Football

Le fléau persiste malgré le petit nombre de joueurs de couleur


BUDAPEST Un nouveau scandale de racisme vient de secouer le football en Hongrie, mais la Fédération hongroise (MLSZ) tente de lutter en prenant le fléau à bras le corps.

L'ancien sélectionneur de l'équipe nationale hongroise Kalman Meszöly a dû démissionner de son poste à la direction de la Fédération quelques jours après avoir tenu publiquement des propos racistes, à la mi-juillet.
"Ils sont à peine descendus de l'arbre ! ", a-t-il dit à propos des (rares) joueurs africains dans les équipes hongroises, sur une chaîne de sport privée Sport TV.
Du coup l'association Mahatma Gandhi, une ONG qui représente les intérêts des Africains en Hongrie, a saisi l'Union européenne de football (UEFA) pour qu'elle enquête sur la manière dont la MLSZ combat le racisme.

Le plus gros scandale était intervenu la saison dernière: la Fédération avait infligé à l'équipe d'Ujpest (Budapest) trois points de pénalité au classement après un incident au cours d'un match contre Debrecen. Ses supporters poussaient des cris de singe chaque fois que l'attaquant sénégalais adverse, Ibrahim Sidvé, touchait le ballon.

Ujpest a du coup fini le Championnat à la troisième place, ce qui lui a coûté beaucoup d'argent et la qualification en coupe de l'UEFA.
Le club a ensuite présenté des excuses sur son site web.

Fléau persistant
Le racisme est un fléau persistant, malgré le petit nombre de joueurs de couleur (5 en 1e division en 2006-2007, le double la saison suivante) en Hongrie, un pays où l'immigration est d'ailleurs traditionnellement faible.
Les supporters de la prestigieuse équipe de Ferencvaros (Budapest) se sont longtemps signalé par des jurons racistes.

La situation a cependant changé après l'arrivée, en juillet 2003, de Thomas Sowumni, un joueur nigérian vite devenu le chouchou des supporters grâce à sa rapidité et sa technique supérieures. Sowumni a cependant dû essuyer les insultes à l'extérieur. Le joueur africain a depuis quitté le club pour Hibernian, en Ecosse, et après son départ, le comportement raciste des supporters ne s'est plus réveillé.

Ferencvaros, menacé d'exclusion des compétitions internationales par l'UEFA en 2002, s'est en fait acheté une conduite et plusieurs de ses initiatives contre le racisme ont été saluées: par exemple en 2004 quand les supporters ont brandi régulièrement "un carton rouge" contre le racisme sur demande du speaker.
Mais dans d'autres clubs, comme ceux de Bekescsaba (Sud) ou Honved (Budapest), le problème persiste: des joueurs africains ont été frappés en dehors des stades et dans des stations de métro.

"Tolérance zéro"
Pour la saison à venir (2007-2008), la MLSZ a annoncé une politique de "tolérance zéro" contre le racisme, avec une charte sur son site officiel (www.mlsz.hu). La Fédération hongroise demande aux arbitres d'interrompre le match dès la première manifestation de racisme dans les tribunes, et si cela continue, de donner les trois points de la victoire à l'équipe qui en est victime. Le club dont les supporters font preuve de racisme verront leur stade fermé en cas de récidive, suivant les directives de la FIFA.
Au deuxième incident, des points seront retirés et au troisième l'équipe sera reléguée au niveau inférieur.
La règle vaut également pour injures aux adversaires ou aux arbitres.
"Il faut faire enfin régner l'ordre dans les stades, nous espérons que ces mesures vont contribuer à créer une meilleure ambiance dans nos stades", a déclaré le président de MLSZ Istvan Kisteleki.
Les autorités auront fort à faire dans un pays où le football professionnel est en plein marasme. Au plan international, l'équipe magique de Puskas n'est plus qu'un lointain souvenir et la Hongrie n'est que 65-ème au classement FIFA.
Quant au nombre de spectateurs moyen par match de première division, il n'atteint pas les 3000 personnes.