“Ma femme m’a quitté mais je continue jusqu’en 2026”

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Football

Manolo, le célèbre homme au tambour de 63 ans, suit l’Espagne depuis 1982

On peut affirmer sans risquer de froisser aucun fan de foot dans le monde qu’il est le supporter le plus connu sur la planète Terre. Lui, c’est Manuel Caceres Artesero, plus connu sous le sobriquet de Manolo. Sa bonhomie, son immense béret basque et son tambour accompagnent la Roja depuis... 1982.

Trente-quatre ans plus tard, Manolo est en Pologne. “Et pour la première fois, je suis dans la peau du tenant du titre” , sourit-il. Oui, Manolo se considère comme un membre à part entière de l’équipe. Sur son tambour (le dixième depuis que sa passion a débuté), il inscrit d’ailleurs à chaque fois le numéro douze. “Je suis le douzième homme, c’est pour cela que l’Espagne est si forte.”

Il n’a pas entièrement tort. Manolo ne sait pas faire deux mètres en rue sans être arrêté. “Je suis connu dans le monde entier. Je ne compte le nombre de photos que les gens me demandent. Je n’en ai jamais refusé aucune. Je n’aurais quand même jamais imaginé cela quand j’ai frappé pour la première sur un tambour dans un stade, c’était pour un match de deuxième division à Huesca.”

Cette passion lui a coûté cher. Au propre comme au figuré. “J’ai un bar à Valence, mais je le ferme dès que je fais un déplacement. Je ne voudrais pas que quelqu’un s’en occupe pendant mon absence; je n’ai pas confiance. Je perds donc beaucoup d’argent à chaque fois. Et puis, les places dans les stades deviennent de plus en plus chères. Sans parler des voyages et de la nourriture. Heureusement, ma po pularité me permet de faire quelques économies. Les gens m’offrent toujours plein de choses. Il est rare qu’un taximan me fasse payer la course par exemple.”

S’il “se moque de ne pas être riche à 63 ans” , Manolo regrette que son hobby lui ait coûté l’amour de sa famille. Sa voix trahit encore de l’émotion quand on aborde le sujet. “Au début, ma femme et mes quatre enfants acceptaient ma passion. Ils me demandaient juste de ralentir, de faire attention à moi. Puis, en 1987 sur une route autrichienne, j’ai fait un grave accident de voiture. Je suis resté quatre jours à l’hôpital. En sortant, au lieu de rentrer chez moi, j’ai continué mon chemin pour voir la Roja, in extremis. En revenant à Valence, ma femme n’était plus là. J’ai renoué le contact avec mes enfants, mais je ne peux pas dire que la relation est excellente...”

Et cela ne risque pas de s’arranger. Manolo n’a pas l’intention de remiser son tambour au placard. “Pas tout de suite en tout cas. Mon rêve est d’accompagner l’équipe espagnole jusqu’au Mondial... 2026. J’aurai alors 77 ans et j’aurai fait douze Coupes du Monde. À refaire, je ne changerais absolument rien à ma vie. Je suis l’un des meilleurs ambassadeurs de l’Espagne” , conclut-il, dans un élan de fierté tout ibérique.



© La Dernière Heure 2012
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