Europe

Après deux saisons de purgatoire, l'AS Monaco a retrouvé l'élite française en mai dernier. Un retour qui fait grincer des dents du côté du gouvernement français, bien décidé à imposer sa taxe à 75% à l'ensemble des clubs sportifs professionnels. Seulement voilà, le club du Rocher a son siège établi en Principauté. Il pourrait donc ainsi contourner cette fameuse taxe.

De toute façon, ce projet de loi n'empêche pas le nouveau propriétaire russe de l'ASM de "rêver plus grand". Un slogan inspirée de celui du club de la capitale hexagonale qui est désormais entré dans une autre dimension depuis que les qatariotes sont venus investir leurs pétrodollars.

Le cours du rouble est à la hausse le long de la côte d'Azur et Dmitry Rybolovlev entend bien que son équipe devienne la deuxième grande force de la Ligue 1. Le PSG et Monaco, duettistes trustant les titres en France comme le FC Barcelone et le Real Madrid en Espagne, voilà la vision d'avenir imaginée par le nouveau boss du stade Louis II.

Alors, il faut frapper fort d'entrée. Le 9 juillet, le Rocher est en ébullition. Dimitri Rybolovlev présente 135 millions d'euros à la presse. Eric Abidal, Ricardo Carvalho, Nicolas Isimat-Marin, James Rodriguez, Joao Moutinho et surtout Radamel Falcao ont décidé de revêtir la vareuse rouge et blanche pour l'amour du sport et du fric.

Autant dire que ces arrivées risquent de faire des déçus parmi ceux qui ont forgé la remontée parmi l'élite. Nampalys Mendy, l'indispensable milieu de terrain formé à l'ASM, a senti le vent tourner et décide de s'exiler à quelques kilomètres de là du côté de l'OGC Nice. Les Valère Germain, Yannick Ferreira Carrasco et Mounir Obbadi voient leur ciel bleu s'assombrir avec ces arrivées bling-bling.

Pour ce dernier, la perspective du petit banc semble même devenir une évidence lorsque Monaco frappe un dernier coup en août dernier en signant l'international français Geoffrey Kondogbia pour 20 millions d'euros. Mais c'est mal connaître Claudio Ranieri pour qui les grands noms ne bénéficient pas d'office d'un statut de privilégié.

C'est ainsi que tout comme YFC, Mounir Obbadi va se retrouver régulièrement aligné dans le onze de base du technicien italien au point d'être le milieu de terrain le plus utilisé depuis le début de saison avec 1193 minutes de jeu et treize titularisations en 15 rencontres de L1.


Paris, le rêve de gosse

Pourtant, celui qui a vu le jour le 4 avril 1983 à Meulan dans les Yvelines n'était pas destiné à briller au milieu des stars, si ce n'est en rêve. Après avoir usé ses premiers crampons à Chanteloup-les-Vignes dans la banlieue parisienne, le petit Mounir intègre le centre de formation du PSG à 15 ans. Il caresse alors le rêve d'évoluer un jour au Parc des Princes, mais comme beaucoup d'autres et contrairement à Mamadou Sakho, il ne portera jamais la liquette de l'équipe première. Obbadi ob-la-da, life goes on, brah !

Les recalés des centres de formation des grands clubs font néanmoins le bonheur des divisions inférieures. Prêté en janvier 2004 à Angers, pensionnaire de Ligue 2, Mounir Obbadi prend part à onze rencontres et marque un but. Pas de quoi convaincre les Parisiens de lui offrir un contrat pro, mais c'est un pas que franchira le club de Maine-et-Loire en lui proposant un engagement de deux ans.

Le jeune homme de 22 ans effectue une bonne saison sur le plan personnel ponctuée de 34 matchs et de 5 buts. Mais ces bonnes performances n'empêchent pas le SCO de faire la bascule en National. Malgré cette énorme déception, il décide de rester au club et paradoxalement cela lui ouvre les portes des Lions de l'Atlas, la sélection marocaine. Obbadi est sélectionné à l'occasion d'une joute amicale contre le Cameroun en novembre 2005.

Malgré les 10 pions en 27 rencontres de son travailleur de l'ombre, Angers ne termine qu'à une décevante onzième place. Mounir Obbadi ne compte cependant pas faire de vieux os dans un club sponsorisé par les supermarchés U car plusieurs formations plus huppées sont intéressées par son profil. Mais une fracture du péroné menace ses rêves d'évoluer un cran plus haut.


Demain, dès l'Aube...

Malgré cela, Troyes, pensionnaire de l'élite, décide de l'embrigader lors de l'été 2006. Obbadi peine à retrouver toutes ses sensations après sa blessure et n'a toujours pas joué la moindre minute au mois de janvier. Il repart alors en prêt vers Angers et contribue à la remontée de l'équipe en Ligue 2.

