Nations League

Joachim Löw a lancé un appel aux supporters, mais Ilkay Gündogan se prépare au pire. L'équipe d'Allemagne redoute que son milieu de terrain ne soit de nouveau conspué par une partie du public après la polémique sur ses origines turques, jeudi lors du match crucial contre la France à Munich.

"L'affaire" a pesé sur la Mannschaft pendant tout le Mondial en Russie, et pris des proportions politiques qui ont vite dépassé le simple cadre du football.

Ilkay Gündogan, milieu de terrain de Manchester City, et Mesut Özil, meneur de jeu d'Arsenal, ont posé en mai à Londres pour des photos avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors en pleine campagne électorale. Traînés dans la boue sur les réseaux sociaux, mal défendus par la Fédération allemande, les deux hommes ont été accusés de manquer de loyauté envers l'Allemagne. L'extrême-droite anti-immigration a fait ses choux gras de l'incident.

Lors du dernier match à domicile avant le Mondial, contre l'Arabie Saoudite à Leverkusen, Gündogan a été hué par la foule. Après la partie, il s'est enfermé dans les toilettes des vestiaires pour pleurer. "Je n'oublierai jamais ce moment, jusqu'à la fin de ma vie", a-t-il confessé.

"Limites du racisme franchies" 

Özil n'a évité la bronca que parce qu'il était remplaçant ce jour-là. Ecoeuré, il a mis un terme à sa carrière internationale après le Mondial.

Gündogan, lui, n'a pas l'intention de céder aux pressions. Il a accepté, avec plaisir apparemment, sa convocation cette semaine pour le match contre la France en Ligue des nations, le premier depuis la débâcle russe.

Lundi, il s'est prêté de bonne grâce au jeu des selfies avec des supporters souriants en arrivant au rassemblement de la Mannschaft. Mais l'épreuve de vérité aura lieu jeudi, devant les 60.000 spectateurs de l'Allianz Arena.

"Nous voulons donner un signal fort, montrer que nous sommes tous solidaires, a déclaré jeudi l'attaquant Thomas Müller, et c'est pour cela que nous allons encore plus soutenir Ilkay Gündogan".

Löw, pour sa part, a appelé "tous les fans à apporter leur soutien" à l'international aux 27 sélections.

Et s'ils ne le font pas ? "Je ne me défilerai pas, je ferai face. Ce sera une épreuve de maturité pour moi. Je suis toujours aussi fier de jouer pour l'Allemagne", a simplement répondu Gündogan, non sans rappeler que "les limites du racismes ont parfois été franchies" au plus fort de la polémique.

"Deux coeurs dans la poitrine"

Sur le terrain, Gündogan n'a pas été meilleur que ses coéquipiers pendant la catastrophique campagne de Russie, mais le sélectionneur continue de voir en lui un élément majeur de la reconstruction: "sportivement, sa convocation ne fait absolument pas débat pour moi, dit-il, je le vois comme un joueur très important pour nous, qui va maintenant franchir un palier en équipe nationale".

Sur le fond, Gündogan avait accordé un long entretien en juin pour expliquer sa démarche, sans s'excuser ni exprimer de regrets. "Deux coeurs battent dans sa poitrine", un pour l'Allemagne et l'autre pour la Turquie, a tenté d'expliquer Joachim Löw, "et il a affirmé sa loyauté aux valeurs de notre équipe, de la Fédération, de nous tous".

Soucieux de ne pas envenimer les choses, le joueur a assuré qu'il n'avait jamais été victime de la moindre discrimination au sein de la sélection nationale. Et aux pseudo révélations de certains médias, qui s'offusquaient des surnoms en vogue dans l'équipe, "les Kanaks" pour les joueurs d'origine étrangère, les "pommes de terre" pour les Allemands de souche, Gündogan a répliqué: "Ce n'étaient que des plaisanteries, qui n'avaient absolument rien à voir avec du racisme".