Nations League
La scène a glacé Wembley. Ce samedi soir, après un duel avec Dani Carvajal, Luke Shaw ne s’est pas relevé, s’étendant de tout son long sur la pelouse.

Sans esquisser le moindre geste. Conscient de la gravité de la situation, le médecin de la sélection anglaise a très vite surgi sur le terrain pour prodiguer les premiers soins. S’en sont suivies 7 minutes d’interruption et des images inquiétantes avec un masque à oxygène sur le visage du joueur.

Mais très vite, le staff des Three Lions s’est montré rassurant. Shaw se tenait déjà debout dans le vestiaire dans la soirée, étant parfaitement conscient de ce qu’il venait de vivre. Et il n'avait pas oublié sa jolie passe décisive sur l'ouverture du score de Marcus Rashford.

“Il est éveillé et alerte, il a été examiné par notre médecin et a passé une radio. Il restera avec nous pendant la nuit pour une observation plus approfondie avec un autre examen prévu dans la matinée”, précisait la FA.

Le principal intéressé s’est montré touché par les nombreuses marques d’affection, s’exprimant sur les réseaux sociaux : “Merci pour votre amour et votre soutien, je vais bien et je suis entre de bonnes mains. Je suis un guerrier et je reviendrai bientôt.”

Là où beaucoup auraient accusé le coup, Shaw, qui a regagné Manchester et ne disputera pas le match amical en Suisse de ce mardi, se montre philosophe. Parce qu’il revient de loin. De très loin.

Le voir allongé au sol a fait d’ailleurs resurgir d’autres images plus glaçantes encore, celles de ce terrible tacle dont il avait été victime le 15 septembre 2015 à Eindhoven quand le défenseur mexicain du PSV Hector Moreno lui avait fracturé la jambe droite en deux endroits. Un geste terrible venu faucher en plein vol l’ascension de ce latéral moderne, irrésistible à l’époque et qui surfait sur la vague de son transfert à MU en provenance de Southampton contre 30 millions d’euros après avoir disputé le Mondial 2014, bien décidé à assurer la succession de Patrice Evra.


Ce jour-là, le défenseur a frôlé le pire. Il s’en est ouvert récemment, en conférence de presse.

“J’ai été très proche de perdre ma jambe. Je ne l’ai su que six mois après quand le docteur me l’a dit. En fait, ils voulaient me rapatrier à Manchester mais si j’avais pris l’avion, j’aurais probablement perdu ma jambe à cause des caillots de sang qui s’étaient formés”, a-t-il expliqué. “J’ai encore deux énormes cicatrices parce qu’ils ont dû m’ouvrir la jambe des deux côtés vu la gravité de la blessure. Mais je ne veux pas trop en parler. Je n’y pense plus. Aujourd’hui, je me sens fort et ma jambe droite est exactement comme avant la fracture”.

Shaw a pourtant connu des moments de doutes. De questionnement. D'introspection même. Pudiquement, il a évoqué “des moments difficiles”. “C’était juste dur. Pendant une longue période, je faisais chaque jour la même chose. Je ne pouvais rien faire d’autre à cause de la fracture. Mais j’ai surmonté cela. Je mentirais si je disais que je n’avais pas pensé à la retraite mais j’ai été aidé.”

Par sa famille. Par ses proches. Par un psychologue qu’il a fait lui-même la démarche de consulter, qui est devenu un ami et qu’il voit toujours. La mue a été longue. Mais elle s’avère spectaculaire : après quasiment un an sans jouer, après avoir été très souvent critiqué par José Mourinho, le défenseur a repris le fil de sa carrière et a réussi un début de saison plein puisque dans le joyeux foutoir mancunien de cette fin d’été, il a été le seul à ne pas avoir manqué la moindre minute en championnat.

“Je suis devenu un homme, je ne suis plus un enfant”, assure celui qui a fêté ses 23 ans en juillet. “J’ai changé, sur et en dehors du terrain. Je suis plus mature. Je veux m’imposer à Manchester United et devenir l’un des meilleurs du monde à mon poste”. Histoire de définitivement tourner le dos à la malédiction qui l’accompagne.