Championnats étrangers

Après un an de rodage, Manchester City semble avoir trouvé la bonne carburation en Angleterre.

Il en faut du courage pour tenter de révolutionner en Angleterre un sport inventé par les Anglais. Même si l’on s’appelle Pep Guardiola et qu’on possède un palmarès long comme une nuit d’hiver sur Londres. Redynamisée par l’arrivée de coaches de calibre international, la Premier League a résisté au Catalan le temps d’une saison, avant de le voir développer le jeu le plus sexy d’Europe.

Flash-back. À la fin de l’été 2016, Manchester City est fier de présenter son nouveau coach, arrivé du Bayern Munich. Si les premières semaines se déroulent sous les meilleurs auspices (City caracole en tête du championnat et fait feu de tout bois), le jeu s’étiole progressivement, la défense perd le fil et les modifications tactiques de Señor Pep déroutent plus qu’elles ne convainquent. Le club finit tout de même troisième, mais ce premier exercice outre-Manche s’apparente à une vraie déception pour Guardiola, dont c’est la première saison blanche depuis ses débuts à la tête de l’équipe première du Barça.

1
© AP
"

Décembre 2017, la mutation des Citizens semble avoir atteint son paroxysme, avec des stats à donner le tournis : déjà 52 buts inscrits en 17 rencontres (meilleure attaque du pays et de loin !), 11 encaissés seulement (meilleure défense), 88,7% de passes réussies, faisant du jeu de City le plus pur d’Europe derrière celui du PSG, plus de 730 passes par match (seul le Napoli de Dries Mertens fait mieux) pour 66,3% de possession (meilleur ratio d’Europe).

Et surtout un football léché, stylisé au possible grâce à un duo David Silva – Kevin De Bruyne en totale symbiose. Les deux joueurs touchent d’ailleurs nettement plus de ballons que par le passé (78 passes par match contre 50 seulement pour le Diable rouge, par exemple). Si pour KDB, cela s’explique par un replacement plus en retrait, ces chiffres témoignent d’une volonté toujours plus farouche de s’arroger le contrôle du cuir et de le faire tourner jusqu’à hypnotiser l’opposant, un peu à la manière de Kaa, le boa du "Livre de la jungle".


Un sens de l’esthétisme qui provoque carrément les éloges de la légende mancunienne Eric Cantona, comme King Eric l’avouait dans sa dernière chronique vidéo sur Eurosport."D’un point de vue purement créatif et artistique, je ne pense pas avoir pris plus de plaisir à regarder une autre équipe que City", affirme l’ancien joueur de Chelsea Pat Nevin.


Thierry Henry, qui avait côtoyé coach Guardiola lors de son passage au Barça, est lui aussi admiratif. "Je sais à quel point c'est dur de tenir un tel rythme, de bien jouer tout en amusant les gens, de rester en position et de se passer le ballon", explique-t-il à talkSPORT. "En plus, ils jouent essentiellement dans la partie de terrain adverse, ce qui demande encore plus d'intensité. Si vous n'aimez pas le style de City, vous n'aimez pas le football."

Derrière, les tâtonnements de la saison passée sont de l’histoire ancienne, malgré la grave blessure de Benjamin Mendy. Pour pallier l’absence du latéral français, Guardiola a encore innové en transformant Fabian Delph, bien parti pour rejoindre les espoirs déçus du foot anglais, en un back gauche, fiable, porté vers l’avant et à l’aise avec Sané. C’est l’ensemble du secteur qui revit, à l’image de Nicolás Otamendi, qui touche vingt ballons de plus par rencontre, tout en s’offrant quelques buts en prime !

Et devant, les possibilités offensives sont tellement nombreuses (Sergio Agüero, Gabriel Jesus, Leroy Sané, Raheem Sterling, Bernardo Silva) que Guardiola doit se sentir comme un gamin à qui on remet les clés d’un magasin de jouets le soir de Noël.


Bref, le ciel est (forcément !) bleu au-dessus de l’Etihad Stadium. Pour le coach, c’est une petite revanche, lui qui était taxé d’entraîneur surcoté par ses détracteurs il y a quelques mois. "Les gens disaient qu’on ne parviendrait pas à jouer de la même façon qu’au Barça en Angleterre, mais on peut y arriver", déclarait-il, tout sourire, à la BBC juste après la victoire contre ManU. "Je le savais la saison passée, j’y ai toujours cru. Tout le monde peut adopter le style qu’il souhaite, c’est pourquoi le football est si beau." Après avoir mis l’Espagne et l’Allemagne au pas du guardiolisme, voilà le beau Pep en passe de faire de même avec le pays peut-être le plus difficile à dompter, sûr de ses certitudes en matière de foot.

Solide leader du championnat et toujours invaincu, le Guardiola City a déjà 11 points d’avance sur son dauphin de United et a empoché face à ce dernier son 15e succès de rang, dépassant le record d’Arsenal datant de 2002. Bref, le club est désormais la cible à atteindre pour espérer ceindre les lauriers anglais. Jürgen Klopp a d’ores et déjà décrété que les Citizens pourraient être sacrés dès janvier. Certes, l’entraîneur allemand la joue à l’intox, mais cela situe la maestria avec laquelle l’équipe de Kompany et De Bruyne domine la compétition actuellement.

Face à Tottenham, quelque peu dans le dur depuis le début de la saison, Manchester City aura donc l’occasion d’amasser une 16e victoire d’affilée, qui plus est contre un concurrent direct et ainsi d’asseoir encore plus sa domination sur la compétition anglaise. Définitivement ?