Championnats étrangers Et si se passer de Luis Suarez était la meilleure chose qui soit arrivée à Liverpool ? Suspendu 10 matches après son agression dentaire sur Branislav Ivanovic, l'Uruguayen rejouera ce vendredi 25 septembre. On pensait que les Reds ne se relèveraient pas de la perte de leur goleador, auteur de 23 buts la saison dernière. On avait tort. En l'absence de l'attaquant le plus controversé du Royaume, un homme est en train de devenir le number one dans le cœur des supporters: Daniel Sturridge.


A 24 ans, le bonhomme a déjà fait le tour des plus grands clubs d'Angleterre sans jamais y percer. Vainqueur de 2 FA Cups, d'un championnat et d'une Champion's League, ce buteur hors du commun n'a jamais pu savourer ces titres à leur juste valeur. Cette saison, l'éternel second est déchaîné et porte à bout de bras le squad d'Anfield Road. Avec 4 buts en 5 matches, il est en train de troquer son statut d'éternel espoir contre celui de target-man absolu de la Premier League. Et si cette saison, Robin Van Persie and co étaient supplantés par un buteur avide de revanche ?


The - failed - Wrestler

Le football, Daniel l'a dans les gènes, à défaut de l'avoir dans la peau. Son oncle Dean a porté le maillot de Derby County près de 200 fois avant de filer à Leicester et à Wolverhampton. Simon, un autre oncle, et Michael, le paternel de Dan, ont eux porté le maillot de Birmingham City. Mais si Sturridge bénéficie d'un patrimoine génétique qui le prédestine au foot, il a d'autres ambitions.

Dans le Daily Mail, il confie que sa grande passion étant petit était... le catch ! "Je voulais être catcheur. Ça paraissait si vrai. J'avais toutes les figurines. J'utilisais tout mon argent de poche pour en acheter de nouvelles. Je les ai toujours aujourd'hui !" A 12 ans, il faut se rendre à l'évidence, il ne sera jamais pro. "Je n'étais pas assez fort", se souvient-il. "Je répétais les prises avec mes cousins et on s'amusait bien. Mais quand je suis rentré au collège, je me suis dit 'Ce n'est plus très fun', et je me suis concentré sur quelque chose de plus réaliste." Dan ne portera donc jamais de masque improbable, ni de "moule-bite" à paillettes. Doit-il vraiment le regretter ?

Contrairement au discours policé qui veut que chaque footeux vive de sa passion, Sturridge admet que pour lui, le football n'était pas un rêve de gosse. Mais caresser le cuir était son destin. Car le gamin a un don: marquer. Un talent qui ne passe pas inaperçu du côté d'Aston Villa. Malgré son lien fort avec avec les sociétaires de Saint Andrews, c'est en effet dans l'autre club de Birmingham que le gamin débute son parcours. Repéré à l'age de 9 ans par les Villans, il choisit ensuite de s'exiler à Coventry. Après cet écolage dans ces deux clubs, Sturridge met le cap sur Manchester City en 2003. Si les Citizens ne sont pas encore ce géant richissime de la Premier League, leur académie est réputée.


Citizen Dan

Avec sa mini-cape de Skyblue sur le dos, Sturridge devient le Superman des rectangles adverses. A 14 ans, il remporte la Nike Cup, un prestigieux tournoi destiné aux U15. Mieux, il est élu meilleur joueur et termine meilleur buteur de la compétition. A 15 ans, il poursuit sur sa lancée en marquant 6 fois lors de la FA Youth Cup. Cette fois, il doit s'incliner face à... Liverpool. Qu'à cela ne tienne, le club n'est pas fou et lui offre son premier contrat pro, qui entre en vigueur le jour de ses 17 ans. Sympa, le cadeau...

A cet âge rimbaldien, Sturridge poursuit sa mission avec sérieux: claquer des buts dans toutes les positions. Dans l'équipe réserve de City, il score comme à la parade, notamment grâce à un pied gauche foudroyant. Un hat-trick collé aux réserves de Bolton lui vaut sa première présence avec les grands face à Reading, début 2007. Il lui faut encore attendre quelques mois pour ouvrir son compteur but en Premier League. Douce ironie, il marque contre Derby County, le club où son oncle Dean mit des dizaines de pions dans les années 90. Il devient même le premier joueur à marquer en Cup, en championnat et en FA Youth Cup lors de la même saison. Un killer, quoi.

