les gens vivent pour leur équipe. Ce n’est pas le cas partout mais maintenant, Liverpool va devoir venir ici. Je pense qu’ils s’attendent à quelque chose de comparable."

Et le stadio Olimpico a prouvé à de nombreuses reprises qu’il pouvait lui aussi se transformer en un cratère incandescent.

Parce que Liverpool ne pourra pas le refaire à chaque fois

Le compliment prend encore plus de valeur quand il émane de la bouche d’un joueur comme Nainggolan dont le jeu repose d’abord sur une intense débauche d’énergie.

"C’est difficile de jouer contre eux parce qu’ils sont tous très agressifs", a reconnu le milieu. "Ils pressent tous haut et ils n’arrêtent pas de courir comme des animaux ! Même à la 94e, ils étaient encore en train de courir." Et ce jeu énergivore peut peser dans les organismes anglais…

Parce que Rome a appris de ses erreurs

"Je ne pense pas que Liverpool propose ce que j’appelle des actions fluides mais ils ont joué dans les espaces et nous avons fait l’erreur de trop leur en laisser", a reconnu Nainggolan.

Entre l’aller et le retour contre le FC Barcelone, les nuits d’Eusebio Di Francesco avaient été tourmentés. Avant que le technicien ne trouve la parade. Di Francesco n’est pas le seul à avoir manqué son match, ses cadres défensifs comme Manolas ou Jesus mais aussi Dzeko, malgré son but, ont également des choses à se faire pardonner.