Football Sergio Brio revient sur la saga du choco

HAVRÉ La Belgique est le pays du surréalisme et les Italiens de Mons ont démontré leur sens aigu de l'intégration. Hier, dans le réfectoire du domaine provincial de Havré, Sergio Brio a organisé une conférence de presse pour revenir sur les incidents dont Match 1 a fait ses choux gras et que personne ne pouvait occulter tant on a tartiné sur l'affaire du choco. Hier donc, Sergio Brio, une poignée de feuilles A 4 soigneusement calligraphiées par ses soins en main, a tenu à faire la genèse de cet incident, moyennant quatre... traducteurs qui se sont relayés, le dernier étant un confrère maniant manifestement mieux la langue de Dante que ses prédécesseurs.

Deux choses sont à différencier dans ce qui est survenu samedi soir. Tout d'abord, la réaction de Sergio Brio et de son manager devant les questions du journaliste de la RTBF. «Je n'ai pas voulu réagir à chaud devant ses questions répétées à propos de Suray, explique le stratège italien. J'ai parlé d'un choix technique pour ne pas envenimer la situation. Après un match, qui plus est une défaite, on est toujours chaud. Un entraîneur devrait toujours laisser passer une heure pour analyser les choses, pour faire retomber la pression et pour pouvoir prendre un peu de recul par rapport aux événements. Je ne voulais pas exposer mon différend avec Suray devant tout le monde. Il faut savoir laver son linge sale en famille. A la Juventus, j'ai déjà vu des joueurs se taper dessus quelques minutes avant un match mais rien n'a filtré du vestiaire. En agissant ainsi, j'ai voulu protéger Suray et l'image du club.»

Les propos de Giocondo Martorelli, le manager de Sergio Brio, également sous contrat avec le RAEC Mons, ont davantage choqué. M. Martorelli étant absent, Sergio Brio s'est excusé en son nom. «Nous présentons officiellement nos excuses sincères pour ce qui s'est passé.»

Dorénavant, M. Martorelli sera informé qu'il n'aura plus accès au vestiaire et qu'il n'avait aucun droit de s'exprimer au nom du club.

Soit, mais tout ça est bien anecdotique somme toute et si, parfois, la presse se sent injustement traitée à l'Albert, les supporters ne doivent pas s'y arrêter. Par contre, la mise à l'écart d'Olivier Suray ne peut que les interpeller. «Tant que je serai ici, Suray ne jouera plus en équipe première », promet le ton ferme, les yeux détachés de son texte, l'entraîneur montois qui revient aussi sur les antécédents du clash. «Quand Ciobotariu est parti, j'ai directement pensé à Suray pour le remplacer comme capitaine. Olivier me semblait être la bonne personne pour assumer ce rôle lui qui pouvait se prévaloir de son expérience et d'un certain âge. Je lui ai donné mon entière confiance pour qu'il m'aide un peu dans les vestiaires. M. Martorelli et moi- même avons insisté auprès du club pour que Suray reste alors que nous avions subi des pressions pour qu'il quitte le Tondreau. Mais nous étions persuadés qu'il fallait le garder. Je me suis entretenu avec Suray et lui ai expliqué son rôle tout en lui disant qu'aucune place sur le terrain ne lui était garantie. Qu'il devrait mériter sa place comme tous les autres. Qu'il devrait respecter une attitude correcte et professionnelle - comme Eric Joly la saison passée - s'il devait se trouver sur le banc. Il a acquiescé à ma demande, me jurant qu'il ne dérogerait pas à ce code de conduite. Suray s'est ensuite disputé avec le président et avec Geo Van Pyperzeele. Il s'est également permis de critiquer le club dans un magazine. Toutefois, j'ai continué, contre vents et marées, à le soutenir. Quand j'ai été informé qu'il allait être opéré au pied et qu'il allait suivre une longue rééducation, j'ai de nouveau insisté pour qu'il vienne avec nous en stage alors que le club voulait le laisser en Belgique. Mieux, je lui ai alloué personnellement un des deux kinés du club, privant ainsi les autres joueurs. Lors du premier match de la saison, j'ai eu besoin de lui alors qu'il n'était pas prêt. J'ai joué ma peau et bien d'autres choses en l'alignant. Le deuxième match, contre Beveren, il n'était pas content, et s'en est ouvert contrairement au contrat tacite qui nous liait. J'ai essayé de le calmer en lui expliquant que tôt ou tard sa chance reviendrait.»

L'entraîneur italien est arrivé ensuite à l'épisode du choco: «Depuis quelque temps, nous collaborons avec une diététicienne qui a forcément changé quelques-unes de nos habitudes en introduisant, notamment, le choco. Or certains joueurs n'aiment pas cet aliment et les médecins m'ont dit que quelques joueurs souffraient de diarrhée. J'ai donc décidé de le rayer de la liste de nos denrées. La personne chargée de dresser la table ne s'en est pas souvenue et il y avait du choco au repas. Suray s'en était déjà servi alors que j'avais dit qu'il fallait éviter d'en manger. J'ai pris le pot et l'ai remis à la cuisine. A mon retour, Suray continuait comme si je n'avais rien dit. Je lui ai dit deux fois de ne pas en manger. Il a pris un journal et l'a jeté violemment à terre. Il m'a dit d'aller me faire voir. Quelques instants plus, il mangeait sa baguette devant toute l'équipe, me regardant avec un air de défi. Je ne m'attendais pas à ce qu'il adopte une telle attitude moi qui voulais en faire un exemple. Avait-il oublié tout ce que j'avais fait pour lui? J'ai voulu lui donner une leçon. A mes yeux, tous les joueurs sont placés sur un pied d'égalité. A la réunion d'après-match, il m'a demandé de façon brutale s'il était versé dans le noyau B. Je lui ai répondu que je n'avais pas pris de décision. Une fois de plus, devant toute l'équipe, il m'a dit d'aller me faire voir. Je lui ai demandé alors de rentrer chez lui car l'épisode prenait une gravité absolue. Nous avons édicté un règlement que tout le monde connaît et que tout le monde doit respecter.»

Si Sergio Brio punit légitimement Olivier Suray - la direction le soutient à cet égard, plusieurs témoins ayant confirmé les propos tenus par le joueur -, un tel incident peut être le symptôme qu'il perd l'emprise qu'il a sur le groupe. «Olivier est le joueur le plus charismatique du noyau. En l'écartant, je renforce mon emprise sur le groupe en lui démontrant que je mets chaque individualité sur un pied d'égalité.»

En lissant ainsi un noyau où des aspérités comme la personnalité d'Olivier Suray ne dépasseront désormais plus.

© Les Sports 2004