Football

Le doute persiste à trente mois de l'échéance car le nouveau stade prévu à Bruxelles pour l’événement n'est pas encore construit, le projet se heurtant à de nombreux obstacles sur fond de rivalités régionales.

Bruxelles est l'une des treize villes choisies par l'instance dirigeante du football européen pour héberger la compétition. Plusieurs matches, dont celui d'ouverture, y sont théoriquement programmés. Mais l'"Eurostade" prévu dans le cahier des charges, au coût estimé à 300 millions d'euros, n'est pas près de sortir de terre, alors que le choix du site a été arrêté en 2013 et celui du futur constructeur et gestionnaire, la firme Ghelamco, en 2014.

La fédération belge de football n'a pas caché son inquiétude fin septembre lorsque l'UEFA a lancé un ultimatum, réclamant des éclaircissements sur le calendrier d'ici au 20 novembre sous peine d'opter pour une solution alternative déjà envisagée. "Une décision définitive dans ce dossier sera prise le 7 décembre par le comité exécutif de l'UEFA (...) Il est désormais minuit moins cinq", a averti la fédération.

"Nous demandons aux différentes parties concernées de prendre leurs responsabilités", a-t-elle intimé, rappelant que la balle était désormais dans le camp de "l'autorité flamande". C'est un des paradoxes du projet. Le site choisi, dit du "parking C", en bordure du périphérique, appartient à la ville de Bruxelles, mais est situé en Flandre. C'est donc la région présidée par Geert Bourgeois (N-VA, nationalistes flamands) qui a son avenir entre les mains.

'On serait ridicule'

Cela a contribué à "crisper" les choses car "le projet de la N-VA n'est pas vraiment de faire plaisir à Bruxelles", souligne Arnaud Pinxteren, député écologiste du Parlement régional bruxellois qui suit de près le dossier. A Grimbergen, la commune flamande concernée, des élus se sont fortement mobilisés contre le futur stade de 60.000 places, pointant du doigt la mauvaise desserte par les transports ou la nécessité de préserver un sentier classé traversant le parking C.

Dans cette ville, une enquête publique liée à la nouvelle demande de permis de Ghelamco a été ouverte le 12 octobre, susceptible de faire émerger les mêmes griefs.

Cette fois, relèvent les élus, c'est au niveau régional et non plus communal que le permis de construire doit être validé. Et les éventuels recours en justice "ne seront pas suspensifs", explique Arnaud Pinxteren. Ils n'empêcheront pas le lancement des travaux dès lors que la région aura tranché, d'ici fin janvier au plus tard, selon cet élu. Sollicité par l'AFP, le cabinet de Geert Bourgeois a refusé tout commentaire.

Alain Courtois, échevin (adjoint au maire) chargé des sports à Bruxelles, qui porte le projet depuis son origine, veut croire que l'échéance de 2020 peut encore être tenue. "Ghelamco a dit que le stade pouvait être construit en 18 mois", affirme cet élu libéral.

Si Bruxelles est recalé par l'UEFA, s'emporte l'échevin, "ça sera une claque pour la Belgique, ça voudra dire qu'on n'aura pas été capables depuis trente ans d'avoir un stade dans ce pays. On serait ridicule".

L'inconnue Anderlecht

L'ambition d'un nouveau stade plus sécurisé pour accueillir les grands matches à Bruxelles est née au lendemain du drame du Heysel. En mai 1985, un soir de finale de coupe d'Europe entre Liverpool et la Juventus Turin, une bousculade provoquée au départ par des supporters avait fait 39 morts et des centaines de blessés dans l'enceinte du stade bruxellois.

En disgrâce pendant un temps avec l'UEFA, la fédération belge a rebondi avec l'organisation de l'Euro-2000, mais toujours sans nouveau stade. Le Heysel a été rénové et rebaptisé "Stade Roi-Baudouin" dans les années 90. Aujourd'hui les promoteurs de l'"Eurostade" --ville, région bruxelloise et fédération--, espèrent un coup double avec une infrastructure dédiée à la fois aux matches des Diables rouges, le onze national, et à l'accueil des Mauves d'Anderlecht, la grande équipe de la capitale.

Mais là encore ils font face à un point d'interrogation. Anderlecht a estimé ne pas avoir besoin d'une enceinte de 60.000 places, le club accueillant en moyenne moitié moins de spectateurs dans son stade actuel.

Or "s'il n'y a pas de club résident, le montage financier de Ghelamco s'effondre", assure M. Pinxteren. Certes la firme de BTP s'est dite prête à adapter la capacité du futur stade selon les besoins "mais il y a encore une grande inconnue", ajoute-t-il.