L'arrivée de Mark Hughes à la tête de l'équipe permet au kid de Birmingham de devenir "citoyen" émérite de l'Etihad Stadium. Fini la classe biberon. A 19 ans, le baby-Skyblue troque sa layette pour un vrai maillot, qui sied à son gabarit (1,88m pour 76 kg, tout de même). Il en envoie 16 au lavage, et marque 4 buts, ce qui lui vaut d'être élu Meilleur espoir du club par les supporters. Pour la direction de City, il constitue un pari sur l'avenir: à l'aise devant le but, jeune, Anglais, il faut le garder. Mais en 2009, Sturridge refuse un contrat estimé à plus de 2.5 millions par an. Osé ? Pas tant que ça. Car le buteur a tapé dans l’œil d'une autre place forte du foot british: Chelsea. Abramovitch dégaine son chéquier et lui offre encore plus. Le portefeuille de Sturridge grossit, aussi vite que sa vareuse prend un teinte plus foncée.


Des Blues à l'âme

Triste de quitter Manchester City ? Pas vraiment. En deux ans, les choses ont complètement changé dans ce club. Entre un Premier ministre thaïlandais honni dans son pays et un prince venu des Emirats arabes unis, difficile pour un jeune doué mais peu connu de s'imposer. Surtout quand ses concurrents se nomment Shaun Wright-Philips, Jô (recruté pour 24 millions d'euros, une arnaque), Robinho (42 millions) ou encore Craig Bellamy (15.5 millions). "Je suis arrivé dans l'équipe alors que celle-ci recevait une énorme injection de fonds et beaucoup d'attaquants sont arrivés", déclare-t-il dans les médias britanniques. "Les nouveaux propriétaires dépensaient sans compter et je savais que pour moi, ça serait d'office difficile. Les gens m'ont taxé de cupidité après avoir rejoint Chelsea. Mais ce club est moins riche.", se défend-il.

Si les Londoniens sont moins riches financièrement, ils ne le sont pas forcément en terme de talent. Pourquoi donc rejoindre Chelsea, lui aussi copieusement fourni en avants ? Entre Fernando Torres, Didier Drogba, Nicolas Anelka pré-pétage de plombs sud-africain et Salomon Kalou, Sturridge grappille du temps de jeu en réserves et dans les matches de Cup et League cup. Il doit même attendre fin avril 2010 pour marquer son premier but sous le maillot des Blues face à Stoke. Un bilan famélique, tout juste sauvé par son statut de meilleur buteur du club lors de la FA Cup, remportée par Chelsea. Un titre en chocolat pour un garçon dont on se dit qu'il n'est qu'un nouvel espoir déçu. Un Michael Owen black, en somme, le Ballon d'Or en moins. Une affirmation d'autant plus vraie que lors de la première partie de la saison 2010-2011, il ne marque pas le moindre but en championnat. Tout un symbole.

Sous Carlo Ancelotti, il paye un placement sur l'aile droite qu'il n'apprécie guère. Et son comportement. A l'image d'un Nicolas Anelka, le gamin se croit déjà arrivé en haut de la pyramide. "Je joue dans le meilleur club du monde", assénait-il au moment de son arrivée. Certes. Encore faut-il s'y imposer. En coulisses, certains internationaux s'offusquent de son comportement. Sturridge, vu comme un "bon gars" lors de son écolage à City, serait devenu capricieux, nonchalant, voire carrément arrogant. "Quand on vous a dit toute votre vie que vous êtes brillant, alors vous finissez par le croire", déclare un proche. Alors, trop crédule, Daniel ? Peut-être. Mais surtout, trop individualiste pour réussir au milieu des stars de Chelsea.


Vagabondage à Bolton

Pour éviter de voir la marque de ses fesses imprimées sur le banc de Chelsea, Sturridge file dans un club moins huppé. Un choix de carrière à la Lukaku qui s'avère payant. Ce sont les Bolton Wanderers qui récupère le magot. Les "vagabonds" des faubourgs de Manchester sont empêtrés dans la lutte contre la relégation. La mission de Sturridge est simple, lorsqu'il débarque au Reebok Stadium: maintenir le club en D1. Comme par magie, l'attaquant se remet à empiler les buts.

Si les Trotters n'ont pas toujours eu le nez creux en ce qui concerne leur recrutement, ils tapent dans le mille avec Sturridge. En 12 matches au poste de n°9, il plante 8 buts. Dont des pions cruciaux contre Wolverhampton et West Ham, eux aussi candidats pour une aller-simple en Championship. Enfin il peut exploiter tout son talent. Sa rapidité, son aisance technique, son sens inné du but et du placement font le bonheur des Wanderers.

A la fin de la saison, Chelsea siffle la fin de la récré. Torres ne marque toujours pas, Drogba se fait vieux, Anelka quitte le club en hiver et Lukaku doit encore s'adapter. Bref, l'heure a enfin sonné pour Sturridge. Sous les ordres d'André Villas-Boas, il devient enfin titulaire. Le Portugais se montre particulièrement élogieux à son sujet. "Il possède un peu les mêmes caractéristiques que Hulk, que j'ai dirigé à Porto", déclare le beau Portugais au Daily Telegraph. "Il est très rapide, technique et puissant. Quand il reçoit le ballon, il sait quoi en faire".