Un échelon qu'il retrouvera avec l'ESTAC, entre-temps relégué du plus haut niveau du foot français. Pendant cinq saisons, il enchaine les matchs dans l'Aube et acquiert le statut d'indéboulonnable. Le club reste cependant dans l'antichambre de l'élite et connaît même une culbute en national lors de la saison 2009-2010. Une relégation qui va de pair avec l'absence pour blessure du Franco-marocain. Il n'a d'ailleurs pas l'intention de rester à Troyes après ce fiasco sportif et le fait clairement savoir dans la presse. "Peu importe que je signe à Laval ou à Vannes. Ce que je ne veux pas, c'est jouer en National. J'ai 26 ans, une carrière devant moi, et je pense avoir le niveau Ligue 2. S'il faut aller au bras de fer, je n'hésiterai pas.",peste-t-il dans les journaux.

Même s'il n'est pas toujours facile de garder un joueur contre son gré, Troyes parvient à convaincre Obbadi de prolonger son séjour au stade de l'Aube. Il est l'un des grands artisans de la rapide remontée et sa patience sera récompensée en mai 2012 puisque l'ESTAC de Yohann Thuram et Fabrice N'Sakala retrouve la première division hexagonale.


L'amour à l'italienne

A 29 ans, Mounir Obbadi foule enfin les terrains de Ligue 1, mais ne le fera que six mois. La raison ? Une offre qu'on ne peut pas refuser, celle de l'AS Monaco. Le club du Rocher évolue pourtant un cran en-dessous depuis deux saisons, mais le "reculer pour mieux sauter" n'effraie pas un Obbadi qui a déjà connu ce cas de figure deux fois dans sa carrière. Lui, l'ouvrier, lui, le travailleur, a séduit le réputé Claudio Ranieri lors d'un match de Coupe de la Ligue perdu 1-2 par l'ASM contre le club de l'Aube. A la 57e, Obbadi foule la pelouse du stade Louis II et tape dans l'oeil du coach transalpin qui veut absolument se l'offrir comme cadeau sous le sapin pour la deuxième partie de saison. Un présent à 1,5 M d'euros. Une broutille. De toute façon, ce que Claudio veut, Dmitry Rybolovlev lui offre.

L'ambitieux projet monégasque et le salaire qui y est associé séduisent Mounir Obbadi. Claudio Ranieri confirme son amour pour son nouveau poulain et en fait la pièce maîtresse de son entrejeu. L'ASM retrouve les sommets pendant que Troyes fait la culbute. Le pari du natif de Meulan était le bon.

Mais il ne s'attendait certainement pas à devenir l'une des révélations de la Ligue 1 cette saison. Humble et conscient de ses défauts, ce Stakhanoviste se fait une place entre les Kondogbia, Toulalan et Moutinho. Des compagnons de jeu qui lui changent des Delvin Ndinga, Jakob Poulsen et Stéphane Dumont."Je ne vais pas vous mentir, j’ai beaucoup joué depuis le début de saison, je ne m’y attendais pas mais j’ai toujours cru en moi. Je me suis dit en début de saison que je n’avais rien à perdre", avouait-il dans les colonnes du quotidien L'Equipe.


Un Stakhanoviste au milieu des artistes

Après avoir évolué presque toute sa carrière en numéro 10, il avait été déplacé un cran plus bas par Jean-Marc Furlan à Troyes après l'arrivée de Benjamin Nivet. Un repositionnement qui n'est sans doute pas étranger à l'évolution fulgurante du joueur. Sa qualité de passe et sa vision du jeu ajoutées à son abattage en font un élément très intéressant dans un triangle au milieu de terrain. Claudio Ranieri l'a bien compris.

Mais le joueur possède aussi une belle frappe de balle qui lui a permis de secouer ses premiers filets en Ligue 1, à deux reprises pour être précis. La première fois, c'était à l'occasion du match contre Lyon, avec une somptueuse demi-volée. La deuxième, ce n'était pas plus tard que lors de la victoire de l'ASM sur la pelouse de Nantes. Un autre bijou, le seul du match, synonyme de trois points très précieux.

Désormais, Mounir Obbadi s'est fait sa place au soleil au sein du championnat français. Une juste récompense pour cet homme tranquille, passionné de ballon rond jusqu'à la moelle et qui connaît tous les effectifs de L1 sur le bout des doigts. Une patience et un travail de l'ombre qui lui ont permis de retrouver la tunique marocaine, huit ans après sa dernière sélection.

Il rêve désormais de faire partie du groupe des Lions de l'Atlas qui disputera la CAN 2015 organisée au pays. Un dessein loin d'être impossible s'il maintient son niveau de performance actuel.