Football Gérard Witters, représentant d'Anderlecht en Amérique du Sud, se confie sur les particularités du marché argentin


ANDERLECHT Il y a un an de cela, Nicolas Frutos était un illustre inconnu en Belgique. Depuis lors, le grand buteur d'Independiente est devenu l'homme providentiel dans la conquête du dernier titre anderlechtois et la brèche argentine a été largement ouverte : le Sporting a attiré trois autres joueurs du pays des Bianciceleste et le Germinal Beerschot l'a imité. Avant l'année passée, un seul Argentin, Roberto Cabral, avait foulé les pelouses de notre championnat. C'était avec le Beerschot, de 1975 à 1978...

Nous nous sommes entretenus avec Gérard Witters, qui s'occupe depuis une année des relations du Sporting avec l'Amérique du Sud. Il est l'homme de l'ombre qui a permis la venue des quatre joueurs argentins à Anderlecht. "J'ai travaillé pour la brasserie Bellevue de 1984 à 1991, jusqu'à ce que la famille Vanden Stock s'en sépare, se souvient Gérard Witters. De cette époque, j'ai gardé de très bons contacts dans la , particulièrement avec Philippe Collin et Roger Vanden Stock. Par la suite, j'ai été amené à me rendre régulièrement en Argentine pour des raisons professionnelles, dans les domaines financier et industriel. Depuis 1997, je m'y suis rendu 65 fois et j'y ai vécu plus de quatre ans. Par la force des choses, j'y ai suivi le football et j'ai découvert beaucoup de potentiel. J'en ai parlé aux membres de la direction du Sporting. Bien évidemment, attirer des noms comme Messi et Tevez était impossible pour Anderlecht. Mais il existait une multitude de joueurs de qualité, juste un niveau en dessous. J'ai eu un mois pour boucler un dossier fiable et entre-temps, Werner Deraeve revenait de sa première mission de scouting en Argentine. Tout s'est bien imbriqué, et très rapidement. Werner a vite constaté qu'il y avait des transferts très intéressants à réaliser, mais qu'il fallait avoir des introductions dans le milieu."

N'importe qui peut acheter une part de joueur

Car le football argentin a ses particularités. Les clubs étant presque tous en situation de faillite virtuelle, ils sont sans cesse à la recherche de revenus directs. Monsieur-tout-le-monde peut donc se rendre auprès d'un président pour acheter, par exemple, 20 % de propriété d'un joueur. Au moment de la revente, il retouchera sa part... Cela signifie qu'il peut y avoir jusqu'à une multitude de négociateurs autour de la table pour essayer de régler un seul transfert ! "L'important pour nous était de s'entretenir avec les propriétaires réels du joueur et d'éviter les nombreux intermédiaires qui tentent de profiter de la situation. Nous n'appartenons pas au gratin européen et nous ne pouvons pas débourser des sommes folles pour un joueur, comme l'Atletico l'a fait avec Aguero en dépensant plus de vingt millions d'euros. N'ayant pas les moyens des grands clubs, il faut donc nous montrer inventifs. Ma tâche personnelle est d'ouvrir des brèches, de préparer les négociations et de mener à bien les nécessaires tâches administratives et financières. Je correspondais au profil de par ma connaissance de la langue et du pays."

Une notion importante revient régulièrement sur le tapis quand Gérard Witters évoque ses fonctions en Argentine : le travail d'équipe. "Nous avons décidé d'instaurer une véritable cellule. Je m'acquitte de mes tâches, tandis que Werner Deraeve s'occupe de l'aspect sportif, avec l'appui de la direction : Herman Van Holsbeeck et Philippe Collin se sont tout de même rendus six fois en Argentine en un an. Voir un joueur sur DVD, c'est bien, mais notre politique est de visionner quelqu'un plusieurs fois. Il peut très bien avoir un mauvais jour, cela ne veut pas dire qu'il n'a pas de qualités."



© La Dernière Heure 2006