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Jeroen Verhoeven a largement dépassé la barre des 100 kilos. Demain soir, il prendra place sur le banc...

AMSTERDAM C’est le genre de joueurs bedonnants que l’on est habitué à voir dans les matches de football corporatif. Et pourtant... À 30 ans, Jeroen Verhoeven joue à l’Ajax Amsterdam. Officiellement, il pèse 99 kilos. Il se murmure qu’il en a au moins dix de plus.

Le solide gaillard a débarqué dans le club le plus prestigieux des Pays-Bas durant l’été 2009, pour occuper le poste de troisième gardien. Un retour aux sources : il avait en effet fait ses classes de jeunes à l’Ajax, avant d’être mis à la porte à l’âge de 18 ans. Un peu comme Boussoufa. Mais pour d’autres raisons...

Contre toute attente et malgré un surpoids plus qu’évident, le brave Jeroen a réussi à devenir professionnel. Au FC Volendam, où il joua près d’une centaine de matches en D1 et en D2, de 2002 à 2009.

Pendant tout ce temps, les supporters adverses s’en sont forcément donné à cœur joie. Le public de l’Ajax, qui sait se montrer aussi inventif que celui du Kiel quand il s’agit de chambrer les joueurs adverses, a fait de Verhoeven sa cible préférée. Les Amstellodamois n’ont pas fait dans la finesse. À chaque coup de pied de but, ils s’écriaient, en chœur : “Ooooooh... Pizza !”

Verhoeven n’a jamais vraiment réussi à se défaire de cette étiquette. Dans les médias, on parlait davantage de son poids que de ses prestations. Il finit par être surnommé Mister Pizza . “Moi, ça me fait marrer. Je n’ai pas le moindre souci avec ce surnom. Mais la pizza, je n’aime pas ça !”

Ah! bon ? Plutôt que de se vexer, le portier a joué la carte de l’ironie. “Amenez-moi des frites” , lança-t-il face aux journalistes après un match. Ou encore : “Je ne suis pas gras ni gros, je suis puissant !”

À d’autres moments, il essayait d’être un peu plus sérieux. “Si je traînais à la friterie et si je buvais tout le temps de la bière, je n’aurais jamais fait la carrière qui est la mienne.”

Ses entraîneurs, eux, ne riaient pas du tout. Frans Adelaar, ex-T1 de Volendam, était allé jusqu’à piquer un coup de colère pour défendre son poulain : “Tout le monde est cynique à son sujet. Les gens sourient en le voyant. Mais c’est quoi votre problème à tous ? Vous n’êtes pas capables de juger un gardien uniquement sur ses prestations ? En match, Jeroen est bon. C’est tout ce qui m’importe.”

Le staff technique de l’Ajax partageait cet avis : quand il décida de faire signer Verhoeven, ce fut la surprise générale aux Pays-Bas. Prix du transfert : 300.000 euros. Ça fait quelques pizzas... Le plan de l’Ajax, c’était d’avoir un gars qui ne se plaindrait pas, malgré son statut de doublure de la doublure. C’est ce qui s’est passé pendant un an et demi... jusqu’à la blessure de deuxième gardien.

“Je me rapproche du feu de l’action : il y a beaucoup de pression sur moi” , raconta alors Verhoeven, gouttes de sueur perlant sur le front, sur Ajax TV . “Pour l’instant, je savoure.”

Mister Pizza a donc pu s’asseoir sur le banc lors des duels de Ligue des Champions contre Auxerre, le Real Madrid et Milan. “Il y a deux ans, je n’aurais jamais imaginé cela. Mais non, ce n’est pas un rêve. Cela le deviendra si je joue.”

Et l’inattendu s’est produit : en octobre, lors du déplacement à l’Excelsior Rotterdam, Stekelenburg s’est blessé à l’heure de jeu. Verhoeven est monté et il a notamment signé deux très beaux arrêts sur sa ligne. Dans le jeu au pied et dans les sorties, c’était nettement plus laborieux... Mais ce jour-là, il n’a pas encaissé. De quoi faire taire les moqueries. Du moins pour un petit temps.

Demain soir, Jeroen Verhoeven sera assis sur le banc du stade Constant Vanden Stock. Et s’il doit monter, il sera prêt à déployer ses 110 kilos pour dégoûter les attaquants anderlechtois.



© La Dernière Heure 2011