A 22 ans, il s'installe enfin dans un onze de base. Il plante une quinzaine de buts, remporte une nouvelle fois la Cup et la Ligue des Champions. Mais cette coupe aux grandes oreilles est surtout un morceau de métal froid dans les mains de Sturridge. En effet, l'Anglais doit se contenter du banc en demi-finale et en finale. Encore une fois, il est bien placé, mais toujours pas sous les projos. Frustrant.


Comme un lion en cage

La saison suivante, c'est la débandade. Il loupe la préparation pour cause de Jeux olympiques et ne retrouve jamais sa place au sein du 11 de base. Ces JO à domicile lui valent l'une de ses plus grandes désillusions. En quarts de finale, les Britanniques sont opposés à la Corée du Sud. Lors de la terrible épreuve des tirs au but, Sturridge loupe le sien, précipitant la défaite de la Grande-Bretagne.

Sturridge, la nation, les Three Lions, le mariage est pour le moment malheureux. Buteur dans toutes les catégories d'âge (un record), il n'a encore rien fait en sélection. Oh, certes, il met un but contre Saint-Marin. Mais comme d'habitude, il doit s'effacer au profit de joueur comme Theo Walcott, Danny Welbeck, ou pire, Rickie Lambert, l'ancien vendeur de betteraves.

En club, rien ne va non plus à l'aube de la saison 2012-2013, sa dernière à Stamford Bridge. Di Matteo est débarqué au profit de Rafael Benitez, qui ne lui accorde jamais sa confiance. De plus, les blessures s'en mêlent. Le divorce est consommé. Encore une fois, Sturridge doit s'avouer vaincu. Et traîner cette étiquette d'enfant gâté par la nature, mais incapable de devenir un homme. Un club croit toujours en l'éclosion de Danny: Liverpool. Les Reds cassent leur tirelire en janvier et échangent l'Anglais contre 15 millions de biftons. Une folie ? Pas tant que ça...


Jamais seul à Anflied

Filer à l'anglaise du côté de Liverpool, c'est se retrouver confronter à un attaquant comme Luis Suarez. Un machine venue d'Uruguay qui carbure à plus de 20 buts par saison. Un monstre. Un vrai guêpier dans lequel Sturridge se jette, comme lors de son transfert à Chelsea. Un pari osé... et payant ! Dès son arrivée, il est adoubé par sa Majesté Steven Gerrard. "Il a souffert un peu à City et a progressé à Chelsea, où il n’a pas joué autant qu’il a voulu. Il a tout de même montré des fulgurances de son talent" déclare le capitaine emblématique des Reds. Avec son statut de lieutenant du Mister Goal d'Anfield, l'Anglais acquiert ce qu'il cherchait depuis des mois: du temps de jeu.

Il retrouve également le chemin des filets. Bilan de cette première pige sous le maillot de Liverpool: 14 matches, 10 buts, une moyenne de 0.7 buts par match. Mention très bien. Mais il est toujours dans l'ombre. Quand ce n'est pas Drogba ou Anelka, c'est donc Suarez qui se dresse devant lui. Mais Suarez n'est pas qu'une kalachnikov. C'est aussi un joueur capable du pire. En avril 2013, il dérape en mordant Branislav Ivanovic. Exclu, il est ensuite suspendu pour 10 rencontres. A 23 ans, voila Sturridge catapulté à la tête de l'attaque de Liverpool. Un statut que le gaillard, métamorphosé, assume sans souci. Il assomme Fulham d'un hat-trick en mai 2013. En 5 matches cette saison, il a déjà scoré 4 fois. Brendan Rodgers, son coach, est sous le charme, forcément. "Il est excellent depuis sa venue. Il a marqué 16 buts en 20 matches, mais il sait aussi aider l'équipe", déclare-t-il à Sky Sports. Epaulé par Philippe Coutinho (avant sa blessure), Victor Moses, et Lucas Leiva, rien ne résiste à Sturridge, fer de lance d'un effectif qui peinait à retrouver son lustre d'antan.

Mais Luis Suarez est de retour. Et l'Uruguayen a les dents longues. Le 25 septembre face à Manchester United, le buteur sortira de taule pour la League Cup. Son ombre pesante réapparaîtra sur le front d'attaque des Reds. Le boss actuel devra peut-être laisser sa place au taulier sud-américain. A moins que ce grand fan de théâtre n'ait envie de poursuivre dans son nouveau rôle...

Aurélie Herman