Football Eddy Voordeckers, un jour, fut appelé Tintin

TESSENDERLO Eddy Voordeckers a perdu son sobriquet. Tintin n'allèche plus, depuis longtemps déjà, les manchettes des quotidiens de sport.

Mais, dans un buffet de sa coquette villa de Tessenderlo où il a ancré son point d'attache depuis près de vingt ans, vingt albums retracent sa carrière de footballeur. «Mes parents d'abord, ma femme ensuite y ont collationné les articles et les photos qui parlaient de moi. A l'époque, je jugeais cette activité un peu gênante. Aujourd'hui, je suis heureux que mes proches aient rassemblé ces souvenirs. Il m'arrive de feuilleter ces reliques. Une fois par an et sans nostalgie...»

Est-il trop réducteur de focaliser la carrière de cet attaquant vif argent, explosif et redoutable de la tête en dépit de sa taille modeste - «on ne se méfiait jamais de mon timing parce que j'étais petit»- sur trois pôles essentiels: le Standard, le défunt Waterschei et l'équipe nationale en négligeant un peu l'escapade, relativement brève, au Stade Rennais?

Sans doute pas. Eddy Voordeckers ne refuse d'ailleurs pas ce raccourci. Il concède même: «Aurais-je atteint ces sommets si Ernst Happel n'avait pas eu l'heureuse idée d'effectuer une pige, amicale, de quelques mois à... Harelbeke? Peut-être pas. C'est en tout cas au titre d'entraîneur de feu le Racing que l'Autrichien m'a repéré dans un match contre Diest, mon club. Il m'a aussitôt alléché quand il est passé au Standard. J'ai signé avec le club de Sclessin un contrat de trois ans. Je suis ainsi passé de but en blanc d'un régime de trois entraînements par semaine à un menu de trois séances de travail... par jour, sans compter les matches avec les Espoirs, avec les militaires et avec l'équipe nationale alors que, dans mon for intérieur, j'avais espéré m'accorder une première saison d'écolage. J'ai toujours nourri la conviction que mon organisme n'avait jamais pleinement assimilé cet avènement trop brutal.»

Pendant deux ans, Eddy Voordeckers s'est sublimé dans le football offensif prôné par Ernst Happel. «Je me suis lié d'amitié avec le Suédois Raf Edstrm, un grand monsieur sur et en dehors du terrain. J'avais peur d'Ernst Happel. Du portrait qu'on avait brossé de lui quand il entraînait Bruges. L'homme m'a séduit. Il était aux petits soins pour les joueurs qui lui plaisaient.»

Eddy Voordeckers s'est moins régalé, la saison suivante, sous l'égide de Raymond Goethals: «Je ne regrette pas d'avoir évolué sous les ordres d'une personnalité de cette envergure. Son contact m'a enrichi. Mais Goethals avait opté pour un système de jeu plus défensif. Comme attaquant, il me préférait un grand costaud. Je savais qu'il s'intéressait à Gründel, un Allemand qui évoluait alors au défunt Waterschei. J'ai souhaité partir. Nous n'avons pas fait l'objet d'un échange, Heinz et moi, mais nous nous sommes croisés.»

Eddy Voordeckers a joliment rebondi au sein de l'entité la plus populaire de Genk: «Comme le Standard, Waterschei était un club chaleureux. Avec le gardien Pudelko mais aussi Pierre Janssen, Gudmundsson, Clijsters et Van Kraay, il alignait de sacrés bons joueurs. Le point d'orgue de son histoire, c'est sa qualification européenne contre le PSG, dans une ambiance indescriptible. Au retour, chez nous, Clijsters avait livré une prestation fabuleuse. Nous n'avions rien à perdre mais, avec un tel soutien populaire, nous nous sentions capables des plus grands exploits. Les Parisiens s'étaient gaussé de ces pauvres Limbourgeois: ils nous avaient piqués au vif.»

Pressentant le proche déclin de Waterschei, Tintin ne déclina pas l'offre, inattendue et tardive, du Stade Rennais: «Tout s'est réglé en deux heures. Pierre Mosca, son entraîneur, m'avait apprécié contre le PSG...»

Eddy Voordeckers avait paraphé un contrat de quatre ans. Il ne resta en Bretagne que deux saisons. «J'ai été opéré deux fois du genou. Je n'ai guère joué la seconde année. Le club a été relégué. Je suis alors passé à La Gantoise. Laureyssen, Ronnie Martens, Dewolf, Vandereycken et René Verheyen y étaient mes équipiers. L'équipe promettait. Elle est descendue. Je ne me suis jamais senti à l'aise à Gentbrugge.»

Eddy Voordeckers observe encore, sans amertume: «Le football a beaucoup évolué. Je ne trouve pas sain qu'un joueur puisse y assurer ses arrières sur le plan financier en six ou sept saisons. Ou qu'il trouve embauche à l'étranger sans avoir rien prouvé. Pour réussir aujourd'hui, il vaut mieux s'être attaché les services d'un bon manager que savoir vraiment bien jouer...»

© Les Sports 2003